Bain de minuit

Nus dans les vagues, un parfum d’interdit, des corps se frôlent, protégés l’un de l’autre par la pénombre et l’eau… L’inquiétude et l’excitation vont de pair, on voit mal, on cherche d’autant plus à deviner. Le bain de minuit, c’est à la fois l’innocence et l’heure du crime. La pureté de l’eau n’est pas toujours celle des bonnes intentions.

Nous sommes loin des camps de nudistes où le corps exposé perd toute ambiguïté, toute sexualité. À minuit l’excitation vient justement de ce que l’on ne voit pas, et qui pourtant s’offre sans voile. L’air chaud, l’eau fraîche, autant de sensations délicieuses et dangereuses. Que cachent les tréfonds marins et la profondeur du désir ?

Le bain de minuit est un retour à l’élément aquatique maternel. Régressif d’un côté, initiatique de l’autre, il est passage (minuit) d’un jour à l’autre, à l’image de l’adolescence à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte.

Cette mise en scène d’une levée nocturne du refoulement joue avec les interdits sans forcément les franchir. Ce mélange de nudité et d’abstinence* en fait l’héritier hédonique des épreuves auxquelles s’obligeaient les amants dans l’amour courtois. Le bain de minuit tient à la fois du rêve, du désir accompli, et du rite de purification, presque du baptême. Il condense la naissance (sortie des eaux), la vague de plaisir, le jeu d’enfant, et l’impatience des désirs.

Vivement la pleine lune !