Avant-propos

Pourquoi cette réinterrogation du modèle métapsychologique ?

La réponse se relie directement au but que notre construction se propose : trouver un accès à lanalyse de la relation qu’entretient le psychotique avec le discours. qui permette à l’expérience analytique une action plus proche de l’ambition de son projet. En avançant sur le chemin qui nous séparait de ce but nous avons vu, de manière souvent inattendue, certaines questions que nous pensions résolues retrouver leur obscurité, certains repères conceptuels que nous avions cru ne plus faire problème perdre leur apparente clarté. La psychose nous obligeait à repenser la psyché et nos modèles : ce qui n’étonnera personne. Il en est résulté que ce qui dans notre projet initial ne devait être qu’une introduction explicitant les concepts auxquels ce travail fait appel a occupé une grande partie de ce livre : la réalisation de notre but a dû être différée.

Mais ce « différé » a été et reste assez proche de notre réflexion pour qu’on doive le considérer comme la toile de fond sur laquelle est tissé l’ensemble de nos propositions. L’oublier rendrait peu compréhensibles la perspective choisie, l’éventuelle valeur de nos hypothèses et du modèle avancé. Il est évident que la visée d’une recherche infléchit la manière de la conduire, îarnéthode qu’elle privilégie, le type de questions qu’elle se pose. Si nous n’avons pu dans cette étape de notre travail conduire aussi loin que nous l’espérions notre réflexion sur la psychose, il n’en reste pas moins qu’il est dans sa totalité un questionnement la concernant ou, pour mieux dire, un mode de questionner la psyché qui espère trouver la voie permettant d’aborder d’une autre manière sa question.

La dette contractée par nous depuis longtemps avec le discours psychotique est loin d’être réglée. C’est à ce discours si souvent écouté, si souvent non compris, que nous devons d’avoir définitivement perdu toute illusion sur la présence d’un modèle dont l’application ne rencontrerait plus d’« anomalies » : à ce rappel salutaire nous ne pouvons qu’offrir en échange l’espoir que notre construction permette une écoute plus sensible, et plus ttentive à son message. Confronté à ce discours, nous avons souvent éprouvé le sentiment que nous le recevions comme l’interprétation sauvage faite à l’analyste de la non-évidence de l’évident. Cette épreuve, qui n’est pas toujours facile à supporter, est la seule qui donne droit à l’analyste de parler d’une aventure, celle du psychotique, qu’il n’a pas, le plus souvent, vécue subjectivement. Sur un point nodal en effet le psychotique et nous-même nous retrouvons dans un rapport de stricte réciprocité : l’absence d’un présupposé partagé lui rend notre discours aussi discutable. questionnable, ef privée de tout pouvoir de certitude que peut l’êtreffe_sien pour notre écoute. Deux discours se rencontrent et chacun se révèle à fautre comme le lieu où surgit une réponse pour laquelle aucune instance tierce ne vient plus assurer le bien-fondé, lieu où tout énoncé peut être requestionné radicalement, où aucune évidence n’est plus assurée de garder ce statut pour l’autre psyché. La rencontre avec le psychotique n’a quelques chances d’être pour lui positive et autre chose qu’une pure violence erjtrrt* au nom d’ur a savoir supposé », et bien à l’abri dans la tête d’un des interlocuteurs, que si ce dernier est prêt à reconnaître que les deux discours dans leur référence à l’évidence sont dans un strict rapport d’analogie. IdLJISYchose met en cause ce patrimoine jçaqunun de certi-tude, dépôt précieux qui s’est sêdimenté dans une première phase de notre vie psychique et dont nous réalisons tout à coup qu’it est ld condition nécessaire à ce que nos questions fassent sens à nos propres oreilles et ne nous projettent pas dans le vertige du vide. Confronté à la psychose, nous avons découvert, non pas simplement que le modèle de Freud laissait sans réponse une partie de ces questions, mais, fait plus décisif pour notre démarche, que l’application de ce modèle à la réponse que ce discours suscitait en nous-même

