Cul

Cul, ce curieux mot qui fait tant rire les enfants reste énigmatique par sa capacité de synthèse. Le cul ? C’est le bas du dos, le derrière, l’orifice anal, mais aussi un lieu perdu (le cul du monde), une histoire, un film, une cambrure particulière, un « plan », une impasse (cul-de-sac), un genre simplet (cucul), pédant (pétant plus haut que son cul), hypocrite (faux-cul), une humeur massacrante (ras le cul), un coup de pied (au cul), ou encore une chance insolente (quand il est « bordé de nouilles »)… Ce nom commun de genre masculin est la métonymie par excellence : une partie qui vaut pour le tout. Dans le champ de la sexualité, ce terme ambigu fédère tous les autres mots, de sorte qu’il apparaît comme le premier propriétaire du domaine. Lou Andréas Salomé suggère même que, voisin de l’anus, le vagin n’en serait « que la location », dans la confusion cloacale.

Alors qu’il est l’envers du sexe génital, tout se passe comme si le cul en était la base. Une base primitive dont l’homme ne saurait se passer, dans sa parole (« parler cul ») comme dans ses secrets les mieux gardés. On doit à Freud d’avoir révélé le rôle du « stade anal » dans le développement libidinal, accordant au plus intime des orifices une scandaleuse publicité. Non tant du côté de l’apprentissage sphinctérien, mais surtout du côté d’un plaisir érotique lié à la stimulation des muqueuses, et au fait de pouvoir expulser, détruire, ou au contraire garder et retenir. L’analité trace les premières frontières du quant-à-soi. Cette phase précédant l’accès au génital et la représentation de la différence des sexes, on comprend mieux que femmes et hommes partagent implicitement cette référence, coiffant en quelque sorte l’accès au sexuel. L’objet produit, tabou par excellence – le « caca » – ne saurait être détaché de sa valeur de trésor secret. On dit même que certaines personnalités anxieuses et constipées auraient tendance à l’avarice. Parmi ses autres productions, le pet – insoutenable lorsqu’il provient du derrière des autres – semblerait étrangement perdre de sa répugnance lorsqu’il est émis par son propre cul.

Les interdits sont souvent à la mesure des désirs… dans certaines cultures où la virginité de la femme est exigée, l’activité sexuelle pratiquée analement permet de sauver l’hymen ; la sexualité la plus rigoureuse n’ignore pas le « compromis ».