Bander, mouiller

Bander, mouiller… C’est la vraie surprise de l’adolescence ! L’excitation provoquée par le désir de l’autre s’empare des organes génitaux. Louis se rappelle ses 13 ans, sa surprise lorsqu’à la vue d’une cousine laissant découvrir sur une balançoire un coin de sa culotte, son membre devint dur jusqu’à ce que ce trouble intense, à la limite du supportable, ne soit soulagé par la décharge d’un curieux liquide. Pour beaucoup d’autres, garçon ou fille, c’est le « grimper » à la corde pendant le cours de gym, ce coït mimé, qui signera le premier accomplissement.

« Quand je pense à Fernande, je bande, je bande, mais quand je pense à Lulu là je ne bande plus ; la bandaison papa, ça ne se commande pas » chantait Georges Brassens. Aujourd’hui, le médicament permet de commander et programmer la bandaison. À quand la pilule permettant aux femmes de « mouiller » malgré le désir éteint ? La comparaison inquiète des jouissances* masculine et féminine – à qui la meilleure part ? – a l’âge de la sexualité, Zeus et Héra en faisaient volontiers querelle et la réponse d’hier et d’aujourd’hui est toujours la même : « Quand je dis mouiller, je suis largement en dessous de la vérité. Elle mouillait pas, elle inondait ! Un torrent, il charriait son canal ! » (Les Valseuses, Bertrand Blier, 1974).

L’homme et la femme s’opposent comme le solide et le liquide, l’arc et la douve, la montagne et la mer. D’un côté ce qui se dresse et se voit, de l’autre, ce qui est humide et demeure caché. Sauf que le langage familier fait « mouiller » des hommes lorsque perle le liquide séminal, et « bander » le clitoris des femmes ! Tous deux sont aussi capables de « bander » des tétons, et certaines femmes se rendent chez le gynécologue parce qu’elles n’« éjaculent » pas… sans doute après avoir lu Sade, où les femmes « éjaculent du foutre » à longueur de page. Cette réduction grossière d’une jouissance à l’autre, ce primat du phallus, supprime la différence des sexes et contourne prudemment le dark continent.