laissait hors champ une partie de notre propre éprouvé. À  raison ou à tort, nous ne nous pensons pas psychotique : dès lors les « anomalies » que nous rencontrions dans l’analyse de notre réponse ne pouvaient plus se justifier par un type de résistance, de défense, de fixation, qui seraient spécifiques à la psychose : il fallait reconnaître qu’à partir du moment où on privilégiait une forme particulière de questionnement le modèle présentait des anomalies, quel que soit le fonctionnement de la psyché auquel il s’applique. Notre « tranquillité théorique » pprdnît tnutp • se

faisait jour le clivage qui l’avait jusque-là confortée et qui peut se résumer par cette formule :

— La présence d’un modèle théorique permettant de comprendre le discours psychotique.

— Son éventuelle inefficacité étant attribuée au refus d’entendre opposé par ce même discours.

On aurait tort de sourire de ce qui peut paraître, ainsi formulé, une naïveté. Si naïveté il y a, elle est alors fort partagée, ce qui serait étonnant chez des personnes peu naïves par nature. Nous avons avancé le terme de clivage : nous pensons que c’est bien d’une sorte de clivage qu’il s’agit. Sa manifestation étant que l’analyste va conjointement adhérer à ces deux propositions contradictoires :

— Il ne peut y avoir dans le champ de l’expérience freudienne une connaissance du phénomène psychique dont on ne soit pas en droit d’attendre qu’elle rende possible – ce qui ne veut pas dire assuréeune action sur le phénomène.

— Existe une connaissance du phénomène psychotique dont l’action est inopérante dans le champ de l’expérience.

Il faut alors se demander contre quel risque est mis en place ce clivage : que s’agit-il de ne pas voir ? Avant de poursuivre, qu’il soit bien clair que nous ne prétendons pas que tout symptôme névrotique est susceptible de disparaître une fois que le sujet accepte l’expérience analytique. D’abord parce que, quelle que soit l’affirmation à laquelle ils s’appliquent, les adverbes « toujours » et « jamais », à quelques rares exceptions près, devraient être bannis de notre discipline, ensuite parce qu’une telle prétention équivaudrait à imputer un pouvoir magique à Vexpérimentation, à clamer la présence d’un savoir absolu finalement possédé. Mais par contre on peut dire que dans le registre de la névrose le modèle est capable, dans un bon nombre de cas, de rendre compte des raisons de l’échec ou de la fin de non-recevoir qu’y oppose le sujet. De plus l’expérience paraît confirmer qu’il arrive qu’analyste et analysé confrontés à l’irréducta-bilitê d’un type de résistance peuvent comprendre ce qui est en cause. Même si cette compréhension reste insuffisante à la surmonter il est rare que l’expérience se conclue en laissant intact le statu quo initial. Le modèle freudien peut revendiquer, à juste titre, de couvrir le champ de la connaissance des phénomènes névrotiques, qu’il subisse des échecs lors de son application n’est pas une anomalie mais une possibilité dont la même théorie et le même modèle rendent compte.

Il en va autrement dans la psychose, s’il est vrai, et on peut difficilement le nier, qu’ici l’ordre de grandeur s’inverse : pour une analyse « réussie » combien ont été abandonnées en cours de route ? combien ont confronté l’analyste à l’inefficacité de ses efforts ? Nous ne pensons pas que recourir au concept de transfert pour faire de son impossibilité chez le psychotique l’explication de l’échec soit satisfaisant. Cette « impossibilité » devrait d’abord nous confronter à la nécessité de redéfinir le concept, ce qui permettrait de mieux comprendre pourquoi le transfert tel que le montre la relation névrotique exige non seulement l’investissement libidinal d’une image projetée sur l’analyste, ce en quoi le psychotique est maître, mais que soit transférée dans la

