Avant-propos

Les 100 mots de la « vie sexuelle » serait sans doute le titre le plus approprié au contenu de cet ouvrage. La sexualité est susceptible de faire l’objet d’approches multiples, aucun des savoirs constitués ne peut prétendre en détenir l’exclusivité ni en dire le dernier mot. Plutôt que de rechercher une impossible (et fastidieuse) synthèse, nous avons choisi, ce qui veut dire aussi que nous avons exclu. On ne trouvera rien dans ce « Que sais-je ? » sur la vascularisation du pénis, l’innervation du clitoris, l’ovocyte ou le spermatozoïde… rien sur la biologie ou la médecine de la sexualité. Les points de vue sollicités n’en sont pas moins multiples : historique, anthropologique, sociologique, sémantique, philosophique, théologique, littéraire, artistique… L’un d’entre eux occupe néanmoins une position particulière, inséparable du groupe que nous formons : la psychanalyse est la référence partagée et privilégiée des 13 membres de ce groupe. Cette communauté n’est pas sans risque : la sexualité en psychanalyse n’est pas simplement homogène à ce que tout un chacun entend par « sexualité ». La psychanalyse ne s’est pas contentée d’étendre à l’enfant ce que le commun réserve à l’adulte, car sa découverte est moins celle de la sexualité de l’enfant que de la sexualité infantile. Cette dernière n’a pas d’âge, elle est hors temps, et surtout elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, secrètement présente dès qu’une activité humaine, quelle qu’elle soit, porte la marque du désir, du plaisir/déplaisir, de l’amour ou de la haine. Ce déplacement a contribué à complexifier notre représentation du sexuel, à rompre l’équation trop simple entre sexuel et génital, et dès lors à en brouiller les frontières et la définition.

L’apport de la psychanalyse à l’intelligence de la sexualité n’est plus à établir, c’est aujourd’hui un acquis culturel. Un exemple, celui de l’identité sexuelle, et le divorce éventuel entre l’identité anatomique et l’identité psychique. Cette dernière se constitue au gré des premières relations, dans la rencontre du nouveau-né avec l’inconscient des parents. Que prévale chez ceux-ci l’identification de leur enfant au sexe désiré, malgré le démenti imposé par la réalité anatomique, et c’est toujours l’identité sexuelle psychique qui l’emportera, quelle que soit la forme de cette « victoire » : certaines homosexualités en sont la plus simple expression (la garçonne aime les filles), mais la chose peut prendre des formes moins manifestes, plus secrètement conflictuelles.

« Sexualité », dans cet ouvrage, est entendue au sens le plus communément partagé, celui de la vie sexuelle des adultes. Les mots de toujours y côtoient ceux d’aujourd’hui, le vocabulaire de la sexualité est particulièrement sensible aux variations de l’histoire et des cultures.

Un autre parti pris a été d’envisager la vie sexuelle sous ses aspects les plus variés, du plus pastel, « fleur bleue », au plus criard, fist-fucking. Enfin, la sexualité a cette particularité qu’elle ne partage avec aucune autre activité humaine, celle de pouvoir s’emparer de la langue entière, de sexualiser n’importe quel mot, n’importe quelle phrase pour peu que le contexte s’y prête. Ces 100 mots ne sont donc pas seulement ceux de la sexualité, ce sont aussi des mots sexuels, avec toute leur violence potentielle. « Baiser », par exemple, est à la fois l’un et l’autre, un mot à double entrée… Au commencement était « l’abstinence », à la fin la « zone érogène ».