Passivité (activité)

Le patricien romain est libre de pénétrer une femme, un éphèbe ou un esclave, mais qu’il se soumette lui-même à la pénétration, quel que soit l’orifice, la bouche ou l’anus, et c’est une infamie. La passivité, que les Romains nommaient impudicitia, est un crime. La dépréciation – sociale, politique, idéologique – de la passivité au regard de l’activité ne date donc pas d’hier, et elle n’épargne pas la sexualité, même si le crime varie au gré de l’histoire et de la culture. Freud n’y échappe pas, qui prend toujours un air plus ou moins désolé pour évoquer la « soudure » de la passivité avec la féminité, dès que la vie sexuelle se réduit à la vie génitale. Aglaée n’en a cure, son fantasme* pousse-au-crime se joue de la passivité, met en scène son propre non-consentement, sa nudité* surprise, jusqu’au viol* : « Ce que je veux, c’est un homme qui me plaque contre le mur de la salle de bain ! »

Qu’on l’identifie à la féminité, au masochisme, ou pourquoi pas à la dépression, la passivité a mauvaise presse. Difficile de ne pas adhérer à l’équation entre passif et dominé ! Il se pourrait que le refoulement dont la passivité est fréquemment l’objet s’enracine dans les toutes premières expériences sexuelles, quand l’enfant (quel que soit son sexe) n’est encore qu’un « jouet érotique » entre les mains de celle qui le berce et l’embrasse, « tout en lui faisant inconsciemment don de sentiments de sa propre vie sexuelle ». « Les premières expériences sexuelles sont naturellement de nature passive » (Freud). Le premier désir est celui dont on est l’objet.