Coming out

« Tu fréquentes qui tu veux, j’veux rien savoir ». Telle fut la réponse de son père à Romain, après que celui-ci ait balbutié quelques mots évocateurs de son homo-sexualité. Ni acceptation ni rejet, juste une exigence aussi impérative qu’équivoque : tais-toi ! La demande de silence vise moins la réalité de l’orientation sexuelle, tacitement tolérée, que sa mise en mots, sa déclaration. Comme si, plus que le contenu, l’acte de dire concentrait toute la charge provocatrice… Après la dépénalisation de l’homosexualité, l’enjeu de l’époque Lesbian/Gay pride serait-il de libérer la parole à la mesure de la liberté sexuelle conquise ?

Coming out : l’expression vient de l’anglais coming out of the closet, « sortir du placard ». À l’image de la « Marche sur Washington » du 11 octobre 1979, qui a mobilisé lesbiennes et gays américains en vue de leur reconnaissance sociale et légale, l’expression témoigne du refus des homosexuels de rester confinés dans la clandestinité, et de leur volonté de s’afficher ouvertement, sinon fièrement. Sortir de l’ombre et du secret, synonymes de honte. D’où l’accent inévitablement théâtral, voire exhibitionniste, de la « déclaration de soi » de l’homosexuel. « On ne peut jamais dire simplement qu’on est homosexuel » (Didier Éribon, Retour à Reims, 2009).

La liberté conquise implique une possibilité de choix, et donc une source de conflits. Ce qui caractérise l’homosexuel d’aujourd’hui, comparé à l’hétérosexuel ou aux « invertis » d’hier, ceux qui s’aimaient d’un « amour qui n’ose pas dire son nom » (Oscar Wilde), c’est la décision de dire ce qu’il en est, quand et à qui.

Mais de la liberté conquise à la liberté compromise, le chemin est court. Au risque de participer au jeu de dupes, sans cesser d’en être la victime. C’est ce qui s’est produit aux États-Unis lors de la polémique sur la présence des homosexuels dans l’armée : ces derniers ont finalement été jugés admissibles au sein du corps militaire, à condition de ne pas se proclamer « homo-sexuels ». Oui, vous avez le droit. Non, on ne veut pas le savoir. Don’t ask, don’t tell.