Pénétration (vaginisme)

La pénétration est la grande nouveauté de la sexualité adulte comparée à celle de l’enfant. Pour ce qui est des plaisirs préliminaires*, l’exploration infantile des zones érogènes (peau, bouche, anus, etc.) a renseigné assez complètement garçons et filles. Mais leurs investigations nocturnes les plus poussées ne leur ont en général pas permis de percer complètement le mystère de la chambre des parents. S’ils ont compris que là est le laboratoire secret de la fabrication des enfants, l’exacte manière de faire leur échappe encore. L’absence régulière d’érection pendant la période de latence, la relative ignorance sensuelle du vagin* ne leur permet pas, le plus souvent, de faire le rapprochement ! Comment imaginer en effet le miracle de l’érection qui défie les lois de la pesanteur, comment penser, lorsque le miracle s’est produit, que l’organe durci cherchera un autre fourreau que la main masturbatrice ? Et ce miracle, une fille le considère-t-elle avec autant d’émerveillement, ou un peu plus d’inquiétude ?

Les enfants modernes, qui dans une effrayante proportion ont visionné les séquences pornographiques les plus explicites, ont-ils plus de science que leurs devanciers ? Rien n’est moins sûr tant l’oubli par refoulement peut leur rendre une certaine virginité. Il leur reste à découvrir toutes les implications de la différence anatomique des sexes. L’avoir ou pas, ils connaissaient ; pénétrer/être pénétrée en est la conséquence nouvelle.

L’événement n’est pas sans danger. La première fois s’accompagne de sang souvent, d’une douleur parfois, de fantasmes* actualisés toujours, et le plaisir n’est pas régulièrement au rendez-vous. Si cette première fois est par trop éloignée des attentes idéalisées, si le traumatisme qu’elle est nécessairement (la charge affective en jeu est toujours considérable) en réveille un autre ancien, alors l’éclosion de la névrose trouve là une occasion bien fréquente. Une fille peut se rendre impénétrable : par frigidité* (tu peux entrer, je ne sens rien) ou plus radicalement par vaginisme, toute la musculature locale, qui aurait dû participer à l’accueil de l’hôte bienvenu le traite en intrus à rejeter et lui barre la route avec une infranchissable et douloureuse contracture. Le poignard n’a plus qu’à revenir à sa gaine ancienne : la main, et le fourreau se fermer à toute existence sensuelle.