Cambrure

La cambrure, ce creux au bas du dos, émeut depuis l’Antiquité. À Syracuse un temple fut construit pour honorer l’Aphrodite callipyge, déesse aux « belles fesses ». La courbure divine fascine et Rimbaud en exalte la sensualité dans Soleil et chair (1870) : « Cypris passe, étrangement belle et cambrant les rondeurs splendides de ses reins ». Ingres peint des odalisques dotées de quelques lombaires supplémentaires. Le XIXe siècle, celui du corset, promeut la « silhouette en sablier ». Un siècle plus tard, les surréalistes s’inspireront de la posture en arc de la crise hystérique, décrite par Charcot ; ils voient dans cette torsion féminine l’alliance de l’extase mystique* et du paroxysme de la jouissance* amoureuse. Les canons esthétiques évoluent, mais le tracé en « S » reste le symbole de la femme et de sa ligne.

L’amplitude de la cambrure épouse un continuum, du léger déhanché pudique (la Vénus de Milo), à l’arabesque provocante (les danseuses de flamenco), jusqu’à l’indécent angle droit mettant en exergue seins et fesses (Baile Funk à Rio de Janeiro). La femme cambrée est vue de dos. Offerte au coït a tergo, son sexe s’efface au profit de son « cul* ». L’homme est débarrassé de l’angoissante différence des sexes, il occupe une position dominante, flatteuse pour sa virilité. Tout comme le pied et sa courbure, cette partie galbée se prête au fétichisme. Ce n’est pas un hasard si les danseuses du Crazy Horse, à la cambrure calibrée, ont été choisies pour être photographiées par David Lynch, et porter les escarpins vertigineux du chausseur Christian Louboutin (exposition Fetish, 2007).

Dans le court-métrage La Cambrure d’Edwige Shaki (1999), un jeune homme tombe amoureux d’une fille, simplement parce qu’elle est le modèle de sculptures dont il admire la chute de reins. « Tu es terriblement picturale », lui dit-il. Avant la femme, la cambrure !