10. Structures névrotiques

J.-P. Chartier

Notion de névrose

La névrose est apparue relativement tard dans les descriptions cliniques et seulement à la fin du siècle dernier. Cette entité clinique a eu beaucoup de mal à se dégager :

■ des maladies nerveuses proprement dites (épilepsie, maladie de Parkinson) ;

■ de la folie elle-même, qu’en terme scientifique nous appelons psychose.

La névrose a en définitive acquis ses lettres de noblesse avec la psychanalyse. Actuellement, cette entité a encore beaucoup de mal à récupérer une définition tant du point de vue théorique que clinique, d’autant plus qu’on peut penser qu’en dehors des psychoses et des états-limites, elle concerne la plupart des structures courantes de la personnalité. De plus, si l’on a accordé une grande importance à la classification américaine (DSM), on peut dire maintenant qu’elle correspond à une autre culture psychologique et psychiatrique.

Il est vrai que toute définition de la névrose est hypothéquée par une ambiguïté essentielle : Parle-t-on d’une névrose individuelle ou d’une névrose familiale ? Notre option se situe dans une vision unitaire de la névrose. Les chemins qui nous permettront d’y parvenir demandent dans un premier temps du moins de les distinguer car il va de soi qu’une névrose individuelle prend une connotation particulière dans le cadre d’une névrose familiale.

Névrose individuelle

Acception classique de la névrose ou névrose selon la première topique freudienne

Elle est toute entière fondée sur le principe du refoulement hystérique. Ainsi Freud, dans le cas Elizabeth von Ritter, raconte l’histoire d’une femme qui se surprend à penser que son beau-frère sera « libre » après le décès de sa sœur. Cette pensée insupportable est refoulée et ne laissera apparaître des rejetons symptomatiques qu’après la mort de sa sœur. Freud les décryptera et permettra à Elizabeth de remonter jusqu’à la motion refoulée.

D’où cette idée simple, référence implicite majeure de la névrose : puisque la prise de conscience permet de guérir les symptômes, la névrose est le produit du refoulement, un refoulement qui concerne essentiellement la sexualité.

En réalité la situation n’est déjà pas aussi simple car cette conception hystérique utilise sans y prendre garde et sans en tirer de conséquences l’arrière-fond œdipien et le désir incestueux.

Elizabeth ne perçoit pas seulement un désir sexuel inavouable, elle rejoue un scénario œdipien triangulé qui comporte un désir incestueux tout à fait essentiel et qui risque de passer inaperçu. L'« incestueux » représente un au-delà du sexuel que seule la deuxième topique freudienne peut appréhender dans toute sa dimension d’où les illusions théoriques et thérapeutiques de la conception hystérique simplifiée de la première topique.

Conception contemporaine de la névrose ou névrose selon la deuxième topique freudienne

Sa symptomatologie est beaucoup plus floue d’où une très grande difficulté diagnostique. On est en général en face d’un malaise où se confondent avidité et frustration au point que dans un premier temps du moins on pourrait considérer que la névrose se caractérise par une volonté de récupérer à tout prix les jalons manquants d’une évolution libidinale bien conduite.

Les avatars pathologiques ne seraient, dans cette perspective, que les aléas inhérents à la constitution des destins vitaux.

Un premier point de repère se dessine cependant d’une manière plus ou moins évidente mais toujours perceptible : le caractère insatiable de la demande d’une avidité telle qu’aucune « revanche » n’est jamais capable d’y faire face. Cette quête insatiable peut prendre des formes extrêmement variées aussi bien hystériques que caractérielles, voire paranoïaques a minima. À l’inverse la dépression névrotique peut être au premier plan cachant mal une quérulence rageuse, enfermée dans « le tout ou rien » ou bien encore tapie dans une omnipotence passive plus ou moins obsessionnelle et difficile à débusquer. Ce repérage fondamental ne doit pas faire oublier l’étendue de la légitimité revendicative. Le renoncement par le « désêtre » n’est pas un programme acceptable dans le destin névrotique. Par contre la prise en compte de cette double polarité permet d’envisager les carences, voire les traumatismes infantiles, d’une manière plus ouverte et de réenvisager d’un autre œil les causes infantiles censées pouvoir tout expliquer. Ainsi les conséquences des frustrations infantiles apparaissent davantage comme des manques à élaborer, des difficultés à mettre en route un travail de deuil que comme des ressorts impénitents et refoulés.

Inconscient de la névrose

Un inconscient double. L’inconscient secondaire de la première topique, produit du refoulement. L’inconscient primaire dont l’émergence essentielle est le Ça.

Le Moi devient partiellement inconscient, l’érotisation d’un Surmoi sadique en fait un comparse encombrant et les forces névrotiques ne sont plus seulement le produit secondaire du refoulement mais bel et bien en prise directe avec le Ça dans sa toute-puissance désordonnée. C’est l’énergie libre.

Le repérage de l’omnipotence pulsionnelle pourra être décrit sous forme de violence fondamentale (J. Bergeret). Donc, avant l’émergence de la sexualité infantile.

Le repérage de la dépendance, à la fois refusée et forcenée, une sorte d’attitude régressive que d’aucuns décriront telle une libido en quête d’objet (Fairbairn).

Ces deux points de vue qui nous ont paru repérer les mouvements essentiels de l’avidité apparente prennent une forme particulière dans l’inconscient.

Ils constituent d’abord deux types de relation d’objet bien différents qui, comme Freud semble l’anticiper dans son article de 1914 Pour introduire le

Narcissisme, préfigurent une sorte d’empreinte préalable à la constitution triangulaire de l’Œdipe. Plus encore leur condensation concourt naturellement au désir incestueux : comment en effet l’enfant, privé d’arguments biologiques convaincants aurait-il l’outrecuidance de s’immiscer dans la problématique des désirs parentaux ?

Il lui faut de solides raisons telles la conjugaison d’une omnipotence pulsionnelle sans borne et d’une volonté forcenée de retour à une dépendance de type fœtal43.

Ainsi le désir incestueux fondateur de l’Œdipe est le prototype de la névrose typique.

Formations incestueuses symboliques

Déjà fort complexe la situation se complique souvent dans la mesure où les rejetons incestueux ne sont plus seulement des éléments plus ou moins régressifs d’un conflit œdipien mal engagé, peu conflictualisé, à peine ou pas du tout élaboré mais des phénomènes actifs issus de l’inconscient des parents et qui produisent ce que nous pourrons appeler des « formations incestueuses symboliques » qui figent les processus d’identification dans des systèmes de répétition plus ou moins inextricables.

On le voit on est là, déjà, de plain-pied dans une situation de névrose familiale qui n’est, en définitive, qu’un cas particulier de névrose mais un cas particulier qui conduit le plus souvent aux états névrotiques les plus pathologiques voire au-delà vers les états-limites et même la psychose.

Névrose familiale

On pourrait dire que par définition il y a névrose familiale lorsque le désir incestueux de l’enfant est repris en miroir par les parents qui deviennent partie prenante dans ce désir.

Dans la mesure où tous les parents du monde ont à voir avec ce désir et qu’il n’existe probablement pas de situations « pures » dans lesquelles le désir incestueux de l’enfant ne se trouve pas d’une manière ou d’une autre en état de complicité avec l’adulte, ne serions-nous pas obligés de conclure que toute névrose est d’emblée une névrose familiale ?

N’est-ce pas d’ailleurs dans ce climat de séduction réciproque (J. Laplanche) que peut se constituer un système pulsionnel du type amour-haine ? La marge entre une complicité adaptée à l’enfant et la charge d’un investissement parental dépressif abandonnique ou dévorant, les deux le plus souvent, n’est sans doute pas toujours évidente.

Il existe cependant des situations où le lien incestueux symbolique prend toute la place et devient l’élément majeur de l’histoire d’une destinée (par exemple l’histoire que Romain Gary rapporte à propos de son enfance dans La promesse de l’aube).

Aussi est-il possible de dire que s’il existe un noyau névrotique typique, il existe aussi des situations incestueuses symboliques typiques liées le plus souvent aux dépressions parentales.

La partie visible et symptomatique n’est souvent pas très révélatrice car elle se caractérise par des relations d’objet où dominent la maîtrise systématique et d’une manière plus cachée encore la dépendance réciproque. Ces deux éléments conditionnent des fonctionnements mentaux rigides avec parfois des révélations explosives, caractérielles, clastiques, voire plus graves encore.

La partie invisible n’est souvent révélée que dans l’après-coup ou au cours d’une psychanalyse. Il s’agit essentiellement d’interdits implicites majeurs dont la première conséquence est la stérilisation des échanges verbaux. Autant les enfants s’en donnent à cœur joie face aux interdits explicites autant les interdits implicites sont moins contournables. Non seulement il est implicitement interdit de parler de tout ce qui est sexuel mais également de tout ce qui a trait à une quelconque vie imaginaire. Quelquefois ces interdits touchent des tabous familiaux liés à des secrets de famille anciens ou récents (adoption, fratrie bâtarde, inceste, maladie, séropositivité au virus du sida) ou tout simplement tout événement extérieur qui risquerait de perturber le mode adaptatif familial et le cérémonial habituel qui en découle. Ainsi beaucoup d’enfants ne peuvent parler à leurs parents des événements qui font l’ordinaire des échanges familiaux (tracas scolaires ou relationnels, bobos et douleurs diverses, péripéties de l’entourage, voire apparition des règles).

Les formes les plus serrées de ces névroses familiales conduisent à une systématisation que nous emprunterons à la description faite par l’école de Palo Alto à propos du double bind qui de notre point de vue concerne essentiellement les névroses pathologiques. Nous retiendrons de ce « double lien » non pas l’aspect paradoxal qui nous paraît relever du jeu des apparences, plutôt l’opposition entre les injonctions explicites et implicites dont le rôle nous paraît radicalement différent. Cette contradiction apparente ne fait pas problème car les injonctions explicites (« grand garçon qu’attends-tu pour courir les filles ») sont faites pour montrer en permanence que le langage ne sert à rien.

Seules les injonctions implicites (« tu sais bien que tu n’es bien qu’avec ta mère ») sont entendues et constituent la trame des interdits implicites où se jouent les liens incestueux symboliques essentiels. S. Palazolli en est ainsi arrivée à décrire des fonctionnements familiaux de « disconfirmation » dans la mesure où l’entreprise névrotique familiale conduit à réduire au maximum toute représentation personnelle des affects et du monde.

Pour constituer une psychose il faut une rupture plus profonde des liens affectifs qui laisse libre court à des excitations terrorisantes44. Ainsi, la majorité de ces comportements appartiennent à la névrose.

On le voit également, par cette description symbiotique de liens mère-enfant nous sommes près du concept lacanien de forclusion portant sur le nom du père. Cette exclusivité maternelle comprend effectivement une exclusion – et pas seulement du nom – mais de l’image du père de l’enfant dans sa propre tête au profit de son père à elle, donc de son propre narcissisme.

En ce sens la valeur du père symbolique de l’enfant nous paraît effectivement primordiale mais caractérise par son absence essentiellement les névroses les plus pathologiques et non les psychoses. Pendant des années le mythe de la forclusion du nom du père comme étiologie essentielle des psychoses ne souffrait pas de contestation. Il apparaît aujourd’hui qu’il faille rendre à la névrose ce qui lui appartient.

