Amant/Maîtresse

« Tant qu’ils ne sont qu’amants nous sommes souveraines (…) après l’hyménée ils sont rois à leur tour » (Corneille, Polyeucte, 1643). Les amans, ceux d’antan, sont promis en mariage. Entre eux se noue un sentiment amoureux qui n’inclut pas la relation sexuelle. Le mariage, la fin de l’attente et du martyre de la séparation, sonne le glas des amans… sans que le désir gagne toujours à être accompli.

À partir du XVIIe siècle, « amants » prend communément un « t » tandis que l’amante laisse place à la maîtresse. Non seulement leur relation n’attend plus le mariage, mais par définition elle se déroule hors de ses liens ; l’attente est alors de se retrouver, de se posséder, la relation entre amant et maîtresse est d’abord sexuelle. Attente, séparation, interdit, espoir, promesse, trahison… telle est la vie des amants et des maîtresses ; que leur liaison devienne paisible et la rupture est proche !

En attente d’un hypothétique mariage ou dans l’adultère, leur relation se nourrit du désir interdit et des plaisirs volés… une main sous la nappe, un pied sous la table. Pour être amans, il suffisait d’être deux, quand la maîtresse et l’amant d’aujourd’hui font trois, dont l’un est aussi absent que trompé, épouse ou mari. « Maîtresse » n’est pas le féminin d’« amant » ; « amant » rime avec amour, « maîtresse » avec jouissance. « Maîtresse-frigide » est un illogisme.

Maîtresse vient du latin domina, le féminin de dominus, maître de maison. Si elle n’est pas la maîtresse de maison, elle est celle du désir. Elle domine, l’usage du fouet (ou du martinet) est possible, il n’est pas nécessaire. Ce qui n’interdit pas à l’homme de nourrir des illusions : « J’aime à voir ma maîtresse jouissant les yeux mourants » (Sénèque). Le mariage promet fidélité et procréation, quand le couple interdit attise le désir et garantit la puissance.

Jusqu’au jour où la femme découvre que ce qu’elle croyait un privilège n’est qu’un statut social secondaire : « Je ne suis que sa maîtresse… » Plus rien alors n’empêche de tromper le trompeur, qui a parfois du mal à s’y faire. Paul : « Cocu passe encore, mais trompé par sa maîtresse ! »