Insulte, injure

Deux automobilistes rivalisent d’insultes jusqu’à ce que l’un d’eux trouve enfin le dernier mot, celui qui laisse l’adversaire sans réplique : « T’es vraiment trop moche… va chercher ta mère que j’te refasse ! »

L’insulte attaque, elle « saute dessus » (saltare) ; l’injure ajoute l’idée d’une violation, celle de l’intégrité. Pour accomplir cette double tâche, assaillir et outrager, rien de tel que de s’en prendre au plus sacré, à l’objet des premières amours, à celle que l’on a rêvé vierge de toute tache : Hijo de puta ! L’offense est traduite dans toutes les langues, sans être sûr que l’espagnol soit la première d’entre elles. Avec des variantes, notamment celles qui vont droit au sexe : cuni a mamman, version créole du « con de ta mère ». À noter que le vieux « sale con » dit sobrement à peu près la même chose, sauf qu’il en a perdu la mémoire.

La sexualité n’est pas le seul domaine sollicité par l’insulte, elle fournit cependant le plus fort contingent. Sinon la sexualité, mais quelques-uns de ses aspects privilégiés. Parce qu’il s’agit de salir, de souiller, l’analité est volontiers mise à contribution qui fait de l’autre un « merdeux ». Et quand la référence à la chose anale n’est pas explicite, les adjectifs « gros, sale », souvent associés à l’insulte, se chargent de la rendre implicitement présente.

L’insulte n’est pas seulement sexuelle, elle est sexuée. Elle prend d’assaut, elle pénètre sa victime : « enculé ! », « Arschloch ! » (trou du cul)… Ou elle fait de la femme une « pute » (« salope » conjugue l’anal et le génital) pénétrée à tout va, ou elle fait de l’homme une femme (« va te faire mettre »). Toujours elle féminise, éventuellement en châtrant (couille molle, branleur).

L’insulte est un acte sexuel, entre le crachat et l’éjaculation, commis par un phallus aussi érigé qu’agressif, quel que soit le sexe de l’insulteur. Il n’est pas rare d’entendre l’adolescente d’aujourd’hui, volontiers portée sur l’insulte, dire avec un plaisir non dissimulé : « Je m’en bats les couilles ».