Ainsi la réalisation incestueuse systématisée, fut-elle symbolique, qu’elle soit initiale ou réparatrice, constitue la base essentielle des névroses pathologiques comme Serge Leclaire l’a illustré lui-même à partir d’une observation de névrose obsessionnelle sous le vocable de « prison bien aimée ».

Reste à envisager la nature du lien qui relie ces formations incestueuses symboliques (voire incestueuses tout court) avec la dépression parentale. Il ne fait pas de doute que leur signification profonde est de l’ordre d’une addiction nécessaire, sorte de réparation pathologique de même type que le délire dans la psychose. Tout se passe en somme comme si dans ces cas « incestueux » l’emprise sur autrui n’avait pas pu s’exercer autrement c’est-à-dire d’une manière plus œdipienne. En ce sens on peut considérer le conflit œdipien comme l’expression d’un inceste « ouvert » qui se déplace essentiellement par des identifications complexes par opposition à l’inceste « fermé » des formations que nous venons de décrire dont le système d’identification apparaît beaucoup plus figé, passant des identifications les plus idéalisées aux plus mortifères sans beaucoup d’intermédiaires.

Noyau œdipien typique

Le conflit sexuel de la névrose se situe donc au niveau génital de l’Œdipe même si les aptitudes défensives conduisent à emprunter les voies de régressions prégénitales (anales voire orales). Le conflit chez le garçon découle de la rivalité œdipienne avec le père dans le projet de conquête de la mère. Ce projet est abandonné en fonction à la fois des sentiments tendres existants vis-à-vis du père et de la crainte de mesure de rétorsion de ce dernier (castration). Joue enfin et surtout la place du père dans la tête de la mère.

L’interdiction du père est intériorisée, aussi on dit que le Surmoi est « l’héritier du complexe d’Œdipe ». En même temps l’identification à ce dernier projette sur l’avenir la possession de la femme. La masturbation infantile, sorte de participation hallucinatoire à la scène primitive, montre déjà l’implication d’une omnipotence sans faille du désir qui semble donner raison au Surmoi. Sa reviviscence à l’adolescence se trouve ainsi sous le coup d’une culpabilité considérable ; la crainte de destruction ou de maladie des organes génitaux, en relation avec la masturbation, est l’expression la plus évidente de l’angoisse de castration. Chez la fille la position n’est pas exactement symétrique en raison du changement d’objet (des soins maternels à l’amour du père) et de la castration anatomique.

Identifications œdipiennes

L’identification du petit garçon au père et de la petite fille à la mère est l’héritier le plus évident du complexe d’Œdipe. En réalité, ce ne sont pas les seules issues et la mise en place de cet héritage reste hautement problématique.

Tout d’abord ce mode de résolution du complexe d’Œdipe reste partiel, le désir incestueux subsiste quoique déplacé (voir Le blé en herbe ou Le dernier tango à Paris) et c’est lui qui tombe sur le coup du Surmoi. Vues sous cet angle, les identifications aux parents du même sexe ne constituent qu’un destin particulier de l’investissement libidinal, insuffisant par rapport au retour inlassable de la pulsion dans son destin incestueux. Une des raisons en est que ces identifications « homosexuelles » ne vont pas de soi et sont même radicalement remises en cause, dans les deux sexes, et pour des raisons différentes.

Chez le garçon d’abord, l’identification au père met en question l’Œdipe inversé, c’est-à-dire la position féminine du petit garçon vis-à-vis du père. Or cette position est difficilement tolérée dans la mesure où elle stipule la castration.

Chez la fille, l’identification à la mère œdipienne n’est pas simple non plus car dans son ombre se profile l’image de la mère phallique préœdipienne. En particulier l’identification homosexuelle a beaucoup de mal à faire sa place au travers des arcanes de la maîtrise et de la dépendance qui caractérisent cet imago.

Mais il existe une troisième issue, sorte de voie de traverse qui prend une place considérable, c’est l’identification au parent du sexe opposé.

Qu’elle soit l’héritière naturelle de l’Œdipe inversé ne suffit pas à en rendre compte. Sa place est telle dans l’issue de l’Œdipe qu’on doit même à son propos parler d’identification œdipienne directe quoique hétérosexuelle. En effet, s’il y a renoncement à la réalisation incestueuse, l’identification hétérosexuelle n’en permet pas moins de conserver des liens privilégiés avec le parent œdipien ou du moins avec son image.

Il n’est pas question de considérer ce type d’identification comme pathologique. Il est en réalité très nécessaire à l’accomplissement de la vie libidinale hétérosexuelle : le coït dans les deux sexes nécessite en fait les deux types d’identification féminine et masculine. Il ne préjuge pas non plus de l’identification homosexuelle qui l’accompagne.

Ainsi certaines femmes, viriles dans leur vie sociale, n’en conservent pas moins dans le même temps une position féminine dans leur vie privée. À l’inverse, lorsque l’identification homosexuelle n’est qu’ébauchée, la féminité est revendiquée sur le plan social pour éponger l’échec, la virilité sur le plan privé pour l’assurer.

Si certains hommes craignent de perdre leur virilité en mettant un tablier de cuisine, d’autres revendiquent et réalisent « leur maternité » auprès de leurs enfants. Ces attitudes dans un sens comme dans l’autre ne préjugent en rien de celles qu’ils peuvent avoir en position virile.

Mais là encore, il faut faire une distinction entre les hommes et les femmes. En effet, l’identification virile de la femme est essentiellement œdipienne, c’est-à-dire proche de son issue génitale, d’où la prépondérance des phénomènes hystériques chez la femme. Chez l’homme, l’identification maternelle comporte de tels relents de la phase préœdipienne que l’identification hétérosexuelle est saturée en imagos beaucoup plus archaïques. L’analité défensive et en même temps identificatoire à la maîtrise de la mère phallique prend une place prépondérante, d’où l’issue préférentielle vers la névrose obsessionnelle et son lâchage que représentent les perversions.

La bisexualité, enfin, explique qu’on peut inverser toutes les situations décrites et que l’hystérie et la névrose obsessionnelles, si elles sont statistiquement prépondérantes, la première chez la femme et la seconde chez l’homme, n’en coexistent pas moins dans un sexe comme dans l’autre.

Le pulsionnel œdipien

Mais il faut aller bien au-delà encore et décrire deux destins très différents de l’omnipotence pulsionnelle.

D’une part, le Moi-pulsion ne cessera jamais de revendiquer son inextinguible soif d’exister à travers la réalisation de ses désirs pulsionnels et narcissiques. Cet attelage possède en lui-même une contradiction qui ne manquera pas de faire problème même si les premières acquisitions de l’enfant semblent pouvoir rallier les deux points de vue. Le pulsionnel devient inévitablement trop encombrant pour un Moi qui ne peut pourtant exister sans lui. Cette catastrophe latente, qui alimente la partie dépressive chère aux kleiniens, utilise toutes les issues pour s’en sortir : projection, refoulement et organisation du noyau hystérique.

En somme, après une période de connivence du pulsionnel et du narcissique, leur cohabitation devient problématique et provoque la mise en place de systèmes de défense très diversifiés face aux angoisses et à la dépression latente qui en résulte.

Mais, d’autre part, ces aménagements seraient encore insuffisants si le Moi-pulsion n’avait dû abandonner une partie de son emprise à une fonction narcissique autonome. Il trouvera preneur dans la démarche quasiment consciente du « bébé explorateur » qui utilise dès la naissance ses autres orifices (nez, yeux, oreilles) pour explorer le monde. La toute-puissance envahira progressivement cette investigation au nom d’un soi créatif qui veut exister par lui-même et arrive à se décaler de la pure satisfaction au profit de la seule omnipotence. Le pur plaisir de s’opposer au monde par le « non » (18 mois) devient une satisfaction suffisante qui, au-delà de la réalisation du désir, introduit dans ce décalage la toute-puissance de la pensée. Vécue d’abord dans l’agir (et l’inconscient) elle pourra, éventuellement, être récupérée par la pensée dans un après-coup plus significatif ouvert sur toutes les élaborations possibles.

Le monde obsessionnel, caractérisé par la folie du doute, est l’expression de cette folie omnipotente de la pensée qui peut faire du rationnel un rejeton beaucoup plus fou qu’on pourrait le croire (Edgar Morin) et arrime du même coup le contrôle omnipotent à un développement naturel de l’insatiable pulsionnel.

On peut ainsi décrire deux lignées (Platon n’a-t-il pas parlé de l’hybris du haut et de l’hybris du bas ?) :

■ celle de la toute-puissance de la pensée qui plonge ses racines dans l’inconscient beaucoup plus qu’on pourrait le croire (la pulsion épistémophilique de Bion) et donne lieu à toutes les formations de caractère, et au caractère lui-même qui constituera un des éléments essentiels de la personnalité, allant des organisations obsessionnelles au fanatisme ordinaire. Cette partie peut subir des aménagements mais constituera un socle dont la plasticité restera aléatoire tant le narcissisme a besoin de s’y accrocher pour assurer la continuité de lui-même. Freud parlera des pulsions de Moi. On comprendra que cette position « narcissique » devienne un refuge en soi dès lors que le conflit œdipien a de la difficulté à être abordé (traumatisme psychique lié à un émoi pulsionnel précoce et excessif) ;

■ celle du noyau hystérique qui, à l’abri de l’inconscient secondaire (celui de la première topique), continuera de se développer :

• d’une part, avec le théâtre inconscient du conflit œdipien mais aussi des éléments préœdipiens préalables qui ne font parler d’eux d’une manière évidente qu’à travers les séquelles de traumatismes ou de carences graves subies peut-être même déjà in utero (J. Bergeret et M. Houser). Freud, n’a-t-il pas découvert l’inconscient grâce au préalable du Préconscient traumatique ?

• d’autre part, avec l’émergence de l’auto-érotisme qui est à la charnière à la fois du Moi et de l’extérieur, du corps et de la pensée, de l’inconscient et du conscient. C’est dire son importance capitale dans le développement du Préconscient.

On comprendra aussi que le noyau hystérique, moins inconscient qu’on ne pourrait le croire, et la toute-puissance de la pensée, beaucoup plus inconsciente qu’on ne pourrait le croire, développent des relations plus ou moins inextricables dans lesquelles l’un peut habiter dans l’autre (n’est-ce pas cette confrontation qui peut produire aussi bien un symptôme, une œuvre, ou un caractère ?). Même si la plupart du temps, on peut repérer en soi les moments de notre hystérie dont la créativité peut du moins se régaler d’un exhibitionnisme profitable, et les moments où notre rumination « fanatique » plus ou moins obsédante ou obsessionnelle nous ronge de l’intérieur.

Il est également possible d’envisager l’hypothèse de dissociations extrêmes entre ces deux lignées lorsque, pris dans un naufrage, le psychisme ne sait plus à quel saint se vouer, le corps voulant sa vie de son côté et la pensée de l’autre, cela dans un brouillard intense pouvant aller du dédoublement des imagos au dédoublement du Moi. Toute une gamme de dissociations moins traumatiques peuvent se produire jusqu’à la dissociation créative qui fait de l’inspiration une sorte d’émergence productrice du noyau hystérique dont il est possible de garder le contrôle, tout en se laissant porter par une force qui vient de nous sans être tout à fait nous-mêmes.

