Cochonnerie

« Dis grand-mère, c’est quoi tout ce bruit dans la chambre là-haut ? » « Rien, rien que des cochonneries ! » Cette phrase énigmatique (car des cochonneries, ce n’est pas rien), c’est un homme dans la quarantaine qui la rapporte à sa psychanalyste : il n’a jamais pu se détacher de cette idée de saleté liée à la chose sexuelle. Les bruits sont d’abord des bruits d’animaux, des porcs qui se vautrent.

Fourrier, l’utopiste, remarquait que les enfants avaient la passion de la cochonnerie et préconisait d’utiliser ce penchant naturel pour le nettoyage des ordures ; puisqu’ils aiment tant barboter dans l’immondice, qu’il en soit fait le meilleur usage.

Pourquoi la saleté est-elle si attirante ? Pourquoi ce mot, qui évoque l’animal impur* par excellence, quand il s’agit de « dénoncer » l’acte sexuel ? Le plaisir du rabaissement*, de la souillure promeut l’analité à la première place. L’animal-totem du sexe se repaît dans la saleté, voire dans ses propres excréments. « C’est cochon », dit un autre patient avec grand plaisir. « L’amour-propre ne le reste jamais longtemps ». On abandonne toute posture morale pour se laisser aller, et c’est ce laisser-aller qui est excitant. Pensons à ces scènes de cantine entre adolescents où ils se jettent la nourriture à la figure, moment de régression à l’enfance, mais surtout pis-aller d’une sexualité adulte non encore assumée.

Entre 3 et 5 ans, les enfants n’ont que « pipi caca » à la bouche, comme si le rapprochement de l’oral et de l’anal était jouissif en soi. La bouche se confond avec l’anus, les mots deviennent les équivalents d’une déjection. On parle comme on défèque, et l’on rit gras. C’est le plaisir de la régression, le retour à une théorie sexuelle infantile qui rabat la sexualité sur l’analité ; le sexe est un cloaque. La cochonnerie inverse la hiérarchie et fait de la saleté le comble de l’érotisme*.