Poils (épilation)

La femme nue était « à poil », elle ne l’est plus, l’heure est à l’épilation.

Parce que le poil menace d’abolir la différence entre l’homme et la bête, il n’est de culture qui ne lui imprime sa marque, qu’il faille l’épiler ou interdire de le couper. Signe de la différence des générations (il est le « privilège » de l’adulte), le poil est aussi un marqueur de la différence des sexes : la toison pubienne est le premier modèle de tous les tissages (Freud), elle dissimule l’origine du monde, aussi inquiétante et fascinante qu’un « continent noir » – rayé de la carte par le porno qui ne supporte ni les voiles de l’érotisme ni les terres inconnues. Longtemps, le poil masculin a été aussi exhibé que le poil féminin gardait le secret : « Ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, annonçaient une force extraordinaire » (Balzac, Le Médecin de campagne, 1833). Mais les temps changent, la différence entre les sexes devient incertaine et l’homme d’aujourd’hui balance entre l’imberbe et le soigneusement « mal rasé ».

D’une culture à l’autre, le poil se charge volontiers de la part sale et sombre du sexe. À l’heure orientale des Mille et une nuits, la jeune mariée s’offre aussi pure qu’imberbe. Le Japon, plus qu’un autre, a pour le poil une passion : montrer la toison pubienne est puni par la loi, mais la jeune fille en manque de pilosité s’équipe à l’occasion d’une manière de perruque, la « fleur nocturne ». Il fut un temps, européen et libertin, où la femme tressait sa toison à l’aide de petits rubans, les faveurs, ultime obstacle à dénouer avant de tout accorder.

Nous ne chanterons plus avec Léo Ferré « la touffe de noir jésus » (C’est extra), la mode est à l’épilation. Maillot brésilien, ticket de métro, intégrale sont les classiques du jour, bush-coiffure et tresses rasta sont déjà passés de mode. Dernière trouvaille (américaine), le vajazzling, le poil a cédé la place au strass et aux paillettes. Hier la femme « à poil », demain la femme à paillettes ?