Adultère

« J’ai hâte de sortir de l’enfance pour rentrer dans l’adultère ». Joli mot d’enfant qui anticipe avec impatience les transgressions de la sexualité adulte. L’adultère recrée le trio de l’enfance : papa, maman et moi. Tromper permet de retrouver les satisfactions infantiles : jouir d’une situation établie sans renoncer à aucun plaisir, être à la fois mari et amant* ou femme et maîtresse. Délectation à aimer mais aussi à tromper, voire à être trompé ! À l’image de L’Eternel mari de Dostoïevski.

Le mot d’adultère semble bien désuet aujourd’hui, image poussiéreuse de la bourgeoisie, du mariage arrangé et de son héroïne, Emma Bovary. En ne trouvant l’embrasement qu’en dehors du conjugo, l’homme renforce la distinction entre la maman et la putain. Il protège ainsi le foyer, qui reste un lieu asexué. L’inégalité des sexes demeure dans l’adultère : en trompant, l’homme préserve l’institution alors que la femme la met en péril.

L’adultère est l’histoire d’un flagrant délit : un huissier, un agent de police et un serrurier traquent les preuves de l’activité amoureuse sous les draps. On cherche les témoins, on s’invite dans la chambre à coucher. Feydeau joue à merveille de ce jeu de cache-cache. L’excitation de la dissimulation prend le pas sur le trop de clarté de l’union officielle, personne ne doit voir ni savoir. Entre l’interdit et sa transgression, la sexualité adulte retrouve les couleurs de l’enfance et de l’adolescence.

Mais, paradoxe de l’adultère, le mépris de l’institution du mariage cache le plus grand conformisme. Le goût de l’aventure vient à Emma Bovary en lisant des romans de gare. Elle veut être une « héroïne ». Mais aime-t-on jamais librement ? Aurait-on envie de l’autre s’il n’était pas déjà aimé, s’il était libre ? Il y a, dans l’adultère, l’idée que l’on triomphe d’un tiers, que l’on est le préféré. La réalisation d’un désir aussi infantile qu’œdipien n’est pas loin.