Castration œdipienne

La castration œdipienne s’incruste bien évidemment dans le destin biologique de la différence des sexes et le Surmoi masculin en conservera une rigueur que n’atteint pas son homologue féminin. En réalité la crainte concernant l’intégrité corporelle de son appareil génital existe aussi chez la femme et elle est décuplée vis-à-vis de sa progéniture.

Cette crainte de la mesure de rétorsion ne doit pas faire oublier le contexte de la maturation œdipienne ni les résonances qu’entraîne la castration dans l’organisation psychique et l’univers qui en découle. On peut reconstituer cette maturation, au travers des arcanes du refoulement, comme un renoncement à la toute-puissance infantile de possession incestueuse, au moins pour partie, au profit de l’acquisition d’un Surmoi plus ou moins rigide et d’identifications plus ou moins problématiques. Ceci avec pour corollaire chez l’homme : je n’ai pas « le » phallus, et chez la femme : je ne suis pas « le » phallus (voir le paragraphe Économie dans la partie sur l’Hystérie de ce chapitre). En réalité, il s’agit là d’une première approximation car ce serait ne pas tenir compte du formidable renversement que comporte cet échange de « bon procédé ».

D’une part, le psychisme ne se résout jamais à se déposséder complètement d’un de ses moyens d’action – et encore le fait-il douloureusement. Ainsi la mégalomanie est un personnage, qui pour rester dans l’ombre, n’a de cesse de s’aménager un nouvel emploi (par exemple au niveau de l’Idéal du Moi).

D’autre part, l’entrée dans l’Œdipe – soit dit en passant une fois rentré dans l’Œdipe, on n’en sort plus, la névrose s’aménage, l’Œdipe ne se résout pas – est le début d’une histoire singulière dans la mesure où les personnes qui y sont impliquées sont elles-mêmes individualisées. Les schémas d’organisations psychiques ne sont que des bornes autour desquelles s’entremêlent les destinées humaines et c’est en ce sens que la névrose constitue un destin spécifique et une porte d’entrée dans la finitude. L’acceptation de l’appartenance à un seul sexe et de l’irréductible issue mortelle en est de surcroît le jalon principal.

Mais la finitude est aussi le témoin de la démarche à rebours du psychisme humain qui ne peut communiquer avec le monde qu’après s’être préalablement enraciné dans un univers qui lui est propre, donnant lieu, fût-ce à travers des vestiges épars, à une véritable mythologie individuelle.

C’est en ce sens que, malgré les apparences, la psychanalyse n’est pas une aventure autour du nombril, en ce sens que, seule, la singularité authentique d’une œuvre d’art débouche sur l’universel.

Ainsi, le conflit entre le Surmoi et les pulsions sexuelles n’est que la trame la plus évidente sur laquelle se construit la névrose. Le refoulement qui en est la première conséquence, souvent dépassé par les événements, laisse place au symptôme qui n’est pas seulement une formation de compromis entre la pulsion et la défense mais une nécessité absolue de sauvegarde du narcissisme (insurrection plus ou moins hystérique).

Le théâtre inconscient est ainsi en crise perpétuelle dont la plasticité est la qualité essentielle. Les symptômes correspondent à une créativité prise de court qui recourt à des procédés d’urgence et par conséquent simplistes et inévitablement castrateurs. Ces trop pleins, exemplaires par leur banalité, sont des créations paradoxales qui, pour lutter contre l’impossible reddition de l’insatiable, s’automutilent par une sauvegarde rudimentaire et sont en définitive essentiellement des abcès de fixation. Les nécessités de cette contradiction vécue dans l’alternance de plaisir et de douleur (la belle indifférence de l’hystérie n’y échappe pas non plus), permettent de comprendre à quel point le psychisme use des symptômes jusqu’à la corde et combien par conséquent ils ont la vie dure.

Prémisses de la névrose

Si l’on convient de la réalité du conflit comme base inhérente à la vie psychique ordinaire, la névrose en est le dénominateur commun avec ou sans symptôme évident. C’est dire à quel point elle s’adresse à tout le monde, hors maladie mentale (les psychoses). Sans doute on peut se poser la question de savoir si cette prise de territoire est justifiée et s’il n’existe pas des états où la névrose est loin de pouvoir prendre le devant de la scène et, cela, pas uniquement dans les cas de « névroses traumatiques ». Tels les « états-limites » qu’on pourrait caractériser par des aménagements narcissiques d’une très grande dépendance anaclitique et proche d’un état dépressif latent plus ou moins méconnu.

Angoisses et dépression sont le lot commun de l’humanité mais à des degrés extrêmement divers. Il nous appartient donc d’essayer de repérer ce qui appartient véritablement à la névrose et ce en quoi elle transforme le devenir psychique du traumatisme. De plus, il convient d’examiner aussi les organisations psychiques de caractère (faux self, fonctionnement opératoire, névroses de caractère) et d’essayer de préciser leurs rapports avec la névrose.

L’angoisse interne

Elle a été l’objet d’un premier débat théorique important : l’angoisse est-elle liée à un excès de refoulement ou au contraire à un refoulement insuffisant ? Avec le développement de la deuxième topique (Ça/Moi/Surmoi), Freud a insisté sur l’incroyable vitalité de la pulsion. Ainsi, nous pouvons développer avec lui l’idée élémentaire « que nous naissons dans l’insatiable » comme une évidence qui est rarement prise en compte à la mesure des conséquences pourtant si terribles ou si ordinaires qu’elle engendre. Que l’angoisse, avec ou sans objet, soit liée à cet excès pulsionnel permet de reconsidérer d’un autre œil la question du refoulement. L’énergie libre de la pulsion est si insaisissable que, refoulement ou pas, l’angoisse fuse toujours de manière inconsidérée.

Il y a sans doute une grande différence entre le fait d’être submergé par ses affects, une sorte d’angoisse nue allant jusqu’à ce que l’on appelle maintenant l’attaque de panique et l’angoisse sournoise qui se fixe dans un organe allant de l’hypocondrie simple aux souffrances neuropsychologiques actuellement nommées neuropathies. Mais, le plus étonnant encore, c’est l’énergie des forces qui s’opposent à l’angoisse (les formations réactionnelles) et qui deviennent ensuite de véritables carcans de la vie psychique alors qu’elles n’auraient plus lieu d’être.

Deux points essentiels, à l’orée de la névrose, méritent d’être précisés :

■ le premier, invisible, consiste à expédier le trop-plein pulsionnel par projection. Cette projection constituera la mère phallique (la sorcière, le loup, l’ogre), imago présent dans la tête de tous les enfants du monde. Mauvais objet des kleiniens, il sera à l’origine de toutes les phobies pour être réintrojecté ensuite partiellement et constituera le Surmoi archaïque dont la sévérité est sans bornes ;

■ le second point lié au « Moi dépendant » constituera « l’empreinte de l’attachement », tout du moins si l’environnement se prête à un attachement suffisamment vivant et stable. Les ethnologues comme Conrad Lorenz (1936), en tirent une conséquence qui est loin d’être négligeable : l’inhibition de l’inceste chez les animaux. Le fait que cette inhibition soit beaucoup moins efficace dans l’espèce humaine, donne à penser sur l’importance de l’énergie pulsionnelle humaine.

Cette empreinte de l’attachement inhibe aussi le Surmoi archaïque pour donner plus de place, à travers le conflit œdipien, au Surmoi œdipien qui peut devenir un allié.

Pourtant, malgré ce triple verrou, l’angoisse transgresse toutes les limites pour nous pétrifier sans que nous sachions forcément pourquoi. Et, quand un facteur déclenchant est évident, c’est souvent « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». La soi-disant « névrose d’angoisse », latente, se révèle comme un mal-être remontant le plus souvent de l’enfance. Une sorte d’immaturité relevant plus des états-limites que de la névrose.

C’est pourquoi, vouloir réduire l’angoisse à un élément réactionnel et comportemental ignore la réalité du psychisme humain qui a toujours besoin d’un investissement inextinguible. L’activité artistique elle-même, si vantée pour ses qualités de sublimation, n’intéresse guère si elle n’exprime que le beau et pas suffisamment le « terrible » (Rilke).

On pourrait croire que la névrose réussie est celle qui, dans la belle indifférence de l’hystérique par conversion (mais parfois à quel prix), arrive à juguler l’angoisse.

D’autres formes plus réussies de l’hystérie coûtent moins cher mais n’en continuent pas moins de jouer avec l’angoisse.

En ce qui concerne l’obturation par la toute-puissance de la pensée, elle est remise en cause par l’émergence du doute dont l’obsessionnel aime à jouer à l’infini.

Seules les organisations de caractère semblent pouvoir nier l’angoisse et récusent tous ces jeux incompréhensibles qu’elles fuient comme la peste. Ainsi, la dépression latente qui peut les surprendre au détour du chemin, est considérée comme une fin du monde.

L’élaboration psychique et le ludique préconscient qui, par le jeu de l’impossible, conduisent à la dérision et à l’humour, semblent être les remparts les plus souples et les plus efficaces face à l’inextinguible appétit pulsionnel dont l’angoisse est le résidu inévitable.

L’orage traumatique – L’angoisse externe

C’est une véritable effraction du Moi venue de l’extérieur qui effondre les limites de l’auto-érotisme au sens large du terme, comprenant l’intégrité du corps, de sa famille et de ses amis, de sa tanière, voire de son pays. L’angoisse n’est plus seulement un produit interne mais, une horreur qui risque de nous envahir du dehors en réveillant, malgré toutes les barrières mises en place (déni, indifférence ou au contraire, agressivité indifférenciée), des zones de violence de plus en plus archaïques. Le télescopage du dehors et du dedans peut provoquer des états de confusion mentale et de dépersonnalisation intenses.

Au minimum, l’angoisse provoque une véritable sidération de la vie psychique qui peut durer. Marguerite Duras l’avait bien compris en rédigeant ces mots : « dans mon enfance le malheur de ma mère a occupé le lieu du rêve » (L’Amant).

Que l’on insiste sur le côté « stress » et son versant neurobiologique, ou sur le côté « trauma » et ses remaniements en direct du narcissisme inconscient, la diversité des individus et des situations ne suffisent pas à désagréger les éléments essentiels de ce que l’on appelle maintenant pudiquement un « syndrome psychotraumatique ». Deux éléments restent à peu près constants :

■ d’une part, le caractère éminemment salvateur de la verbalisation précoce et empathique comme s’il s’agissait d’une nouvelle naissance qu’il fallait absolument prendre en charge au plus vite exactement comme la première personne qui nous parle dans un lieu ou un milieu absolument étranger ;

■ d’autre part, le caractère tardif, dans l’après-coup, de la majorité des symptômes (détresse, rumination, indifférence, troubles du sommeil, somatisations, dépression) même chez des personnes qui semblaient avoir relativement bien digéré le traumatisme récent.

