Chair

Plaisir, luxure, faiblesse, dégoût, meurtre… la chair pousse l’homme aux dernières extrémités. Elle est à la fois ce qu’il a de plus intime, chair de sa chair, et de plus expressif, chair de poule. La chair est en chirurgie la partie molle, la chair à croquer est rouge, blanche, cuite, crue, fraîche, succulente… « En chair et en os », « être de chair », « être bien en chair », la chair est tangible, fragile, généreuse, mais aussi dangereuse quand il est question des plaisirs qu’elle procure et de l’esprit qu’elle ensorcelle.

La chair est femme, ou péché originel, c’est du pareil au même. Sa séduction met le corps en mouvement, plus qu’un corps nu* elle est nudité. Une nudité surexposée en Occident, intégralement voilée en Orient, le « dialogue des cultures » est aussi un choc sexuel.

Tant de pouvoir effraie, à rester sous son emprise, plaisirs de bouche et plaisirs de sexe se confondent ; une confusion dont l’imaginaire se nourrit et qui estompe la frontière entre caresser et arracher, goûter et dévorer, pénétrer et déchirer… jusqu’au cannibalisme de l’Eucharistie : « Ceci est mon corps, mangez-le, ceci est mon sang… » quand le péché mortel devient rite sacré.

La chair est plus violentée que caressée, plus associée au poignard qu’au gant de velours ; dans sa famille étymologique, on trouve : carnage, carnassier, acharner, décharner. Elle est souillure*, saleté, impureté, péché, elle évoque le bas, l’ici-bas par opposition à la pureté et la hauteur de l’esprit. Elle est mortelle, dans tous les sens du terme, nous ne sommes que des êtres de chair. La chair dit à la fois le sexe et la mort.

Une femme acharnée, avant d’être sexuellement insatiable, était une femme bien en chair, une femme dont les rondeurs excitaient (excitent !) l’imagination. Aurait-on renoncé à la chair en faisant du canon de la beauté féminine une femme anorexique ?