Bonobo

Est-ce un fait de nature ou le résultat de l’évangélisation de l’Afrique, toujours est-il que les bonobos pratiquent en missionnaire*. Nos plus proches cousins parmi les primates, du plus profond de leur forêt congolaise, brouillent le tracé de la frontière qui sépare les sexualités humaine et animale. Que les hommes « baisent comme des bêtes », c’est une chose, mais que les animaux fassent l’amour comme des hommes… Certes, on est encore loin de la centaine d’acrobaties inventoriées par les arts érotiques orientaux, mais deux positions, l’une commune à tous les mammifères, l’autre en face-à-face, c’est le début d’un choix devant le pluriel et d’une émancipation par rapport à la figure imposée par l’instinct. Et le bonobo ne s’arrête pas là, il utilise volontiers la pratique sexuelle afin de régler les conflits de pouvoir surgissant au sein du clan, et ce, au mépris de la différence des sexes, que l’autre soit mâle ou femelle.

De face certes, mais pas les yeux dans les yeux… les bonobos n’ont pas que ça à faire, un rapport sexuel ne dépasse jamais les dix secondes, sans que l’éjaculation précoce* et son cortège d’angoisse y soient pour quelque chose. À cette vitesse, il n’est pas non plus loisible de songer à changer de position, sans même parler de perdre son temps en préliminaires*. L’anthropomorphisme des éthologues, qui sont aussi des amis des bêtes, opère des rapprochements basés sur l’observation des comportements. Reste ce qui ne s’observe pas, tout ce qui fait le sel de l’humaine sexualité : le fantasme*, le refoulement, l’angoisse, le jeu transgressif du désir et de l’interdit, l’enracinement dans l’infantile qui multiplie les orifices (bouche, anus) et les appendices (doigt, langue). Le jour où le jeune mâle bonobo conquerra enfin la femelle tant convoitée, jusque-là rendue inaccessible par le mâle dominant, le jour où « menacera » de s’accomplir son plus impatient désir et qu’il fera fiasco*, ce jour-là, il sera définitivement des nôtres.