N’est-ce pas d’ailleurs cette « fixation morbide », incongrue, qui a, à la suite de Janet, permis à Freud de pénétrer plus avant dans l’incroyable imbroglio de l’inconscient, lui faisant même prendre les fantasmes de séduction pour des scénarios réels, dans un premier temps du moins ?

Tout se passerait comme si, au moins la nuit, l’inconscient remettait inlassablement, au travail dans le rêve les affects traumatiques, espérant une intervention quasi chirurgicale, qui, par la catharsis du cauchemar, viendrait enfin délivrer le sujet de cette attaque en règle.

Il n’est pas sûr que le néant des origines (L. Crocq) et la crainte de la mort, voire la transgression d’y avoir échappé et la culpabilité vis-à-vis de ceux qui sont morts, soient les facteurs les plus insidieux de ce qu’il faut bien, malgré tout, appeler une « névrose traumatique » tant les rapports avec l’inconscient sont difficiles à élucider, mais réels. Qu’une énergie tutélaire, quelle qu’elle soit, ait osé s’avérer plus efficace et plus turbulente que notre pulsion omnipotente et ses constructions, fussent-elles précaires, est une problématique qui, après la sidération initiale, reste inélaborable et par conséquent ne peut cesser désormais de risquer de se reproduire, mettant à mal les dénis qui nous protègent habituellement.

C’est la raison pour laquelle un deuxième traumatisme peut avoir un impact désorganisateur tel qu’il ne puisse plus être élaboré facilement et conduisent à un état dépressif bien au-delà de l’élément réactionnel (voir chapitre 12 Les états-limites et leurs aménagements).

On retrouve par ailleurs ces états de catastrophe dans des situations de crise aiguës de la vie psychique et encore davantage chez les personnes fragilisées par un manque d’empreinte de l’attachement. La volonté de dominer la situation est alors presque émoussée par rapport à la seule issue qui leur paraît possible : se mettre à l’abri au creux du sein maternel.

Du coup cette « fixation morbide » semble avoir pris la place de l’hystérie. À moins de s’être débrouillée pour en avoir pris de ci de là les défroques. Défroque externe de l’inhibition, de la somatisation voire de la conversion plus ou moins efficace. Défroque interne qui, par la levée du refoulement qu’elle provoque, laisse émerger le noyau hystérique dans des productions qui peuvent être sinon géniales du moins cathartiques pour le patient.

Si, toutefois il arrive à récupérer suffisamment de repère de résilience, diraient les éthologues, pour ne pas se laisser submerger par les affects du désespoir au point de considérer que tout avenir est irrémédiablement bouché. L’énergie libre est une richesse dont l’hystérie ne cesse de s’alimenter. Avec le traumatisme, cette énergie venue d’ailleurs vient fausser la donne. L’alternance d’exaltation et de pétrification en est sans doute l’ultime image, contradictoire et inattendue. L’alliance du noyau hystérique et du résiduel traumatique peut conduire à des fascinations extrêmes dont il est parfois difficile de se démettre tant elles peuvent donner du grain à moudre à la pensée magique. Tel « le syndrome de la résurrection » qui peut prendre des aspects très divers mais nous fait douter d’une névrose authentique.

La dépression

Hors du délire d’indignité, de la mélancolie, elle paraît aller de soi face à tout événement difficile, toute crise, tout échec et, a priori, tout traumatisme. C’est souvent le cas mais il importe, face à toute dépression réactionnelle, d’aller voir ce qui peut se cacher derrière des troubles névrotiques dont la souffrance est déniée. Une dépression latente qui remonte à l’enfance signe un « état-limite » dont les éléments névrotiques restent rudimentaires. Mais, elle peut apparaître aussi dans un ciel clair alors que la plupart des difficultés de la vie sont surmontées et en particulier lors du passage à la retraite. La disparition des soucis qui fixaient l’angoisse est l’élément le plus souvent retrouvé. La perte de projet immédiat vient confirmer la béance de la vie psychique qui ne se reconnaît plus.

L’hyperactivité peut aussi cacher une dépression latente qui, une fois déclarée, peut prendre d’emblée une forme somatique parfois sans éléments psychiques : c’est l’hypochondrie dépressive. Une fatigue matinale intense, un syndrome douloureux itératif, le plus souvent variable dans le temps mais généralement fixé sur un organe précis, auxquels ne se joint pas toujours la clinique dépressive habituelle, doivent de toute manière demander un inventaire médical.

La clinique dépressive est à multiface

■ Une sous-estimation de soi-même et l’incapacité d’investir un autre objet que la dépression elle-même.

■ Une détresse permanente proche de l’angoisse que la dépression ne calme pas, alimente plutôt un cercle vicieux qui paraît irréductible.

■ Un mal-être dans son propre fonctionnement mental, tant la rumination prend le dessus sur toute autre activité psychique. Le dépressif n’a plus d’énergie alors qu’il passe son temps à l’utiliser en se rongeant de l’intérieur et sans même s’en rendre compte.

■ La fatigue matinale s’améliore dans la journée et semble liée aux insomnies et aux cauchemars souvent inconscients qui peuplent les nuits développant un nouveau cercle vicieux redoutable.

■ Les conduites alimentaires sont variables, anorexie ou boulimie mais cette dernière est plus fréquente dans les dépressions larvées.

■ La libido perd totalement de son intérêt. Un retour du désir libidinal est plutôt le signe d’un retour à la normale.

Dépression et mélancolie

L’intensité de la dépression doit être appréciée avec soin ne serait-ce que pour éliminer une mélancolie inapparente qui doit absolument être diagnostiquée en raison des mesures à prendre pour essayer de contrôler le risque de suicide qui devient alors considérable. La plupart des patients mélancoliques ne révèlent pas leur délire d’indignité de la manière la plus évidente : « Docteur, coupez-moi la tête, j’ai volé une savonnette il y a 20 ans. » Le « je ne mérite pas d’exister » reste ambigu tant le fantasme suicidaire ne concerne pas que les mélancoliques. C’est la profondeur de la dégradation de l’image de soi qui doit être appréciée avec doigté. Le fantasme de fin du monde accompagnant le suicide peut parfois aider.

L’économie de la dépression se situe à la croisée de plusieurs chemins

■ Une blessure narcissique qui redouble la perte d’objet.

■ La précarité et la rigidité des identifications.

■ L’insignifiance de l’Idéal du Soi et du Surmoi œdipien.

■ Une sorte de désespoir défi qui consiste à vouloir tout détruire puisque les objectifs du Moi grandiose paraissent hors de portée, comme « une coquille journalistique qui refuserait à son auteur le droit d’être corrigée pour lui montrer qu’il n’est qu’un piètre auteur » (Kierkegaard).

Ce qui soit dit en passant est une manière de renoncer au Moi grandiose sans y renoncer vraiment. Sinon, pourquoi passerions-nous tant de temps à nous dénigrer inutilement ? L’écrivain Cioran n’a-t-il pas fait du « Moi grandiose à l’envers » son délice de prédilection ?

La dépression devient beaucoup plus utilisable dès lors qu’on peut faire percevoir au patient qu’il participe lui-même, ne serait-ce que par le défi, à sa dépression, ouvrant la porte aux remises en cause.

La dépression est-elle seulement une névrose

A priori, la dépression est l’antinomie absolue de l’hystérie tant du côté pulsionnel que narcissique. Car le noyau hystérique est souvent noyé par la dépression, voire invisible dans les dépressions au long cours. Mais, l’hystérie peut récupérer même son pire ennemi et en faire son allié. C’est ainsi que naît la nostalgie, au point que l’on peut se demander si la dépression ne peut pas devenir la sœur siamoise en demi-teinte de l’hystérie. Le jeu avec l’impossible de l’hystérie montre là l’extension de son champ d’exploration qui ne trouve aucune limite.

Cependant, le ludique du désespoir trouve une forme encore plus inattendue car, si la dépression peut étouffer l’hystérie, elle provoque aussi une sorte d’effondrement du Moi et une levée des censures. La proximité du noyau hystérique dans une levée du refoulement permet alors l’émergence d’une inspiration qui montre combien l’inconscient est capable d’inventer des mots, voire des poèmes.

Beaucoup d’artistes jouent à se mettre dans des situations impossibles ou du moins essayent de profiter de leurs périodes de crises et de dépression pour créer.

Dépression et névrose obsessionnelle sont des complices plus ordinaires. Sans l’angoisse dépressive sous-jacente, l’obsessionnel serait beaucoup trop oisif. Il lui en faut beaucoup pour le faire déborder, mais les débordements prennent alors des aspects apparemment plus violents que dépressifs. À moins qu’il puisse, lui aussi, laisser émerger son noyau hystérique connexe, si du moins il existe suffisamment, telle cette petite annonce : « Homme triste et solitaire cherche femme triste et solitaire pour rire ensemble ».

L’effondrement des structures de caractère laisse la place à des dépressions beaucoup plus exsangues où la névrose, en tant que conflit intrapsychique, semble avoir beaucoup moins sa part. On parle alors de « dépressions essentielles » en relation avec des vécus de traumatismes infantiles précoces, des « états-limites » où la problématique narcissique est fondamentale. Il ne faut pas non plus oublier les dépressions chez les psychotiques surtout quand ils vont mieux et découvrent l’étendue du désastre de leur vie psychique.

Enfin, la dépression est la condition du passage de la névrose agie à la névrose élaborative. Il s’agit de la pierre angulaire incontournable de tout travail psychique et à ce titre elle mérite d’être considérée comme la porte d’entrée majeure dans la névrose authentique, si du moins la résilience a vraiment pu jouer son rôle.

Organisations de caractère

Il n’en va pas de même avec les « organisations de caractère » vu leur déni de toute réalité psychique interne qui privilégie les apparences (faux self), la nature matérielle et fonctionnelle du monde (fonctionnement opératoire) ou tout simplement la volonté de puissance qui n’admet aucune remise en cause possible de soi-même (névroses de caractère). À l’extrême, c’est « l’homme normal » délivré des affres de la névrose, de son imaginaire débridé et de ses risques de décompensations dépressives qui n’ont pas droit de cité. Leur devise « sourire, courage, volonté et intelligence » est sans faille à ceci près qu’ils ont quand même une relative difficulté à se remettre en question, ce qui leur pose tout de même quelques problèmes.

Leur hyperactivité est à toute épreuve. De plus, la réussite sociale, en accord avec la toxicomanie du monde actuel qui privilégie l’apparence, le savoir faire, la rapidité d’exécution et l’excitation, leur va comme un gant. Leur dureté vis-à-vis d’eux-mêmes et de ceux qui les entourent est moins appréciée, d’autant que leur caractère autoritaire ne supporte pas la moindre opposition.

Mais, derrière cette carapace se profile souvent une dépendance inavouable qui tombe sous le coup d’un déni inaltérable : c’est la face cachée « anaclitique » du dédoublement des imagos. Cette défense exorbitante et insupportable arrive parfois à être gérée avec une certaine intelligence sur le plan professionnel, beaucoup moins sur le plan privé.

