Vagin, chatte, trou

De la dissymétrie des sexes à leur inégalité, il n’y a qu’un pas qui n’épargne pas les mots de l’anatomie : vagina c’est la gaine, le fourreau. Pénis et vagin sont certes complémentaires, si ce n’est que l’un est plus complémentaire que l’autre ; une épée sans fourreau reste une arme, un fourreau sans épée est une forme vide – le culte rendu au pénis* le fait Phallus, il n’y a pas de culte du vagin ; de l’utérus oui, mais c’est alors la mère et non la femme qui est déifiée, le ventre et non le sexe. La politique des sexes s’écrit dès la langue commune. L’un pénètre, l’autre est pénétrée. La passivité* n’est pas seulement syntaxique, elle complique la vie psychique de bien des femmes quand plus rien ne distingue l’acte sexuel d’un geste de soumission. D’où les éventuelles mesures de rétorsion : le vaginisme* oppose une muraille à toutes les incursions, le penis captivus retient au piège l’aventurier imprudent.

Vagin est un mot de la sexualité, ce n’est pas un mot sexuel. Héléna exige de son amant qu’il prononce, juste avant le coït, ces quelques mots : « Je vais te remplir la chatte. » Le mot sexuel est en lui-même un acte, sa profération vaut comme préliminaire*. Que ce soit Héléna, ici, qui écrive les dialogues et domine la relation ne change rien à la charge agressive du mot, « chatte » tient plus du viol que de la caresse. Ce mot qui excite tant Héléna (identifiée à l’agresseur) est imprononçable par beaucoup (hommes ou femmes). Il y a des variantes plus douces, où la tendresse le dispute à la sensualité, le « minou » par exemple. Mais quand le Portnoy de Philip Roth n’a qu’une idée en tête : « brouter le minou », est-ce tendresse ou passion ?

« Trou » est-il encore un mot sexuel ? Érotique* sûrement pas, sexuel – avec ce que ce mot recèle de violence mal contenue – ce n’est pas sûr non plus, tant la part de destructivité se laisse ici deviner. « Trou », le mot est informe, proche du puits sans fond. Le pénis s’y perd plus qu’il n’y loge. « Un trou est un trou », l’énoncé cynique définit assez bien le film porno* qui interchange indifféremment les orifices dans une haine de la femme qui transparaît à fleur d’images.