Érotisme

« L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement bâille ? » (Barthes, Le Plaisir du texte, 1973). Est érotique ce qui est suggéré plus que ce qui est montré, l’implicite deviné davantage que l’explicite qui crève les yeux. La naissance des seins aperçue à la bordure d’un décolleté, la fente d’une jupe qui laisse apparaître un mollet, c’est cette intermittence qui trouble, séduit et peut susciter, par surprise, le désir. Si l’érotisme se tient le plus volontiers dans ce qui n’est pas ostensible, il n’en reste pas moins qu’il peut être sciemment provoqué par la mise en scène subtile de certaines parties du corps. Si de tout temps le chignon est la coiffure des mariées et le must des tenues de soirée habillées, c’est pour ce qu’il met en valeur, dans la retenue : la courbe de la nuque. Il faut croire que la fashionista Victoria Beckham n’en ignorait rien lorsqu’elle se fit tatouer le long de la nuque… un verset du Cantique des Cantiques.

Le curseur de l’érotisme oscille plus que jamais entre deux extrêmes, la mièvrerie et la vulgarité : certains philosophes et religieux assimilent l’érotisme à l’Amour absolu (divin), exempt de toute sexualité génitale ; la pornographie, quant à elle, n’hésite pas à nommer « érotique » la littérature et les films également étiquetés soft porn. Lorsqu’on l’envisage dans son sens originel, l’érotisme est d’abord lié au désir* sexuel ; il renvoie à ce qui provoque le désir, ainsi qu’à la capacité de maintenir l’intensité qui s’y rattache, sans jamais verser dans la brutalité, d’où la propension de nombreuses cultures à l’élever au rang d’art – celui d’aiguiser, d’attiser et de soutenir le désir. Les 64 positions décrites dans le Kama-Sûtra ne sont pas à lire comme un manuel de sexologie : comme l’indique le titre, il s’agit d’« Aphorismes du désir ».

Dans la récente commercialisation de parfums aux phéromones, la publicité promet que ces substances régissant l’attirance sexuelle des animaux ont pour vertu de provoquer « sans effort » le désir chez l’être humain. L’érotisme, ce qui distingue l’homme de la bête, aurait-il donc cédé le pas aux récepteurs voméronasaux ?