Orgie, partouze

À l’origine, cultes célébrés en l’honneur de Dionysos en Grèce et de Bacchus à Rome, les orgia appelaient à libérer la puissance érotique, par excès et débordement – orgia et orgê (orgasme) ont la même étymologie. La nourriture à profusion, le vin à flots, une sarabande de corps en effervescence, entremêlés jusqu’à l’indistinction, sur fond d’un festival chaotique de cris jouissifs, de chants exaltants et de musique enivrante… la frénésie orgiaque aspire au vertige, à la fusion illimitée, à l’extase* (« sortir de soi »). Instant charnel et divin, inséparablement : « l’accord archaïque de la volupté sensuelle et du ravissement religieux » (Georges Bataille, L’Érotisme, 1957). Une telle magie païenne n’a pas résisté aux flammes de l’enfer biblique, l’orgie sent le soufre, celui qui a détruit Sodome et Gomorrhe.

Signe de l’époque et de sa « sexolâtrie », l’orgie est devenue « cool », presque une forme de sociabilité parmi d’autres (Gilles Lipovetsky). On est loin des bacchanales romaines et des sabbats des sorcières. Ni extatique, ni diabolique, l’orgie n’est plus qu’une débauche sexuelle accompagnée d’excès de table et de boissons.

La banalisation de la pratique a atteint le mot, progressivement supplanté, depuis les années vingt, par celui de partouze, « l’amour avec un grand tas », lui-même démultiplié en : sex-party, sexualité de groupe, gang-bang, mélangisme, côte-à-côtisme, échangisme*, etc. Une orgie de mots, comme autant de tentatives pour voir clair dans une sexualité confuse, furieusement tendue vers l’anonymat des désirs et devenue indifférente aux objets. Baiser avec tout le monde, c’est faire l’amour* avec personne.