Zone érogène (point G)

Une étude scientifique du très sérieux King’s College de Londres a récemment établi que le point de Gräfenberg, le célèbre point G, n’avait jamais existé. Soulagement des uns, empêtrés dans une conquête aussi laborieuse qu’infructueuse, mais fureur des autres, à en lire les commentaires scandalisés postés sur les forums Internet. Certains hommes, en particulier, sont formels, affirmant haut et fort avoir localisé le Graal de la sexualité féminine… Cela dit, on peut noter une égalité des sexes, une solidarité même, dans l’indignation : malgré les arguments avancés par ses détracteurs, le point G, tel un membre fantôme, semble continuer à « faire sensation ».

Tous ces efforts rendus vains… la sexologue Beverly Whipple, qui avait popularisé l’existence du point G au début des années quatre-vingt, a immédiatement remis en cause les résultats : « On ne naît pas avec un point G, on le trouve ». L’injonction faite à la femme – autant qu’à l’homme : « le point G, tu trouveras ! » – localise d’emblée la sexualité féminine qu’elle circonscrit et condense en un tout petit organe, à peine un point.

Point G ou pas, le débat est ailleurs, la question sexuelle n’est de toute façon pas simple affaire d’anatomie ; il n’existe pas de zone prédéterminée, le corps dans son ensemble est susceptible d’être érogène. Le destin sexuel, jouant de polymorphie, peut aussi bien aller se loger dans la nuque, le creux du dos, le lobe d’oreille, ou le gros orteil – tant affectionné par le nourrisson – jusqu’à la pointe du nez, essentielle au baiser* esquimau. Démultiplication des lieux érogènes, comme à l’infini, ou restriction fétichiste, quand n’importe quelle région corporelle, y compris la plus singulière, peut devenir zone d’élection, à l’exclusion de toute autre : le pied (Buñuel, L’Age d’or, 1930), la chevelure* (de la nouvelle éponyme de Maupassant), ou même un certain « brillant sur le nez » (Freud). La frigidité*, celle, en particulier, de l’hystérique, peut, à l’inverse, faire se déployer l’érogénéité tout en congédiant les territoires traditionnels, comme dans la revendication de cette jeune femme : « Tout mon corps est une zone érogène… sauf mes seins et mon sexe ».