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11'Autre, demande qui trouve sa source dans une rencontre \ inaugurale sujet-discours. Ce « transfert » le psychotique va aussi l’opérer et paradoxalement c’est là que réside la cause fondamentale de ce qui fait échec au projet analytique. En effet il va transférer dans la situation analytique ce qu’il continue à répéter de sa relation au discours de l’Autre, et donc à notre discours. Cette relation, qu’on l’entende comme conséquence d’une non-progression ou d’une régression, peu importe ici, ne confronte l’analyste à aucune transparence de l’inconscient, à aucune simple répétition de ce qui serait le fonctionnement normal d’une première phase de l’activité

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psychique : c’est là un mythe aussi faux que résistant. Ce sont des élaborations psychiques hautement élaborées qui sont proposées à notre écoute, mais ces productions ont un autre point de départ que chez le névrosé1, répondent à d’autres exigences, visent un but différent. La relation Je-discours, ou sujet-savoir dans l’acception que nous donnons à ce dernier terme, a un fondement identique chez tout sujet tant qu’on reste hors du champ de la psychose : elle permet une définition que nous défendons comme vraie mais cela même implique qu’elle ne devient telle qu’à partir d’un certain niveau d’élaboration de la psyché et à condition qu’au cours de cette étape le sujet ait pu éviter certains écueils. Ce « niveau » représente celui à partir duquel fonctionne le Je de l’analyste pensant et exerçant sa fonction : existe donc un avant qui nous oblige à tenter de résoudre le paradoxe consistant à penser, en prenant appui sur notre relation au savoir, ce qui ne serait pensable qu’en modifiant cette relation. Démarche nécessaire si on veut tenter de reconstruire le modèle d’une étape préexistante dans laquelle était par définition non pensable la relation Je-discours, faute de la constitution de l’instance Je et faute de l’acquisition par la psyché du maniement du

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Deux solutions sont dès lors possibles :

— Ne rien changer au modèle rendant compte de cette relation, ne pas interroger son avant, et analyser ce qui est à l’œuvre chez ceux auxquels le modèle ne peut s’appliquer sans modifications, grâce à la mise en avant d’une série de différences. La relation du psychotique au discours sera dès lors définie par une série d’en-moins par rapport au modèle supposé définir ce que devrait être la relation sujet-savoir. Or, si cette définition par l’en-moins peut à la rigueur expliquer une partie de la problématique psychotique, elle ne dit rien sur « l’en-plus » dont témoigne la création psychotique. Elle peut rendre compte de certains phénomènes de « régression », elle est muette sur le prodigieux travail de réinterprétation qu’opère la psychose. Ajou-

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tons que ce faisant on oublie l’anomalie essentielle qu’à nos yeux rencontre l’application du modèle : laisser sans [réponse une partie des phénomènes que le discours psycho-' tique suscite dans la psyché de celui qui ne se pense pas / Me/, l’analyste.

— L’autre solution est celle que nous avons choisie : reconnaître que ce que le modèle laisse hors champ concernant notre propre réponse exige que l’on remette en chantier les différentes constructions rendant compte de la constitution du Je et de la fonction du discours, que l’on réussisse à entrevoir quel était cet impensable « avant » que nous jivons tous partagé. Il faut alors savoir prendre appui sur ce que notre pensée éprouve quand on l’oblige à se confronter avec un discours qui ne laisse plus rien à l’abri du doute, qui oppose la certitude du délire à la logique de notre raison, et lui suggère qu’il fut un temps lointain où, elle aussi, avait rencontré un discours qui s’imposait comme détenteur exclusif du vrai. Discours au service d’une violence aussi radicale que nécessaire pour avoir accès à ce patrimoine partagé qu’est le langage.

Notre construction ne se prétend pas un nouveau modèle de la psyché : elle a l’ambition de redonner accès à une partie de ce qui était resté hors champ, ce qui ne la rend pas moins risquée. Non seulement elle n’a rien de définitif, ce qui serait incompatible avec notre propre conception du savoir quel qu’il soit, mais elle privilégie volontairement, en sachant les inconvénients que comporte tout privilège, ce qui, dans le processus psychique, entretient une relation particulière avec la pro blénuitirjue du savoir, c’est-à-dire

ce qui concerne de manière spécifique^ loprela\ion du_It^jiu

registre de la signification.

