Préliminaires

Limes, chemins bordant le domaine, prealiminaris, avant de franchir le seuil, à la veille d’un événement important… Les préliminaires font le « tour du propriétaire », façon de s’assurer de la possession avant de pénétrer. « Le cultivateur n’entrera dans le champ sans que premièrement n’ait fait ses approches en la baisant, en lui parlant et aussi en lui maniant les parties génitales afin qu’elle soit aiguillonnée et titillée. » Les ars erotica ne sont pas le privilège de l’Orient, c’est par ces mots qu’Ambroise Paré, humaniste et médecin de l’Âge Classique, invite à l’amour. Les préliminaires ne sont pas simples fioritures, ils ont aussi une fonction : permettre aux excitations de l’homme et de la femme de se rejoindre. « L’homme étant couché avec sa compagne et épouse la doit, mignarder, chatouiller, caresser et émouvoir, s’il trouvait qu’elle fût dure à l’éperon ».

Le conseil s’impose d’autant plus qu’entre l’érection et l’éjaculation*, l’homme n’a pas toujours le temps de compter jusqu’à 100, angoissé d’avoir à franchir le seuil d’une propriété dont il n’est jamais complètement sûr d’être le maître.

Les préliminaires retracent toute l’histoire de la sexualité, depuis son premier geste, le téton entre les lèvres, jusqu’à l’expérience adolescente de la masturbation en passant par les caresses*, les baisers*, les regards et les mots doux (ou grossiers) de l’enfance. Il n’est un lieu du corps qu’ils ne puissent transformer en zone érogène* et montrent à l’évidence que, chez l’homme, sexuel et génital ne sont pas synonymes. Il arrive aussi qu’ils prennent toute la place, au moins la préférée ; on prête à Clemenceau ce mot : « Le meilleur, c’est en montant l’escalier. »