Ceux qui avaient cultivé dans le plus grand secret une névrose clandestine, ne se retrouvent pas complètement démunis. Les autres se liquéfient un jour ou l’autre dans un état de dépression tellement désertique que l’expression somatique est souvent leur seule ressource. Leur psychisme est incapable d’habiter une dépression et la somatisation leur permet de s’évader dans le soin médical.

Enfin, d’autres, plus jeunes et en mal d’identification, peuvent redoubler la mise dans une dérive fanatique qui n’a plus de limite tant le retour sur soi semble être devenu impossible.

Le fonctionnement opératoire reste plus sobre. L’hypocondrie est de mise, elle peut alterner avec des moments de dépression authentique et des mouvements caractériels qui montrent à quel point l’énergie libre est toujours à l’ouvrage.

Pour finir, les personnalités en faux self peuvent prendre tous les masques et donner le change d’une hystérie fantôme qui se nourrirait d’un soi factice.

Toutes ces structures se battent contre le propre moulin à vent de leur partie dépressive dont ils se croient incapables de faire quelque chose, soit en raison de l’importance des carences et des traumatismes infantiles, soit à cause de la difficile émergence du noyau hystérique, ce qui est souvent la même chose.

Névroses authentiques

L’intrication des différents types d’organisations névrotiques est telle qu’on pourrait croire au caractère totalement artificiel des distinctions nosographiques. Il n’en est rien cependant dans la mesure où les organisations hystériques et obsessionnelles, en particulier, continuent de s’opposer non seulement sur le plan didactique mais également sur le plan clinique. Encore faudrait-il repérer le décalage essentiel qui différencie l’hystérie au sens large et les comportements obsessionnels.

Sans doute l’hystérie apparaît comme l’expression d’une pulsion habitée par le corps, à l’inverse les comportements obsessionnels comme le fruit d’une mentalisation. Mais cette distinction n’est pas suffisante.

D’une manière plus précise, l’hystérie prend pleinement en compte la toute-puissance de la pulsion et en assume les conséquences : de sa limite extrême, le désir de désir inassouvi, à son incorporation majeure, à savoir le fantasme incestueux. C’est en ce sens qu’avec l’hystérie toute pulsion va devenir incestueuse.

À l’inverse, l’isolation obsessionnelle joue un rôle de repère essentiel par la transformation de l’omnipotence pulsionnelle en pulsion d’omnipotence, mentalisée sous forme de toute-puissance de la pensée.

Aussi, lorsque les développements de l’imaginaire obsessionnel se confrontent au doute, c’est-à-dire aux failles de l’omnipotence, il faut l’oblitérer par la mise en place de la pensée magique, telles les superstitions avouées ou inavouables qui nous habitent tous à des degrés divers et prennent ici la forme de rites.

Si les fonctionnements hystériques et obsessionnels coexistent au sein d’une même personnalité, leurs articulations sont également repérables : ainsi, on peut percevoir le moment où le sujet s’échappe d’un comportement omnipotent de maîtrise intellectuelle irrespirable pour récupérer son noyau hystérique à travers une réalité pulsionnelle plus spontanée et plus expressive. À l’inverse, le contrôle mental peut apparaître salvateur par rapport à un envahissement d’affects générés par le télescopage de représentations nouvelles d’avec des représentations inconscientes, incestueuses plus anciennes. Les nouvelles « situations » réactivent les représentations latentes qui, elles-mêmes, inspirent de nouvelles représentations. C’est le cercle vicieux, plus ou moins créatif, de l’hystérie.

Chaque personnalité représente ainsi un curieux équilibre où les éléments hystériques et obsessionnels, s’ils ne sont pas évidents, n’en existent pas moins dans la complexité des conflits internes, tels les moteurs essentiels de notre vie pulsionnelle et qui, du même coup, colorent le caractère de chacun.

Les formes pathologiques avec mise en évidence des symptômes hystériques ou obsessionnels typiques apparaissent, dès lors, comme les échecs flagrants des efforts d’adaptation du sujet.

Elles correspondent évidemment à des situations où les conflits intrapsychiques œdipiens ou/et préœdipiens sont majeurs et ne peuvent espérer se résoudre que par l’apparition de symptômes coûteux pour la vie psychique et la vie tout court des sujets.

Points asymptotiques des émergences hystériques et obsessionnelles, les structures sous-jacentes se situent, alors, souvent en deçà de la névrose. Paradoxalement, la description classique de la névrose obsessionnelle correspond, ainsi, souvent à la couverture d’une psychose ou d’un état-limite. Les symptômes obsessionnels ne peuvent véritablement être considérés comme névrotiques que dans la mesure où le volant hystérique sous-jacent, s’il existe, est lui-même suffisamment névrotique.

Hystérie

Historique

Depuis la plus haute antiquité et en particulier Hippocrate, l’hystérie désignait des troubles nerveux que l’on observait chez des femmes qui n’avaient pas eu de grossesses et qui abusaient des plaisirs vénériens oubliant l’étymologie créatrice de l’origine du mot.

Au Moyen Âge, une note particulière y a été ajoutée, c’est la possession par le démon avec en particulier les fameuses histoires de sabbats des sorcières.

En fait, c’est à Charcot qu’il revient d’avoir su distinguer au cours du XIXe siècle l’hystérie de l’épilepsie. Il continue cependant de la classer dans les troubles physiopathiques du système nerveux.

Puis Babinsky en soulignant la suggestibilité (ou du moins ce qu’il considérait comme telle et qui est en réalité la labilité des symptômes) et en créant le terme de « pithiatisme » a permis de séparer ce qui appartient à la psychiatrie de ce qui revient à la neurologie. En fait les confusions persisteront et plusieurs directions seront prises confirmant les divergences jusqu’à nos jours :

■ pour Janet qui n’a jamais abandonné les théories organicistes de Jackson, il s’agit essentiellement d’un affaiblissement de la tension psychique que peuvent favoriser des chocs émotionnels et des souvenirs traumatiques. Cet état expliquerait l’action suggestive et la guérison par l’hypnose de ces malades ;

■ pour d’autres « cette inconnue dans la maison », cette « mauvaise herbe de la médecine » selon Lasegue, sera considérée comme une simple attitude de simulation ;

■ dans le même temps, elle fécondera le génie de Freud. Un instant élève de Charcot, il retournera à Vienne, pour écrire avec Breuer, quelques années plus tard les fameuses « études sur l’hystérie ». On pourra y lire, reprenant en quelque sorte la définition antique : « à peine sorti de l’école de Charcot, je rougissais de la connexion entre l’hystérie et la sexualité, à peu près comme les patientes elles-mêmes le font en général ». Dans un premier temps, il parlera de traumatisme sexuel pendant l’enfance pour, dans un deuxième temps abandonner l’explication traumatique directe et intègrer l’hystérie dans le cadre des avatars de l’évolution libidinale.

Clinique

Symptômes somatiques

Les deux symptômes majeurs de l’hystérie sont des manifestations radicalement contradictoires :

■ la crise d’hystérie liée à des représentations dont l’émergence exalte les affects dans un paroxysme sans limite surtout s’il y manque des relais obsessionnels ;

■ la conversion somatique, sorte de symbolisation incarnée des représentations, qui réussit à abolir les affects sous-jacents (voir la pièce d’Arthur Miller Le miroir).

La crise d’hystérie

La grande crise décrite par Charcot est une crise d’agitation spectaculaire dont la symbolique sexuelle est souvent présente et qui peut prendre toutes sortes de formes, depuis l’accès somnambulique en plein jour jusqu’à l’identification de la crise d’épilepsie. En général, la perte des urines et la morsure de la langue manquent dans la crise hystérique alors qu’elles sont présentes dans l’épilepsie. L’électroencéphalogramme et surtout le contexte (extravagance, théâtralisme, labilité) feront le diagnostic.

Les équivalents mineurs vont de la crise « nerveuse » d’agitation à l’évanouissement subit en passant par les tétanies sans substratum biologique (hypocalcémie) ou spasmophilies.

Quant à l’exaltation envahissante et sans nuance dont le principe est d’attirer absolument l’attention sur soi dans un histrionisme qui devient lassant, c’est sans doute l’expression la plus fréquente de l’hystérie douloureuse. Cette créativité rudimentaire s’oppose à la présence conviviale et vivante qui, elle, fait de l’hystérie cette invention permanente dont la fluidité est une des formes les plus évoluées du psychisme humain. Certains sujets passent de l’une à l’autre d’une manière désarmante. C’est là en tout cas que se situe la zone de passage entre l’hystérie pathologique et souffrante et l’hystérie inventive à la pointe de l’inspiration.

Les conversions hystériques

Les paralysies sont les troubles les plus fréquents, elles sont cliniquement rarement bien constituées, le plus souvent bizarres dès le premier abord : il n’y a évidemment pas de troubles des réflexes. Elles peuvent toucher les deux membres inférieurs (astasie-abasie), un membre (monoplégie), les cordes vocales (aphonie). On peut leur adjoindre la cécité hystérique avec rétrécissement concentrique du champ visuel. Le diagnostic différentiel avec la sclérose en plaques (paralysies en foyers) posera parfois quelques problèmes en raison du caractère disparate des symptômes de part et d’autre.

Les anesthésies et surtout les œdèmes localisés constituaient ce qu’on appelait « les stigmates hystériques ». La topographie aberrante des premières, le caractère provoqué des secondes ne trompent pas longtemps.

Les manifestations algiques ne sont pas absentes et poseront de difficiles problèmes avec, en particulier, les douleurs hypochondriaques, sans compter les douleurs organiques réelles. Outre l’absence de signes d’organicité à l’examen médical, c’est chaque fois le contexte psychique qui fera le diagnostic.

Symptômes psychiques et caractère hystérique

Les manifestations d’ordre psychique si elles coexistent avec les « symptômes somatiques » se suffisent le plus souvent à elles-mêmes, elles sont d’ailleurs beaucoup plus fréquentes que les classiques accidents de conversion ; aussi on a pu vouloir opposer à la conversion somatique les symptômes psychiques de l’hystérie. Il n’existe en réalité pas de solution de continuité car ces symptômes psychiques restent essentiellement des mouvements du corps qui échappent à leurs auteurs et doivent donc eux aussi être considérés comme de véritables conversions somatiques.

Séduction et avidité affective

Elles en sont le premier symptôme, premier dans la présentation et surtout dans ce qu’elle a d’essentiellement subjectif. Cette manière d’être de l’hystérique a été décrite de façons multiples : besoins d’attirer l’attention sur soi, égocentrisme, dépendance affective, manque de contrôle émotionnel, coquetterie, provocation, érotisation de la relation, etc. En fait, il s’agit d’un seul et même phénomène, sorte de précipitation affective qui a tendance à raccourcir spontanément les distances avec l’autre. Là encore, cette affectivité débordante peut prendre des aspects très divers depuis le débordement de demande intempestive à un ludique plus discret teinté d’humour qui fait le charme d’une présence.

