Excision

L’excision, la plus répandue des mutilations sexuelles féminines, naît dans l’Égypte des pharaons, bien avant l’islam. Le Coran n’y fait aucune allusion, mais un hadith, très controversé, évoque une recommandation de Mahomet à l’exciseuse : « effleure et n’abrase pas, car cela rend le visage plus rayonnant et agréable pour le mari ».

L’exciseuse coupe le plus souvent le clitoris et les petites lèvres, parfois jusqu’à l’infibulation, qui après ablation des grandes lèvres ferme la vulve presque totalement jusqu’au mariage, voire entre deux accouchements. Malgré une mobilisation et des interdictions officielles croissantes, chaque année deux millions de filles la subiraient, dans l’Afrique subsaharienne surtout. Aujourd’hui, en Égypte, en Inde, dans l’Asie musulmane, cent trente millions de femmes vivent excisées. Depuis les années 1980, la reconstruction chirurgicale du clitoris pratiquée en Europe permet à quelques-unes de réduire la douleur et les difficultés rencontrées lors de la miction, des règles et de l’accouchement, et parfois de retrouver une certaine sensibilité.

Les pratiques et les justifications données à ce rituel complexe, toujours pratiqué par une femme, censé inscrire les filles dans la communauté des femmes et des futures mères tout en les coupant symboliquement de leur propre mère, varient et se conjuguent selon les ethnies, les pays, les époques : esthétique, prophylaxie, purification, virginité à protéger, fertilité à accroître et masturbation à éviter (le Dr Tissot, de Lausanne, la préconisait à ce titre dans les années 1760), enfant à protéger lors de l’accouchement (le clitoris pourrait l’endommager), appartenance à une tradition assurée par l’emprise maternelle.

Ne s’agirait-il pas aussi, à même le corps sexuel réel des femmes, d’abraser les fantasmes, menaçants mais enfin localisables, d’un désir et d’un plaisir féminins trop incontrôlables, d’un corps bisexué où un petit pénis atrophié incarnerait, trop visible, le risque de la castration ? Comme s’il suffisait de couper dans le sexe des femmes et le plaisir qu’elles y prennent pour couper court aux fantasmes, et à l’excès d’excitation et d’angoisse qu’ils engendrent dans le corps et l’âme des uns et des autres, mères et hommes.