Notre conception de cette relation a été fortement ébranlée par ce qui s’est lentement révélé à notre réflexion comme le facteur spécifique de notre éprouvé subjectif face au discours psychotique :

Indépendamment du sens manifeste de ses énoncés, ce discours nous le subissons comme une « parole-chose-actfon » – qu’on nous pardonne ici le peu de clarté d’un

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trinôme que la suite éclaireraqui en faisant irruption dans notre

tentent réduit au silence.

&ou notre hypothèse sur ce mode de représenter qui sera défini par le concept d’originaire : témoin de la pérennité d’une activité de représentation quj use d’un pictogramme qui ignore l’image de

l’image de la chose corporetteTtf^estTe ^discours psychotique qui nous a induit à postuler une forjne d’activité psychique

à Jamais et P0U ! Jjz**ÿi£uet pourtant toujours à l’œuvre, « fond représentatif » qui persiste parallèlement à deux autres types aie production psychique : celle propre au pro^eyspsj^rijn^ire et celle propre au processus secondaire.

Si l’originaire dêfinü une forme d’activité commune^ à tout sujet, il faut souligner que l’efficacitê Ju ’concept ne peut se comprendre que si on veut bien le mettre à l’épreuve dans la pratique de l’analyse dans le registre de la psychose. Il en va de même pour ce qui concerne la place que nous donnons au corps et à l’organisation sensorielle qui four-nissent les modèles somatiques que le processus originaire répète dans ses représentations.

Si la partie consacrée directement à la psychose s’est trouvée réduite, il reste que ce travail a peu de chance d’intéresser le lecteur pour lequel l’énigme qu’elle pose n’est pas partie prenante et constante de ses intérêts. Nous nous permettons d’ajouter qu’un tel désintérêt est à nos yeux incompatible avec notre fonction. Si nous insistons sur ce qui a été la motivation essentielle de notre effort ce n’est pas pour nous consoler d’y avoir en partie renoncé mais parce que, faute d’apercevoir en filigrane à chaque page, la présence d’une même question qui nous talonne apparaîtrait moins clairement le peu de place que tient dans ce travail ce ? u* serait de l’ordre d’une intuition de l’ineffable, et ce que nous devons à l’apport d’une expérience clinique qui a façonné et induit nos formulations. Sans vouloir offrir au lecteur un résumé ou un guide pour suivre un parcours dont nous sommes les premiers à reconnaître qu’il est loin de présenter la clarté et la linéarité souhaitées, il nous a paru utile de désigner d’entrée de jeu les postulats sur lesquels prendra appui notre construction. Ces postulats se réfèrent à notre conception du corps, des or aunes – fonctions sensoriels, de l’information et de la métabolisation que la psyché leur impose ; ils définissent non plus une question, mais une « option préliminaire » permettant, si le lecteur en accepte provisoirement l’hypothèse, une lecture de ce livre qui puisse justifier et provoquer son intérêt.

1 / Le corps. – À côté du corps biologique de la science et des définitions analytiques du corps érogène, s’est imposée à notre regard une autre image : celle d’un ensemble de fonctions sensorielles, elles-mêmes véhicule d’une information continue qui ne peut manquer, non seulement parce que cette information est une condition pour la survie somatique, mais tout autant parce qu’elle est condition nécessaire pour une activité pçvcfiique qui exige que soient libidinalement investis et l’informé et l’informant. Nous montrerons l’identité entre l’activité sensorielle et l’érogênêi-sation des zones, sièges de leur organe. Ce qui permet une autre conception de l’objet partiel et une meilleure compréhension de l’angoisse de mutilation comme équivalent de l’angoisse de castration chez le psychotique.

La relation psyché-corps trouve son origine dans l’emprunt que la première fait au modèle d’activité propre au second : ce modèle à son tour va être métabolisé en un matériau totalement hétérogène, qui restera l’échafaudage inchangé d’un scénario originaire qui se répète indéfiniment.

Cette répétition d’une mise-en-scène immuable définit le fonctionnement et la production de ce que nous appelons l’originaire.

