Virtuel (sexualité internet)

« JF parisienne, 35 ans, blonde aux yeux bleus, douce, raffinée, esprit curieux et sensible, recherche homme courtois. Pas sérieux s’abstenir. » « JH quinqua dynamique, brun, ténébreux, grand, romantique, très bonne situation, cherche son alter ego pour construire une vie à deux, pleine d’amour et de tendresse. »

L’homme brun n’est ni grand, ni ténébreux, ni particulièrement romantique ; la femme s’avérera peu raffinée. Le virtuel, littéralement « en puissance », serait-il plutôt le lieu de rencontre des avatars idéalisés, des doubles narcissiques ? Meetic tient le rôle des agences matrimoniales d’autrefois. Grâce à la touche « affinez votre recherche », on peut façonner son idéal sous forme de portrait-robot, trouver sa Galatée, comme Pygmalion, qui, déçu par les déficiences des femmes, décida de sculpter le corps d’une femme parfaite.

Mais le personnage de synthèse est bien souvent décevant, le mutant réalisé en patchwork offrant, in fine, un visage inhumain… L’amour virtuel, par téléphone, chat ou webcam offre en revanche la possibilité de s’affranchir de la rencontre en chair et en os, d’esquiver la désillusion.

Les célèbres affiches « 3615 code ula » ont laissé place aux publicités en ligne, où des filles dévêtues invitent les internautes à se connecter pour des « dialogues chauds ». Elles proposent un territoire intermédiaire, neutre, à mi-chemin entre la possibilité d’une liaison et la solitude de la pornographie – avec l’assurance que l’adultère sera indolore, et les virus seulement informatiques.

Symptôme d’un isolement des désirs, le corps placé devant un écran semble pouvoir conserver les secrets de son intimité, et la potentialité d’un amour sans risques, tout en favorisant une levée d’inhibition. Parfait compromis entre désirs et interdits, le virtuel permet un degré de réalisation du désir, ne serait-ce que par « le plaisir des yeux », tout en ne franchissant que partiellement les barrières interdites. Reste qu’on peut se demander si la mise à distance de l’acte – par une substitution des mots aux gestes, dans le téléphone rose, les chat, ou les webcams et leurs plaisirs voyeuristes* – n’est pas une façon de le ranger au magasin des accessoires… une forme d’abstinence* boulimique.