Fantasme

My Secret Garden, paru en 1973, a fait du jardin secret un parc public qui a passionné plus d’un lecteur, avide de découvrir des témoignages de femmes évoquant leurs fantasmes… car les femmes aussi fantasment ! Telle est sans doute la « révélation » première du livre de Nancy Friday. Depuis, le recueil des témoignages tente plutôt de cerner la différence entre les fantasmes des hommes et ceux des femmes… Le fantasme féminin est par excellence celui du viol*. Dans le scénario, le violeur n’est ni masqué ni monstrueux, c’est un éphèbe, un homme puissant en uniforme, un homme qui ne s’embarrasse pas de mots, un homme au désir impérieux qui baise et s’en va, laissant la femme assouvie d’une jouissance* dont elle n’est en rien coupable… passivité quand tu nous tiens, nous n’y sommes pour rien ! L’homme évoque plus volontiers des fantasmes de harem*, il les possède toutes et les choisit parmi les stars ou les amies de sa femme. Le fantasme, scénario érotique imaginaire, souffle sur les braises et ranime la flamme : désirs interdits, plaisirs coupables, rien n’arrête leur « réalisation ». « Quand je me masturbe, je peux coucher avec tout le monde. »

Fantasme et vie sexuelle sont comme l’œuf et la poule : si le fantasme nourrit la vie sexuelle, l’inverse est vrai. Issu de la sexualité infantile, il en conserve la trace ; imprimé dans la chair*, qu’il fait frémir, c’est du côté de Psyché qu’il prend sa source.

Au bonobo*, il faut la réalité d’un partenaire, à l’homme, une pensée, une image, un rien suffit. Mais ce rien peut aussi compromettre la réalisation de l’acte sexuel : Lucia a une trentaine d’années et une vie sexuelle réduite à néant, ou plutôt à l’effroi. Au moment de passer à l’acte, surgit toujours la même image : elle est dans une impasse, un homme dont elle ne voit pas le visage la viole ; son désir est devenu terreur.