Parents (vie sexuelle des)

« Mes parents ont fait l’amour seulement trois fois ! » Le psychanalyste marque son étonnement, le patient poursuit : « oui, nous sommes trois enfants… ». S’il est une chose inconcevable, c’est bien le lien érotique unissant les géniteurs, le « Deed of darkness », l’acte de ténèbres (Shakespeare, Peines d’amour perdues, v. 1596).

Se résoudre à devoir son existence à un coït parental, à une « nuit sexuelle », imaginer la scène primitive dont on est issu, c’est entrevoir l’insupportable aléatoire de sa venue au monde ; et par conséquent, l’angoisse liée à sa propre finitude. Lors d’une séance de psychodrame, un jeune homme ayant attenté à plusieurs reprises à ses jours, réalise : « j’ai compris : ma mort n’effacera pas ma naissance ! » La psyché dispose heureusement d’autres moyens pour supporter la douleur d’être exclu de l’intimité parentale, ou celle d’y être trop précocement mêlé. Âgée de 90 ans, Louise Bourgeois, sculpteur, crée une installation de personnages en tissus, Seven in bed (2001), représentant des adultes difformes se mêlant dans un lit. Une sexualité proliférante et confuse, oppressante, pour une enfant dont le père affichait ouvertement ses liaisons, allant jusqu’à introduire sa maîtresse sous le toit familial. Par excès ou par défaut, la sexualité parentale dérange, déborde, insupporte… Et le temps ne fait rien à l’affaire ! Tel homme n’arrive plus à faire l’amour avec sa femme devenue mère, trop proche alors de réaliser un désir incestueux. Un jeune couple emménage et se dispute aussitôt sans discontinuer, éloignant ainsi le spectre de la sexualité parentale ravivé par la cohabitation et le projet d’enfant.

À l’instar de Louise Bourgeois, peut-on penser que nous ne sommes jamais moins de sept dans un lit : le couple, leurs parents respectifs et l’enfant ?