Porno

« Portes étroites à défoncer », « Éducation anale », « Chiennes à tout faire »… l’image porno est aussi crue que l’imaginaire est anéanti. La disparition du suffixe « porno-graphie » – du grec graphos, « écrits » –, coïncide avec l’abolition de sa dimension artistique, celle qui a engendré les fresques du lupanar de Pompéi, les œuvres du marquis de Sade ou les Onze mille verges d’Apollinaire. Dans le porno, les corps sont des sexes-outils offerts au regard chirurgical de la caméra. Les gros plans sur les sexes féminins, le plus souvent rasés, leurs ôtent tout mystère : la vulve ouverte découvre ce que L’Origine du monde (Courbet) gardait secret.

S’il doit beaucoup à l’apparition de la vidéo, le film porno n’est pas du cinéma et les harders ne sont pas des acteurs. La fiction est réduite à sa plus simple expression. Quelques scènes banales assurent le fond de normalité nécessaire au surgissement de la transgression* : « Si pour aller de A à B, les protagonistes mettent plus de temps que vous ne le souhaiteriez, alors, c’est un film porno », ironise Umberto Eco (Comment voyager avec un saumon, 1992). Ces temps morts précèdent une succession stéréotypée de figures imposées : fellation, pénétration vaginale et/ou anale, éjaculation faciale… L’image porno épouse le rythme de la masturbation* et de la compulsion de répétition.

Adieu séduction, préliminaires*, sans même parler de l’amour ! La femme du porno a des seins*, un sexe, un cul*, elle n’a guère de visage. C’est une femme rabaissée*, une « chienne », conformément à ce qui, chez l’homme, a valeur de fantasme générique. Quand bien même la femme est conviée au spectacle, afin de réveiller une libido* conjugale endormie, c’est toujours un fantasme d’homme qui préside à la mise en scène.

Il fallait à l’adolescent(e) d’hier faire preuve d’ingéniosité pour satisfaire sa curiosité de la nudité adulte, quitte à devoir longtemps se contenter de la Vénus de Milo ou du David de Michel Ange ; elle lui arrive aujourd’hui en pleine figure, Internet oblige. Loin de raccourcir l’apprentissage, l’image porno l’empêche de voir l’essentiel : comment prendre en compte le désir de l’autre, lorsque celui-ci est systématiquement tenu pour acquis ?