S/M (sado-masochisme)

« Maîtresse, tu peux me ligoter sur une table, solidement serré quinze minutes le temps de préparer les instruments ; cent coups de fouet au moins, quelques minutes d’arrêt ; tu commences la couture… » Poursuivre la description du menu serait une torture pour tout un chacun, seul le prescripteur en goûte le plaisir. Sans être nécessairement aussi sadiques que les sévices imaginés par le célèbre patient de Michel de M’Uzan, « M. le Maso », le scénario sadomasochiste est toujours un programme qui se doit d’être respecté à la lettre. À ceci près que le maître n’est pas celui qu’on croit… Fouet, latex, cravache, chaînes et garrots ne sont que les accessoires d’une domination servile, le dominateur est un acteur docile soumis au synopsis exigeant de son scénariste-réalisateur. C’est le masochiste, véritable maître à bord, qui consacre son bourreau – il aurait même tendance à harceler son agresseur, « le masochiste est une victime qui ne lâche pas sa proie » (J.-B. Pontalis).

Dans « sado-maso », le trait d’union n’est qu’un trompe-l’œil, offrant l’illusion que le sadisme est solidaire du fantasme masochiste, que le plaisir de la douleur, infligée ou subie, offre une satisfaction symétrique. Inutile d’en rechercher l’étymologie latine, les termes sadisme et masochisme ont été formés et combinés par Krafft-Ebing à partir des œuvres littéraires de Sade et de Sacher-Masoch. Le pire, pourtant, pour un sadique est probablement de tomber sur un masochiste : jamais Sade, qui jouit d’autant plus de sa victime qu’elle n’est pas consentante, ne prendrait plaisir à persécuter Masoch, qui se plaît tant à être « humilié et traîné dans la poussière » (La Vénus à la fourrure, 1870).

Affranchi du risque de la souffrance parce qu’il peut en tirer satisfaction, fondant ainsi une forme paradoxale de subversion par soumission, le masochiste est l’être le plus libre qui soit : « son obéissance anéantit les ordres de ses ennemis, son acceptation honteuse et ridicule des autorités les rend impuissantes » (Theodor Reik). Le « souffre-douleur » serait-il un sadique qui s’ignore, qui aurait retourné sa violence sur lui, grâce à l’intervention bienveillante d’une main extérieure (Freud) ? « L’amour, c’est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi » (Franz Kafka, Lettre à Milena).