Fuite ou amnésie

Elle caractérise en effet le second mouvement. Si l’attitude de retrait de l’hystérique peut parfois prendre l’allure de fugues véritables, le plus souvent il se manifeste d’une manière beaucoup plus subtile : c’est l’amnésie hystérique. Sans aller jusqu’aux classiques histoires du « voyageur sans bagages », il s’agit simplement de l’oubli d’un événement où le patient est trop engagé dans ses affects et à tout ce qui s’y rapporte. Parfois, il s’agit d’une véritable amnésie des mots que l’hystérique veut prononcer et oublie aussitôt. Mais le fantasme essentiel, parfois réalisé, reste la fuite par inanition ou mieux par inhibition (voir Le ravissement de Loi. V. Stein de Marguerite Duras). À un degré mineur, la fuite dans le sommeil en est souvent l’équivalent mineur.

Les relations sexuelles sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne le dit classiquement et la frigidité beaucoup plus rare qu’on ne le croit. Mais le comportement sexuel ne peut se réaliser que dans une sorte de halo amnésique, il ne faut pas l’avoir prévu et en tout cas, il faut l’avoir tout de suite oublié.

Enfin, le plus souvent l’hystérique a besoin d’écrans qui le séparent de ses objets d’amour ce qui lui permet d’oublier ce qui est en question (voir l’histoire de Dora dans les Cinq psychanalyses). Il peut en résulter une multiplicité d’objets abandonnés les uns après les autres dès que la duplicité ne peut plus être soutenue. Mais l’absence est due beaucoup plus à une inhibition qu’à un passage à l’acte. Crainte d’être envahi par les affects ou jeu de désir inassouvi ? L’hésitation paraît toujours de mise et l’hystérique semble souvent ne pas le savoir lui-même.

C’est d’ailleurs une caractéristique de l’hystérie que de ne rien vouloir savoir. Comme si sachant quelque chose d’elle-même elle risquait de se désagréger. Ce qui en définitive n’est pas exact : il est très possible de percevoir l’hystérie monter en soi et d’en garder le contrôle. C’est sa forme la plus évoluée, celle qui distille l’inspiration. À l’inverse, les hystéries qui s’enferment systématiquement dans l’évitement du « non-savoir » font douter de leur nature névrotique (voir les troubles narcissiques des états-limites).

Caractère hystérique

L’ensemble de cette attitude correspond donc à un double mouvement séduction-retrait marquant cette véritable ambivalence au niveau du corps qui est le signe distinctif de l’hystérie. La névrose obsessionnelle étant, elle, caractérisée par une attitude d’ambivalence au niveau de la pensée. Ce mouvement de provocation et de leurre, on le retrouve d’ailleurs au niveau du symptôme de conversion d’apparence médical, le double mouvement y est en quelque sorte condensé et du coup ininterprétable. Il en est de même dans les fabulations et les comportements mythomaniaques, voire dans la tentative de suicide, elle-même manière de fugue, et dont le caractère non préparé, à la sauvette, n’en contient pas moins des éléments de provocation.

L’hystérique mène ainsi une double vie (d’où sentiment de dédoublement de personnalité) :

■ l’une, celle de ses symptômes, qu’ils soient physiques ou psychiques, semble lui donner une aisance, une insouciance enviables, c’est la belle indifférence de l’hystérique. La conversion a subtilisé totalement l’angoisse. L’aisance du corps doué d’une véritable ubiquité donne l’aspect théâtral qui souligne du même coup la nécessité d’avoir des spectateurs ;

■ l’autre, en fond de tableau, qui paie l’automystification de la précédente, car la victime de l’hystérique n’est pas tant l’objet délaissé qu’elle-même, d’où le sentiment d’abandon, d’impuissance et d’échec qui peut réveiller l’angoisse endormie. Mais cette dernière, lorsqu’elle apparaît est toujours labile, prête à disparaître à nouveau ou bien tellement disproportionnée qu’il faut la considérer comme un véritable symptôme parmi les autres. Il en est généralement de même avec des états dépressifs où dominent les éléments psychiques, c’est-à-dire la richesse de la fantasmatisation.

Enfin l’hystérie est souvent invisible. Elle n’en est pas moins douloureuse et cela pour une raison essentielle à savoir l’envahissement constant des affects. « L’hystérique vit de la dévoration de ses affects » écrit André Green. Mais, est-ce dû à l’absence de représentations liées au refoulement ou au contraire au retour du refoulé de représentations insupportables essentiellement incestueuses ? De toute manière, le refoulement de la représentation et la répression des affects qui lui est liée sont des verrous insuffisants tant le moteur essentiel de l’hystérie est toujours pulsionnel. Aussi serait-il plus exact de dire que l’hystérique, se créant toujours de nouvelles représentations plus ou moins conscientes, allume en permanence le feu qu’il passe son temps par ailleurs à éteindre.

Créativité et inhibition d’une part, agressivité et voracité allant jusqu’à la toxicomanie d’autre part, apparaissent dès lors comme des issues permettant d’échapper à la toute-puissance des affects.

Ainsi, les mots deviennent des attributs bien particuliers, tabous parce que trop explosifs, ou au contraire exhibés dans leur violence nue pour du moins tenter de répandre et de faire partager l’immaîtrisable.

L’hystérie oscille ainsi entre une remémoration cachée et l’exhibition de nouvelles représentations. Opération centrale du désir humain, on peut comprendre que cette machine infernale diffuse des affects qu’il faut à tout prix gérer et ne jamais détruire.

Économie

Paradoxe de l’hystérique

En effet, paradoxalement, on peut dire que si l’hystérique oublie tout le temps (amnésie, trous de mémoire) c’est pour se défendre d’une remémoration constante contre laquelle il lutte en relation avec les fantasmes touchant les objets sexuels incestueux. Cela dit, affects et représentations n’ont pas des destins aussi différenciés qu’on pourrait le croire :

■ d’une part, les représentations subissent l’effet du refoulement, un refoulement en principe réussi car l’amnésie est totale, c’est la « belle indifférence » de l’hystérique du moins dans les accès exhibés ou non de la conversion. Car la « belle indifférence » est un extrême privilégié pourrait-on dire, dans la mesure où elle est souvent remplacée par une inhibition tenace. Enfin ce qui subsiste des représentations est retourné en son contraire : le désir sexuel est transformé en dégoût sexuel ;

■ d’autre part, les affects sont détachés de la représentation psychique gênante pour se convertir dans le domaine corporel en symptôme somatique ou dans leurs équivalents psychiques. Malgré le refoulement des représentations, ces décharges d’affects conservent une sorte de relent de leurs origines, d’où le caractère symbolique des conversions somatiques, le caractère érotisé des conduites psychiques. Tout se passe comme si les représentations sexuelles refoulées du système conscient trouvaient une certaine résurgence dans la manifestation des affects et continuaient de parler au niveau des symptômes ; mais ce caractère échappe totalement à l’hystérique car les symboles sont travestis par le déplacement (verge = cage thoracique, dans l’histoire de Dora). En somme, le langage change d’instrument mais il continue à tenir son discours (J. Lacan). Or, il peut, malgré tout, arriver que l’instrument parle trop fort et que l’hystérique ne puisse plus être dupe de l’affect qui le submerge. La solution d’urgence est l’inversion de l’affect : le dégoût sexuel à la place de l’attirance sexuelle.

Enfin, lorsque toutes ces solutions sont épuisées, il n’en reste plus qu’une : disparaître par l’amnésie, le sommeil ou l’inanition (A. Green).

Les niveaux de conflit

De plus, l’économie de l’hystérie reste insaisissable tant il lui faut à la fois refouler affect et représentation et, en même temps, se nourrir de l’énergie libre des affects pour reconstruire inlassablement de nouvelles représentations. Ce double mouvement a-t-il pour but de se cacher à soi-même l’importance de représentations refoulées irreprésentables comme le désir incestueux ? Ou au contraire, s’inscrit-il dans une thématique du désir de désir inassouvi ? L’hystérie deviendrait alors cette pulsion inconsciente qui voudrait à tout prix jouer quoi qu’il arrive avec l’impossible. Concilier les deux reviendrait à considérer que l’hystérie n’est rien d’autre que la rencontre du sexuel et de l’insatiable, y compris sa composante narcissique.

Aussi, le conflit pulsionnel de l’hystérie oblige à sortir d’un simple compromis entre pulsion et défense qu’incarneraient la conversion et sa complice l’inhibition. On peut même imaginer que la conversion participerait à la créativité de l’hystérie mais resterait une forme inachevée, empêtrée d’inhibition, et l’inhibition, une mise en attente, aux aguets d’une nouvelle créativité possible.

Genèse

On peut enfin considérer que l’hystérie doit être envisagée dans son histoire et pas seulement d’une manière structurelle.

Conserver le « Moi-pulsion » pour exister et cela malgré l’éruption en plusieurs temps de la sexualité paraît être l’impératif majeur. Toute l’histoire de l’hystérie conduit à penser qu’au travers de cette tragédie (l’écartèlement du « Moi-pulsion »), il lui faut constituer un noyau érotique qui puisse survivre, c’est-à-dire permettre de faire coexister le Moi avec ses pulsions insatiables.

Quand Freud reconnaît qu’il existe « dans la nature de la pulsion sexuelle elle-même (quelque chose qui) ne soit pas favorable à ce que se produise la pleine satisfaction » (ce que Lacan dira d’une manière plus lapidaire par cette expression : « le réel c’est l’impossible »), il faut y voir autre chose qu’une ligne Maginot défensive. L’apprentissage du jeu avec l’impossible peut permettre progressivement au « Moi-Pulsion » de pouvoir continuer d’exister hors des extrêmes fanatiques ou caractériels, grâce à l’élaboration du conflit œdipien.

Ainsi, la constitution de ce que nous appelons le noyau hystérique peut se repérer en trois temps essentiels.

■ Une hystérie primitive qui s’inscrit dans le stade du miroir du regard de l’autre. Elle relève d’une identification à l’insatiable réciproque, à la fois connivence et refus maternel de se laisser envahir. Le « non » de l’enfant autour des 18 mois reprend ce jeu étonnant avec un savoir qui paraît déroutant tant, avant le caprice, l’enfant sait jouer avec ce « non ». C’est là, la fondation du Soi en miroir.

■ L’identification hystérique primaire à la scène primitive (Michel Fain et Denise Braunschweig) introduit l’intuition précise du sexuel œdipien qui serait déjà latent, ne serait-ce que dans la trilogie formée par l’enfant entre sa dépendance et sa toute-puissance qui dédouble le tiers. Les rejetons de cette identification préconsciente sont considérables tant par les identifications sexuelles qu’elle comporte que par l’auto-érotisme qui en découle, et la fantasmatisation qui l’enveloppe.

■ L’écartèlement du Moi-pulsion doit subir la contrainte du refoulement pour survivre. Il dépend largement de l’accompagnement anaclitique de l’entourage qui est fondamental dans cette période. La sévérité extrême comme la laxité, et souvent l’alliance des deux par désinvestissement des adultes, produisent des effets pervers considérables : de l’instauration d’une culpabilité et d’un dénigrement de soi-même plus ou moins irréductibles, à la révolte caractérielle sans foi ni loi qui trouve souvent une issue dans l’addiction révélant les états-limites sous-jacents.

Le noyau hystérique pourrait-il être considéré comme la plasticité de l’inconscient ?

