Caresse (tendresse)

« La mère fait don à l’enfant de sentiments issus de sa propre vie sexuelle, le caresse, l’embrasse et le berce, et le prend tout à fait clairement comme substitut d’un objet sexuel à part entière. » Cette phrase de Freud fut, parmi d’autres, la raison pour laquelle la psychanalyse choqua les esprits bien pensants de la Vienne à l’aube du XXe siècle. Qu’une mère qui prodigue des marques de tendresse à son enfant en le caressant le fasse participer à ses propres pulsions sexuelles, au point d’en faire son « jouet érotique », c’est là une pensée qui va – aujourd’hui encore – à l’encontre de la manière de penser acceptable.

L’actrice principale de cette ambiguïté, la Caresse, couvre une large gamme de registres : on caresse affectueusement un animal, tendrement la joue d’un enfant, voluptueusement la personne désirée ; on caresse aussi des rêves et des espoirs, tout comme on aime se faire caresser par le soleil ou le vent. Tout cela renvoie à ce qui nous est cher : étymologiquement, caresse vient du latin carus, mais c’est l’italien du XVIIe siècle qui forme carezza, chérir.

La caresse, même celle des premiers temps, est déjà érotique. Réciproquement, celle des amants renvoie aux plaisirs éprouvés sous les soins maternels. Plus encore que le fait de chérir, la caresse implique celui d’être chéri : l’expérience la plus sensible, depuis la plus tendre enfance, est d’être caressé ; la passivité, en matière de caresse, procure tout autant, voire plus, de plaisir que l’activité.

La caresse est sensuelle per se : prodiguée par le toucher des doigts ou des lèvres, elle effleure la surface de la peau, suggère plus qu’elle ne marque et provoque par de mystérieux canaux le sentiment d’être comblé. De toutes ces variétés parmi les caresses, il en est certaines qui ne se contentent pas de l’effleurement et n’ont rien d’équivoque : celles que Baudelaire appelle les profondes caresses, et en lesquelles le poète Ovide, dans L’Art d’aimer, voyait la clé de la jouissance* féminine : « Quand tu auras trouvé l’endroit que la femme aime qu’on lui caresse : caresse-le. Tu verras dans ses yeux brillants une tremblante lueur, comme une flaque de soleil à la surface des eaux. »