Frustré (mal-baisé)

Frustrée, c’est d’abord au féminin que l’adjectif fit florès dans les années de la libération sexuelle*. Mal-baisée était sa version vulgaire. Quarante ans après, les deux sont aussi injurieux, et les deux peuvent s’employer au masculin. Faut-il y voir une réussite du combat pour l’égalité des sexes ? Ou plutôt l’indication de la permanence des prescriptions sociales et de leur pesanteur en matière de comportement sexuel ?

La libération a été de courte durée. Si, avant les années soixante, et depuis le XVIIe siècle déjà, toute femme honnête était une femme frigide*, et tout homme en accord avec la religion évitait la volupté dans l’acte charnel, aujourd’hui on pourrait dire que tout occidental sain doit aimer jouir d’un orgasme complet au cours de rapports sexuels fréquents, et dans des positions variées et inventives. Sinon, il n’est certes plus marqué du sceau de l’infamie, comme prostituée ou libertin, mais il est un malade à soigner, et une cohorte de sexologues et de psy quelque chose est là pour lui apporter le traitement approprié.

Depuis quelques années, l’industrie pharmaceutique s’est mise sur les rangs : à toute maladie sa molécule, et même, si ça ne suffit pas, à toute molécule sa nouvelle maladie. Alors pour bientôt la pilule bleue, ou rouge, ou rose, ou violette contre la mal-baise ? Ou faudra-t-il inventer un plus élégant : « trouble des conduites voluptueuses » ?