La psychose se caractérise par la force d’attraction exercée par l’originaire, attraction à laquelle elle oppose cet « en-plus » représenté par la création d’une interprétation « délirante » rendant « dicibles » les effets de cette violence. 2

et les processus les produisant délimitent trois « espgsgg-fonctions » :

a / P originaire et la production pictographique ; b / le primaire et la représentation scénique (le phantasme) ; c I le secondaire et la représentation idê\gue* soit la mise-en-sens comme œuvre du Je.

Dès le premier moment de son existence le sujet se trouve confronté à une suite de rencontres dont une des caractéristiques sera d’anticiper toujours sur ses vossib^litês de réponse ou de prévision. Cet état de rencontre est à la source de trois types de production métabolisant selon leur propre postulat3 4 l’information qui en résulte. Tout acte, toute expérience, tout éprouvé donne lieu conjointement à un pictogramme. à une mise-en-scène, à une mise-en-sens*. Du pictogramme le sujet ne peut avoir aucune connaissance directe, il est au pouvoir de l’analyste d’entrevoir certains de ses effets et de tenter d’en construire un modèle connaissable par le Je, à l’opposé, l’œuvre de la mise-en-scène propre au primaire dont témoigne la production phantas-matique a le pouvoir de s’infiltrer dans le champ du secondaire bien que ce dernier reste régi par un travail de mise-en-sens que l’on doit à l’instance appelée Je.

L’analyse de cette instance sera centrée autour de ces trois postulats :

1 / l’exigence d’interprétation comme force organisant le

champ du discours ;

2 I la fonction d’objet partiel que commencent par tenir et

l’objet-voix et le « penser » en tant que dernière fonction partielle et dernier enjeu d’une relation mère-enfant qui précède la dissolution du complexe d’Œdipe ;

3 / l’impossibilité d’analyser la fonction du Je sans tenir

compte du champ socioculturel dans lequel baigne le sujet.

Z' Le « contrat narcissique » désignera ce qui est au fondement \ f de tout possible rapport sujet-société, individu-ensemble, / \discours singulier-référant culturel.

Dans la partie introduisant la problématique psychotique l’ensemble de ces hypothèses permettra de montrer comment et pourquoi c’est à l’activité du Je qu’on doit cet « en-plus » que nous appellerons : la pensée délirante primaire.

Nous terminerons cet avant-propos en soulignant qu’une longue route nous sépare du temps pour conclure : la réalité est mouvante, l’histoire de la relation de l’analyste à la théorie est, comme toute histoire, un processus dynamique

£nt on peut tracer les grandes lignes passées, entrevoir elques aspects du présent, bien peu prédire sur son futur. Quant à la problématique psychotique, nous gardons la conviction que la raison est encore loin du moment où elle pourra prétendre en fournir une analyse exhaustive. Le pourra-t-elle un jour, ou faut-il penser que la folie gardera enfoui un noyau « hors raison »a qu’file nous, démontre, nos limites et que ce noyau d’opacité garantit notre appartenance au champ du « raisonnable » ? La théorie psychanalytique a fourni en ce domaine des données précieuses, l’étrangeté radicale de l’aliéné a cédé la place à l’inquiétante étrangeté d’un familier tour a tour trop proche et trop ïointftjn : la différence est importante et témoigne du chemin parcouru. Mais ici plus qu’ailleurs il faut être à l’aguet des anomalies que rencontre notre modèle et qu’on a trop tendance à méconnaître : qu’on nie l’existence de la folie pour la réduire, car c’est bien d’une réduction qu’il s’agit, à un mode d’être comme un autre, ou, au contraire, qu’on dénonce sa présence mais cette fois en la réduisant à l’effet d’une « tare » exclusive (diabolique, sociologique, organique ou génétique selon les modes du jour J ne change rien sur le fond.

Certitude et savoir se différencient au nom de la question-nabilité de leurs énoncés respectifs : la première refuse cette mise à l’épreuve, le second l’accepte, fût-ce malgré lui. Il reste à espérer que le questionnement de, par et sur la psychanalyse, puisse continuer.