Godemiché

« Rival sérieux de l’homme dont la vigueur est malheureusement limitée », le godemiché est un « engin aussi singulier qu’ingénieux, en usage depuis que le monde est monde », précise le Dictionnaire érotique moderne (1864), qui fait de ce membre de cuir ou d’étoffe un substitut au phallus, utilisé par les femmes « libertines ou pusillanimes » dans leurs débauches entre elles. Son existence – le commerce Internet du sex toy est florissant – et sa constance à travers le temps et les civilisations témoignent à elles seules de l’hommage fait au Phallus, et à la fascination qu’il exerce. Un fascinus, mot romain pour dire le phallos grec, est représenté par une sculpture sommaire légendée : Hic habitat felicitas, dans la villa des Mystères (Stendhal, 1828). Si Phallus est un dieu à vénérer (Dionysos, Hermès), le godemiché en est le solitaire valet, qui remplira son service à la demande, sans jamais décevoir. Ainsi, la « Mélanie » de Brassens qui se cabre et soubresaute, s’introduisant « dedans ses trompes de Fallope des cierges sacrés plus onéreux, mais bien meilleurs » ; tandis que « Marie-Antoinette », dans un pamphlet contre la monarchie, expérimente le primat de la masturbation fournie par cette « Heureuse invention qu’on doit au monastère/À mon con enflammé vous plaisez à bon droit/Encore valez-vous mieux que le bout de mon doigt » (le Godemiché royal, 1789). À défaut d’avoir un époux à la hauteur…

Car au pénis* de l’homme, auquel justement on ne « commande pas comme à son doigt » (Martial, Épigrammes), il manque toujours quelque chose, coordonnées médiocres ou puissance érectile insuffisante : le godemiché (gaude mihi, « réjouis-moi ») y remédie sans défaillir. L’usage du gode congédie la question du rapport sexuel, et celle de la rencontre, toujours incertaine : « ce Joujou (…) propre à calmer notre tempérament est fort utile et surtout fort aimable, puisqu’avec lui, on a du plaisir… sans danger – notamment d’être enceinte ». (Conte érotique, XVIIIe siècle).