Nymphomane

« De l’eau, mon Père, le couvent brûle ! » L’eau bénite calme les ardeurs d’une femme trop excitée. Dès le XVIIIe siècle, on s’évertue à tempérer l’appétit de la nymphomane, celle qui souffre de fureur utérine (De Bienville, 1771) ou d’une exagération morbide des instincts sexuels (Krafft-Ebing, 1895). La popularité du terme nymphomanie coïncide avec la modification du statut de la femme au cours de l’ère napoléonienne : la prévention des naissances, rendue nécessaire par la concentration urbaine, menace de la détourner des contingences procréatives. Une force sexuelle inconnue et redoutée émerge. Les médecins découvrent aux femmes de nouveaux maux : les organes génitaux hypersensibles déterminent des jouissances* hors du commun et la prédominance des pensées sexuelles. Ainsi, la libido* est insatiata : la femme désire en continu et son penchant pour le vice est naturel.

Au XXe siècle, le terme disparaît des manuels médicaux pour passer dans le langage commun : c’est une nympho ! Elle a « le diable au cul » ou encore « le Stromboli dans la culotte ». Multipliant les conquêtes, la nymphomane confronte l’homme à son impuissance, en le réduisant à un jouet sexuel incapable de la satisfaire durablement. La terrifiante figure maternelle séductrice et cannibalique se profile : c’est une « mangeuse d’hommes » !

Le mépris se substituant à la peur, la nymphomane fait figure d’éternelle mal-aimée. Les hommes s’en désintéressent : c’est une « chaudasse », une « fille facile », prête à toutes les humiliations pour assouvir son impérieuse sexualité. Aux États-Unis, il est désormais possible, tant pour les hommes que pour les femmes, de fréquenter les saa, Sex Addicts* Anonymous, antidote au désarroi des sexomaniaques solitaires.

Il n’est pas rare que cette frénésie sexuelle recouvre une forte carence affective. « C’est le seul moment où j’oublie tout », confie Suzanne, l’héroïne d’À nos amours (Maurice Pialat, 1983). D’homme en homme, elle conjure la douleur d’être délaissée par ses parents. Derrière la provocation : « baisez-moi ! », on entend la criante détresse infantile : « aimez-moi ! ».