Fiasco (impuissance)

« Le fiasco est l’honneur de l’homme ! » (Jean Laplanche). Sous-entendu : l’animal en est bien incapable, incapable de défaillance, lui qui bande bêtement, quelle que soit la femelle en rut qui passe par là. Il y a des honneurs dont on se passerait bien, tant la honte plus que la fierté en sanctionne l’événement : « La honte a amplifié la défaillance… J’avais rêvé les gestes, j’avais imaginé les positions. Et tout cela pour mon membre, mort d’avance, plus languissant qu’une rose cueillie la veille » (Ovide, Amours).

La confession de Stendhal – à qui l’on doit l’inscription du mot fiasco dans le langage de la sexualité : « Nous avions tous fait fiasco la première fois avec nos maîtresses les plus célèbres », cette confession est déjà une « explication » (De l’amour, 1822). D’abord pour noter qu’il est angoissant de voir se réaliser son plus brûlant désir, ensuite parce que c’est d’autant plus vrai que l’on croyait l’objet inaccessible. La première fois avec la première d’entre toutes… nul ne s’approche du but « incestueux » sans y laisser quelques plumes.

Le fiasco est pour l’homme une véritable auto-castration, Narcisse blessé se replie sur lui-même, abandonné à son angoisse. Le sexe flaccide rime avec flasque et suicide. Côté femme, le fiasco donne lieu à des réactions différenciées. L’une triomphe, à l’image de Barbara qui affiche un sans-faute : « Avec moi, les hommes n’y arrivent jamais la première fois ». Elle a un « truc », à peine arrivée chez elle en compagnie de l’amant du jour, elle fait montre d’une brutale impudeur et propose de dîner nus* ; l’effet est garanti, qui ne coupe pas que l’appétit. Mais le plus souvent, l’autre s’angoisse : il ne me désire plus, il ne m’aime plus. Et parce que l’angoisse ne fait pas dans la nuance : jamais plus on ne m’aimera, ne me désirera. C’est tout l’amour du monde qui est perdu.

Du fiasco, l’homme (et la femme) se relève(nt). Il n’en va pas de même de certaines impuissances qui s’installent à demeure. Malheur à l’impuissant ! Non seulement futur cocu mais parfois condamné à élever une progéniture qui ne lui ressemble guère : « Le mari ne pourra, en alléguant son impuissance naturelle, désavouer l’enfant… » (Code civil, art. 313).