Le refoulement réussi de ce Moi-pulsion va constituer le noyau hystérique de base qui va subir les remaniements différenciés du conflit œdipien puis du développement de l’adolescence et des crises de l’émancipation. Ce noyau, théâtre internalisé, est à proprement parler inconscient même si nos rêves arrivent à nous en traduire quelques scènes. Il possède une plasticité plus ou moins grande, affleure au niveau du préconscient d’une manière plus ou moins précise, ou est rejeté au tréfonds de l’inconscient. Il en découle une difficulté plus ou moins grande de l’en faire sortir.

Cette plasticité de l’inconscient est donc très variable selon les individus. Toujours alimentée par l’énergie libre du Ça, elle est le principe créateur qui peut cependant s’encombrer de rejetons caractériels ou être submergé d’affects, ou encore s’évader dans une conversion plus ou moins invalidante. Mais, dans tous ces cas, ce n’est pas l’hystérie qui est trop prégnante, c’est au contraire le noyau hystérique qui est manquant, inaccessible, d’une mobilité insuffisante ou recouvert d’une peau de culpabilité stupéfiante. La nouvelle donne du travail psychanalytique consiste à redonner sa place au noyau hystérique, ce qui est une école très éloignée de la résignation, mais explique aussi que rien ne peut se faire dans la précipitation qui voudrait répondre hâtivement aux prétendues nécessités de la toxicomanie du monde actuel. Freud n’avait-il pas anticipé cette manière de voir l’hystérie en précisant qu’elle « est une expression de la même force archaïque qui se développe dans l’activité de l’artiste génial » ?

Phobies

Les phobies font partie des multiples moyens de fortune utilisés pour sauver le Moi-pulsion des contraintes que fait peser sur lui son insatiable envie d’exister envers et contre tout.

La projection de l’excès pulsionnel peut se diversifier ensuite sur une multiplicité d’objets ou de situations qui resteront des résidus phobiques plus ou moins irréductibles dans le psychisme de chacun. Le problème devient plus crucial lorsqu’il envahit complètement le psychisme au point de provoquer des amputations incompatibles avec une vie normale.

Certaines phobies peuvent être décryptées à partir de ce que Freud nommait l’hystérie d’angoisse vis-à-vis de l’émergence de la sexualité infantile et du conflit œdipien mais, la plupart du temps, les phobies apparaissent plutôt comme des projections d’angoisse liées à l’instabilité d’un psychisme qui n’a pas pu aborder réellement les aléas du conflit œdipien et se situent plutôt dans le registre des états-limites que dans celui des névroses, tels que les problèmes de séparation évoqués par Serge Lebovici.

Clinique

L’hystérie d’angoisse correspond très exactement au cas de phobie des magasins, décrit par Freud, chez cette jeune fille nommée Emma. Le rire des jeunes commis qui déclenche sa fuite éperdue lorsqu’elle rentre dans un magasin représente la projection de sa moquerie intérieure (culpabilité) vis-à-vis de la scène de séduction antérieure du vieil épicier alors même que les jeunes gens représentent, eux, les objets sexuels qui risqueraient d’émouvoir la jeune fille.

La peur de sortir dans la rue procède du même rappel de la sexualité. Du point de vue de l’inconscient la rue signifie le trottoir et par conséquent sortir dans la rue, c’est faire le trottoir.

Pour le petit Hans, enfin, la phobie des chevaux nous restitue la trame œdipienne de l’hystérie d’angoisse. Pris entre ses sentiments tendres pour son père et l’agressivité à l’égard de celui qui vient troubler ses relations avec sa mère, le déplacement de l’agressivité – désir que le cheval tombe – lui permet de conserver intact le premier sentiment d’amour. Cela n’expliquerait en rien la phobie des chevaux si les mesures de rétorsion que l’enfant redoute de la part du père n’étaient elles aussi, symboliquement exprimées : le petit Hans refuse de sortir dans la rue à cause des chevaux qui vont le mordre. L’ambivalence vis-à-vis du père est ainsi résolue au prix de la peur des chevaux. Mais, cette problématique n’est pas aussi simple pour deux raisons :

■ d’une part, les chevaux représentent aussi le cocher, amant présumé de sa mère, le petit Hans étant lui-même très au courant de ses « fredaines » dont il a même une fois osé parler sans aller plus loin (J. Bergeret). Au conflit amour-haine pour le père s’ajoute ainsi un conflit amour-haine pour la mère (via le cocher), ce qui on s’en doute renforça l’ambivalence du petit Hans et sa phobie ;

■ d’autre part, l’intervention de ce Surmoi énigmatique a un effet inattendu confirmant, par l’effet du hasard, que décidément il se passe dans cette famille des événements pas tout à fait simples. L’étonnant c’est sans doute la position de Freud qui, pourtant, avait soigné la mère. N’a-t-il pas sous-estimé, à cette époque-là, l’importance de la vie psychique de l’enfant en jouant à l’apprenti sorcier ?

Enfin, la symptomatologie de l’hystérie d’angoisse est complétée par le rôle de l’objet contraphobique. Si Emma ne peut rentrer seule dans un magasin, la présence d’un tiers familier le lui permet avec une disparition quasi totale de l’angoisse. Le phobique perd également sa peur dans la rue s’il est accompagné. Le petit Hans lui-même est beaucoup plus rassuré dans la rue avec sa mère et pour cause, qu’avec la bonne. L’hystérique se protège de la même manière des assauts d’assiduité masculine, mais dans l’hystérie d’angoisse ce n’est plus la relation elle-même qui est évitée mais un objet symbolique.

Économie

Freud précise à la fin du petit Hans que la similitude entre l’hystérie d’angoisse et l’hystérie de conversion est complète à l’exception d’un seul point. « Il est vrai que ce point est d’importance décisive, ajoute-t-il, et bien fait pour motiver une distinction : dans l’hystérie d’angoisse, la libido détachée du matériel pathogène par le refoulement n’est pas convertie, c’est-à-dire pas détournée du psychisme vers une innervation corporelle mais libérée sous forme d’angoisse ». Plus tard, en 1926, dans Inhibition, symptômes et angoisse, il reviendra sur cette conception. L’angoisse ne naît plus de la libido non utilisée, c’est-à-dire n’est plus un produit du refoulement comme il l’avait cru ; au contraire, l’angoisse désormais située au niveau du Moi suscite le refoulement et c’est l’échec de ce dernier qui laisse filtrer l’angoisse.

Or, dans la phobie on n’assiste ni à la réussite de l’hystérique qui par la conversion, véritable succédané de passage à l’acte sexuel, leurre le Surmoi tout en réalisant malgré tout une sorte de destin libidinal, ni aux « astuces » et aux « acrobaties du déplacement obsessionnel » (Green). Le déplacement phobique est en quelque sorte un mécanisme simple mais inachevé intermédiaire comme le dit Green aux deux autres névroses, le refoulement est incomplet et l’angoisse n’est que déplacée. La conséquence en est que l’angoisse névrotique y est retrouvée quasiment à l’état pur. Freud d’ailleurs, à partir de l’histoire du petit Hans et de sa peur de la morsure des chevaux, introduit le concept de la menace de castration qui éclairera désormais sa conception des névroses.

On n’est donc pas très étonné que cette névrose « escamotée » recouvre le plus souvent des structures psychiques où la névrose est peu engagée. L’érotisation, si elle se manifeste, n’est souvent que de couverture et cache mal une insécurité beaucoup plus profonde. Telles les phobies d’impulsion où le patient se perd dans la crainte de laisser tomber son enfant ou d’avoir envie de se jeter dans le vide.

La béance narcissique est si souvent prégnante que la très grande majorité des phobies concerne en réalité les états-limites plus que la névrose. Cela explique sans doute la plasticité des phobies qu’expérimentent sans le vouloir les thérapies comportementales. Une phobie en remplaçant une autre, objet d’un forcing thérapeutique. Si tant est que ce forcing n’aboutisse pas à un état de dépersonnalisation qui montre la véritable nature de la structure sous-jacente.

Névrose obsessionnelle

Historique

La névrose obsessionnelle était considérée au début du siècle dernier comme faisant partie de la folie, c’est-à-dire que d’emblée elle avait été mise au rang des maladies mentales, Pinel parlait de folie raisonnante, Esquirol l’avait classée dans les monomanies, c’est-à-dire la considérait comme un délire partiel : on parlait de folie du doute, de folie du toucher. La première bonne description est due à Morel (1866), il parlait encore de délire émotif, mais c’est avec Luys (1883) que l’on voit apparaître le mot obsession à partir d’un article intitulé Des obsessions pathologiques.

Dès lors on se rapproche des névroses, mais l’origine intellectuelle ou émotionnelle des troubles va diviser les esprits. La névrose obsessionnelle pose en effet le problème des liens entre la vie émotionnelle et la vie intellectuelle d’une manière aiguë. Janet proposera sa théorie de la diminution de l’énergie psychique et essaiera de lier la psychasthénie et les obsessions qui ne sont pour lui qu’un produit de dégradation, une sorte de résidu du niveau de l’activité psychique le plus élevé.

Si l’origine émotionnelle a finalement été retenue en particulier grâce à Pitres et Régis, c’est seulement avec Freud que l’on commencera à entrevoir un début de solution, à partir de sa distinction entre les destins respectifs de la représentation et de l’affect qui prend dans la névrose obsessionnelle une importance capitale.

L’enracinement pulsionnel du développement de la pensée omnipotente prend là toute son ampleur dans son changement de but par rapport à la satisfaction du désir. Son fondement, l’omnipotence pour l’omnipotence, ne lui donne pas pour autant ses lettres de noblesse. Il peut confiner à la névrose de caractère, aux positions caractérielles voire fanatiques. Dans la névrose obsessionnelle, il est mis en question par l’éruption du doute.

L’énergie libre joue un double jeu redoutable, à la fois initiation du doute, elle essaye par ailleurs, aussi, de renforcer les mécanismes de défense mis en place (isolation, contrôle obsédant) contre l’émergence des affects. Ce double jeu est au cœur de l’ambivalence intellectuelle de l’obsessionnel, l’érotisation de cette lutte n’étant que secondaire.

Clinique

Isolation

C’est le premier symptôme tant la première chose qui frappe chez l’obsessionnel est la stérilisation de l’affectivité, la pensée se substituant aux actes au point qu’il y a disparition quasi totale de la spontanéité. Cette pensée va lui servir de perpétuel écran entre lui et les autres, si bien que le premier mouvement de l’obsessionnel contrairement à l’hystérique est de se retirer, de prendre ses distances. Il pense et regarde. Cette attitude correspond en général à ce qui est décrit en psychologie sous le terme de caractère schizoïde. Minkowski dans son livre La schizophrénie décrit très bien ce caractère qui, de notre point de vue, concerne essentiellement l’obsessionnel, en particulier l’incapacité de s’adapter à l’ambiance affective et la poursuite indéfinie et hors de propos de la réalisation de ses idées.

