Impur, souillure

Léo aime les femmes d’un amour mêlé d’idéalisation. Il ne parvient pas à jouir à l’intérieur du corps de la femme désirée, de peur de la souiller. Faire l’amour se confond avec « faire la saleté ». Comment une femme peut-elle accepter de subir ça ?

Le sperme partage avec le sang menstruel d’avoir été l’objet privilégié, au gré des variations culturelles et historiques, du jugement qui oppose le « pur » et « l’impur ». Si la « pollution » est le plus souvent affaire de sécrétions*, c’est que le sexe est dans une proximité contagieuse avec l’excrément. Impossible pourtant de s’en remettre à la nature – le dégoût de l’excrémentiel est inconnu du monde animal –, la saleté profane et la souillure sacrée sont toujours définies avec le même arbitraire (Mary Douglas). La saleté est au corps ce que la souillure est à l’âme. La première provoque la répulsion des autres, la seconde signe la rupture avec Dieu.

Devant l’Impur, les sexes ne sont pas à égalité. L’impur concerne l’Homme en général et la femme en particulier. Embarrassés par l’accouchement de Marie-mère-de-Dieu – comment rester Vierge après le franchissement du sexe par l’enfant ? –, les théologiens du Moyen Âge décidèrent qu’il eut lieu « vulve et utérus fermés ». L’équation de la femme et de l’Impur n’est certes pas le seul fait des trois monothéismes, reconnaissons cependant aux Pères de l’Église une passion sans égale : « Sous la grâce de la peau, la femme n’est que saburre, sang, humeur et fiel » (Tertullien). La burqa démontre que la peau, c’est encore trop, il faut la faire disparaître. Mais entre pureté et purification, il est parfois possible de trouver de petits arrangements : « aller au hammam » signifie (aussi) « faire l’amour ».

Impur, souillure, pollution… à l’heure du libre échange sexuel, tout cela nous paraît bien loin. Est-ce si sûr ? Léo est un homme d’aujourd’hui, de la Vierge à la putain*, l’homme est le plus court chemin.