Sexuellement transmissible (Sida…)

En partance pour l’Afrique, le continent aujourd’hui le plus violemment touché par l’épidémie du sida, Benoît XVI rappelle aux journalistes qui l’interrogent la position de l’Église sur le préservatif – qui revient à condamner une sexualité qui n’a d’autre but qu’elle-même, d’autre finalité que le plaisir et la jouissance qu’elle procure. À la condamnation usuelle, il ajoute une mise en garde supplémentaire : non seulement le préservatif n’est pas une solution, mais il participe du problème, il contribue à l’extension de la contamination ! Absurde à l’aune du bon sens, sans même parler de la rationalité médicale – qui, cependant, n’a jamais fait de la capote la solution –, le propos est plus secrètement cohérent avec la pensée théologique : la sexualité est une maladie, c’est même la maladie de l’homme, celle qui confond son origine (chacun doit son existence à une « nuit sexuelle ») et sa chute, une maladie transmissible, ce que « péché originel » veut dire. À un tel mal, il n’existe que deux remèdes : la fidélité ou l’abstinence*. Grâce au sida, l’Enfer a repris des couleurs, a fortiori tant que l’on a cru que l’épidémie ne concernait que le sexe « contre-nature », celui des « sodomites ».

L’originalité des maladies sexuellement transmissibles n’est pas médicale, l’échange sexuel véhicule bactéries et virus, mais tout autant l’air que l’on respire. L’originalité est sociale, elle tient au statut spécifique de la sexualité, toujours marqué par l’interdit – même s’il varie au gré des cultures et des époques. La syphilis « punissait » le bourgeois adultérin, le sida est le « châtiment » planétaire d’une vie sexuelle sans limites, devenue infernale.

Le psychanalyste qui écoute les récits sexuels des jeunes hommes et femmes d’aujourd’hui, entre préservatif « oublié » et angoisse avant le résultat du test, ne peut qu’être saisi par l’actualité de l’antique complicité du sexe et de la mort – hors toute référence religieuse. « C’est parce que nous vivons dans la sombre perspective de la mort, que nous connaissons la violence exaspérée, la violence désespérée de l’érotisme » (Georges Bataille). La « petite mort » transforme l’orgasme en oraison funèbre.