Exhibitionnisme/voyeurisme

C’est la panique au couvent, les pensionnaires sont affolées… Tous les jeudis, une silhouette simplement vêtue d’un long imperméable et de baskets attend à un coin de rue le groupe de jeunes filles accompagnées par la mère supérieure, et « flashe » devant elles. Suite aux appels téléphoniques angoissés, une équipe de police dépêchée sur place embarque le coupable. À la stupeur générale, on découvrit qu’il s’agissait… d’une femme ! On se demanda par la suite s’il était opportun de juger cette exhibitionniste… (Joyce McDougall). « Voir, c’est voir le membre ». La formule freudienne – certes un peu expéditive – vient étayer la « vision » des jeunes filles. Quand les désirs de voir et d’exhiber semblent parfaitement s’accorder…

Seulement, l’exhibitionniste et le voyeur font partie de ces faux couples dans lesquels les partenaires ne pourront jamais se rencontrer : voir sans être vu, observer l’autre à son insu, ou piéger et profaner le regard de l’autre, et saisir son effroi… le voyeur, comme l’exhibitionniste, doit surprendre, guetter l’autre, à l’image du film Une sale histoire (Jean Eustache, 1978), où le personnage observe le sexe des femmes par un trou pratiqué dans la porte des toilettes. Nul voyeur dans un camp de naturistes – nul exhibitionniste non plus, d’ailleurs.

Pour « se rincer l’œil », rien ne vaut le fait de regarder à travers… caméra, jumelles, glace sans tain, ou trou de serrure. Le « mateur » cherche à « entrevoir », à « deviner sous » : quand, au rythme de Put the blame on me, Rita Hayworth-Gilda ôte lascivement un gant noir, puis deux, enfin son collier en or, son effeuillage langoureux s’oppose en tout point à l’ouverture rapide de l’imperméable, qui court-circuite le désir… Pas d’érotisme* sans ce va-et-vient du caché et du subtilement exhibé, sans cette rêverie sur l’invisible : un coin de « peau qui scintille entre deux pièces (le pantalon et le tricot), entre deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche). C’est le scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d’une apparition-disparition » (Roland Barthes).