Inceste

En affirmant la puissance du désir incestueux chez tout humain, fût-il un enfant, en soulignant la sévérité et l’universalité de l’interdit qui le frappe – pourquoi interdire ce qui ne serait pas désiré –, Freud déclencha un scandale dont la psychanalyse est encore l’objet. Pourtant, il n’inventait rien : 150 ans avant lui, le marquis de Sade soulignait à propos des désirs incestueux : « plus la nature nous donne de penchants pour un objet, plus elle nous ordonne en même temps de nous en éloigner ». Mais là où Freud voyait dans cette contrainte à s’écarter des premiers objets d’amour un conflit psychique fécond, producteur autant de progrès dans la civilisation que de névroses, le « divin marquis » décelait une absurdité que seule la levée de l’interdit et même l’obligation de l’inceste permettraient de dépasser.

Sans aller aussi loin, la Révolution française, issue comme Sade des Lumières, puis le code Napoléon, ont fait disparaître de la liste des crimes et des délits cet acte autrefois puni par la peine de mort. Les relations sexuelles incestueuses entre adultes ne sont pas interdites, seules celles avec des mineurs sont condamnables, et plus encore si l’adulte a un ascendant sur l’enfant.

S’il a disparu du Code pénal, il n’a pas été évincé de la réalité et encore moins du fantasme. L’inceste est omniprésent dans les cabinets d’analyste. Les demandes viennent des ceux qui, enfant, ont subis ces actes, et de ceux qui, enfant, les ont fantasmés, désirés. Tous auront à affronter le fait que les premiers destinataires des pulsions sexuelles sont les parents, les frères et sœurs, que les premières amours sont donc toujours incestueuses. Parfois ces amours prennent une forme inattendue… un homme en analyse raconta un jour un rêve troublant : il était avec son père dans une barque, et ils ramaient doucement ; puis la nuit tombait brusquement. La scène suivante, c’était le matin, père et fils revenaient, toujours en barque, mais le fils attendait un enfant… de qui ?