Libido

Libido est un des rares mots latins dont l’usage reste courant dans le vocabulaire de la sexualité. Elle partage ce privilège avec cunnilingus*, mais la dérive de sa signification lui est bien singulière – cunnilingus ne porte guère à la dérive, tout juste à l’opprobre ou à l’excitation rougissante. Libido était le mot latin pour désir. Il n’avait laissé en français que libidineux, souvent accroché à vieillard, ce qui lui valait la note péjorative du mépris compatissant.

Les savants du XIXe siècle ont ressorti ce vieux terme, Havelock Ellis avant Freud, en lui donnant une inflexion nettement quantitative. Moins désir, désormais, qu’énergie de la pulsion sexuelle. Si, dans le langage psychanalytique, la seule science à en faire usage, libido a un sens assez net, le langage commun lui a redonné son sens antique de désir sexuel. Qui nous dit aujourd’hui : « ma libido est en baisse », veut dire : je n’ai plus envie de baiser.

Pourquoi la langue usuelle de la sexualité est-elle plus près de la chose elle-même que la psychanalyse qui tient pourtant la sexualité pour son domaine ? À qui la faute ? Aux sexologues, qui ont tant œuvré à ramener la sexualité à son niveau le plus trivial ? Aux analystes, qui ont tant cherché à s’en éloigner, en quête d’une respectabilité morale ou scientifique, qui est au fond la même ? Il faut cependant porter au crédit de la psychanalyse d’avoir étendu le champ de la libido à tout le désir humain en montrant ses capacités illimitées de transformation (sublimation), jusque dans les plus hautes œuvres de la culture qui, sans elle, n’auraient tout simplement pas de valeur.