Cette « isolation » permet en effet une mise à distance de toute proximité affective, d’où la froideur de ses gestes et l’absence d’émotivité, ce qui d’ailleurs ne confine pas forcément à l’isolement. Sa sexualité est plus ritualisée que pauvre et ne peut se manifester le plus souvent que dans un contexte sadomasochiste. Par contre, au niveau de la parole, quand il s’y met, c’est l’inverse, l’obsessionnel fait montre d’une prolixité à toute épreuve. Son esprit est d’une logique intarissable même si elle n’est pas toujours très adaptée. La grivoiserie de propos ne le gêne pas, mais il s’agit là encore plus d’une aventure intellectuelle que d’un propos salace. Ce qu’il pourra dire de la sexualité est désaffectisé et sans aucune correspondance avec sa vie sexuelle réelle.

Plus profondément, l’isolation est une véritable entreprise d’inhibition des affects. Mais, l’affect latent est là qui veille ; lorsqu’il réapparaît c’est le plus souvent dans le contexte du passage à l’acte et de la violence.

Contrôle obsédant

C’est le deuxième versant de la symptomatologie de l’obsessionnel. Tout se passe en effet comme si l’obsessionnel après s’être retiré à bonne distance plantait sa tente, en vérifiant toutes les issues, toutes les fuites possibles d’où le caractère obsédant de ses préoccupations, les thèmes d’ordre, de précision, de complétude, la manie des collections que l’on retrouve pêle-mêle avec toutes sortes de compulsions de vérification. Il est nécessaire à ce propos d’éliminer deux acceptations courantes de ce contrôle obsédant : l’obsession sexuelle et l’idée fixe.

Si passer son temps à parler de ce qu’on ne fait pas est un moyen sûr d'« isoler » la sexualité, les obsessions, elles, ne sont en fait pas sexuelles, bien au contraire, elles caractérisent toujours des thèmes d’ordre même lorsqu’elles concernent les pulsions libidinales.

Quant à l’idée fixe, pour répétitive et obsédante qu’elle soit, elle n’est pas non plus une obsession. Ainsi un mari, craignant à tout moment à tort ou à raison que sa femme le trompe, ne présente pas une obsession au sens où nous l’entendons, mais un sentiment de jalousie.

L’obsessionnel amoureux n’osant pas s’approcher de l’objet de ses pensées peut par contre se créer tout un système de contrôle des faits et gestes de sa bien-aimée, s’attachant à des détails dérisoires à partir desquels il a l’impression de communiquer avec elle. Les sentiments de jalousie ne sont pas forcément présents : à l’extrême il peut se satisfaire de la réussite d’un rival qui lui permettra d’isoler définitivement ses sentiments et éventuellement de poursuivre ses contrôles obsédants en toute tranquillité. Mais, le plus souvent, c’est l’hémorragie destructrice qui fait voler en éclat la maîtrise obsédante et ouvre la porte à toutes les agressions possibles.

Caractère obsessionnel

Tout se passe à l’inverse de ce qu’on a vu chez l’hystérique ; après le premier temps de retrait, le deuxième est d’investissement et de contrôle incessant. Si l’hystérique n’est jamais là où l’on croit qu’il est, l’obsessionnel au contraire surprend par sa présence inattendue au moment et à l’endroit où on ne l’attendait plus ou encore par sa prodigieuse mémoire. Le contrôle incessant joue ainsi un rôle considérable depuis les acquisitions scolaires de l’enfant pendant la phase de latence jusqu’à la maîtrise d’un système économique ou industriel en passant par toutes les manies de collection, qu’il s’agisse de livres, timbres, meubles anciens, tableaux et autres objets d’art et plus encore la manipulation de l’argent. La méticulosité, la propreté, la parcimonie et l’entêtement sont en fond de tableau les éléments de caractère les plus fréquemment rencontrés.

Dans un tel système ce qui est le plus redouté est l’imprévu. L’aménagement de sa distance vis-à-vis de ses objets affectifs, ni trop près, ni trop loin, est remis en cause alors même que la toute-puissance de la pensée est mise en doute.

■ En surface la réponse immédiate au lâchage du contrôle obsédant est une réaction brutale, voire destructrice pour ses propres objets d’amours. Si elle se réduit parfois à de simples débordements orduriers au niveau verbal, elle peut au contraire conduire à des agressions aussi caractérisées qu’imprévisibles dont le sadisme n’est jamais totalement absent.

■ Plus en profondeur l’angoisse latente jamais totalement refoulée comme dans la conversion hystérique resurgit en masse. La dépression, si elle s’installe, et pour latente qu’elle soit le plus souvent, n’en est pas moins grave. L’obsessionnel se suicide d’une manière méthodique, sans tambour ni trompette à la différence de l’hystérique. Aussi ces suicides sont le plus souvent réussis. S’il en réchappe la blessure narcissique est intolérable et la récidive de règle.

Rite obsessionnel

C’est un autre destin de cette ambivalence de l’obsessionnel. Pour classique et démonstratif qu’il soit il n’est pas le symptôme le plus fréquemment rencontré à l’instar de la grande conversion chez l’hystérique. Il peut d’ailleurs être considéré comme un élément de gravité.

Il se présente d’abord sous forme d’obsession-impulsion, appelée maintenant trouble obsessionnel compulsif (TOC), décrite classiquement comme l’irruption du doute dans la pensée et avec lui, d’un ordre intérieur considéré par le sujet comme un phénomène morbide et en désaccord avec son Moi conscient ; il persiste malgré tous ses efforts pour s’en débarrasser et ne disparaît qu’avec sa réalisation. Cette dernière n’est souvent pas très différente de la manie de l’ordre et des vérifications décrites précédemment. En fait leur sens est complètement transformé car ils prennent désormais un caractère conjuratoire.

Qu’il s’agisse d’éteindre et de rallumer trois fois sa lampe avant de s’endormir, de répéter tel mot ou tel chiffre avant de traverser une rue, de ne marcher que sur les pavés impairs ou encore de toucher une certaine catégorie d’objet sur son passage : arbres, panneaux de circulation, nous avons là toute une série d’actes qui ont une valeur quasiment magique et dont la répétition constitue un véritable rite. Si l’on y regarde de près il ne s’agit en fait que de la condensation des deux symptômes précédents : isolation par le caractère arithmétique et artificiel de ces impulsions, contrôle obsédant par le besoin de répétition qu’elles comportent. Il s’y ajoute un troisième facteur : la magie de la toute-puissance de la pensée qui doit se réaliser en acte.

Mais cette condensation, elle-même, s’avère souvent inopérante, l’angoisse en réinfiltre continuellement le processus, d’où ces répétitions à l’infini, ces lavages incessants, ces bizarreries d’habillage dont l’incomplétude demandera de nouveaux rites. C’est ce qu’on appelle l’annulation parle rite qui par contamination de proche en proche aboutit à un réseau compulsionnel tout à fait étranger à l’obsession initiale, tant le déplacement est considérable. C’est ainsi que la complexité de certains rites conjuratoires (toucher tous les arbres d’une forêt) peut amener le patient à de véritables états de dépersonnalisation.

Économie

Le fonctionnement obsessionnel est une machine infernale différente de celle de l’hystérie mais encore plus complexe. L’apparente isolation des représentations n’en permet pas moins aux affects d’alimenter sans cesse le contrôle obsédant qui, pris à défaut, peut toujours laisser émerger l’angoisse sous une forme ou une autre.

Et, si l’isolation et le contrôle obsédant fonctionnent trop bien, il faut à l’obsessionnel une nouvelle proie, sinon l’angoisse surgit à nouveau. Il va s’inquiéter de ne pas être inquiet et découvrir à tout prix de nouvelles raisons de douter. Cet « œil du maître » toujours à l’affût peut être d’une efficacité sans faille dans toutes les activités qui sont bâties sur le modèle d’un ordre structurel, beaucoup moins dans la vie relationnelle et à plus forte raison dans la vie privée. Ainsi l’isolation est une répression des affects très incomplète. Sa prétention de couper les affects des représentations et de rendre la vie intellectuelle beaucoup plus autonome est donc toujours aléatoire.

Aussi, le contrôle obsédant est un comportement indispensable qui permet à l’isolation de survivre. Il est la véritable cheville ouvrière du monde obsessionnel, l’isolation n’étant qu’une façade plus ou moins fissurée.

Quand Bouvet dit que « l’obsédé exprime un conflit œdipien en langage prégénital », se pose la question de la régression anale comme modèle. Dans la mesure où l’analité sadique met en évidence le rôle actif de l’enfant qui décide ou non de donner son bol fécal et prend ainsi possession d’une puissance autonome. « La formation réactionnelle » qui s’oppose à la complaisance vis-à-vis de ses fèces (le caca bouda) devient l’élément essentiel : la toute-puissance du contrôle sphinctérien pourra être considérée comme l’ancêtre de la maîtrise obsessionnelle. Sans doute le contrôle peut se retrouver dans la sphère orale comme le montrent les anorexies de l’enfance mais l’analité existe hors pathologie orale et hors satisfaction pulsionnelle proprement dite : il n’y a pas d’appétit anal comme il y a un appétit oral ou sexuel (le désir de pénétration anale, plus ou moins sadique, n’étant qu’une dérivation sexuelle qui veut utiliser le corps tout entier pour explorer toutes les satisfactions possibles avec il est vrai des fixations très précises orales ou anales qui ne sont pas indifférentes).

C’est cette absence d’appétit du sphincter anal qui permet, entre autre, cette dérivation essentielle : l’omnipotence contenue dans la pulsion, tellement intriquée par le désir de la satisfaction, est ici désintriquée par l’exercice du sphincter anal qui désormais peut assouvir ses dessins omnipotents pour eux-mêmes : qu’il s’agisse de garder indéfiniment les fèces ou de les rejeter d’une manière inattendue.

L’érotisation ne vient qu’en dernier lieu, qu’il s’agisse du sadisme anal ou d’un jeu ambivalent.

La rétention et la rupture d’avec l’objet d’amour dans la problématique du désir peuvent s’inscrire, aussi, dans une perspective obsessionnelle même si l’hystérie domine outrageusement le scénario. Les comportements d’investissements passionnels subits suivis bientôt de lâchages inopinés montrent que la « névrose obsessionnelle » quand elle veut s’affirmer en tant que telle présente de tels relents prégénitaux qu’il est difficile de la considérer comme une névrose authentique sans un soubassement hystérique largement engagé dans le conflit œdipien.

Serge Leclaire, de son côté, a particulièrement insisté sur l’importance de la relation de l’obsessionnel avec sa mère. L’obsessionnel serait ce fils préféré d’une mère insatisfaite qui semble retourner son attente déçue vers sa progéniture mâle. Dès lors, ils vivent tous deux dans un monde imaginaire comme une « prison bien-aimée » dira Leclaire. Sans aller jusque-là, il est nécessaire de souligner cependant l’importance des premières relations avec la mère et l’empreinte durable qu’elles laissent : celle d’une manipulation omnipotente où le nourrisson est entièrement livré aux soins maternels. Cette empreinte peut être réutilisée en fonction des besoins de la crise œdipienne. C’est le cas surtout pour le petit garçon qui n’a pas à effectuer de changement d’objet au moins dans l’Œdipe direct. L’image de la mère œdipienne est ainsi infiltrée d’imagos beaucoup plus archaïques. L’identification à « la mère sadique anale » permet de se défendre contre l’emprise de cet imago, mais également de satisfaire la conservation de l’objet œdipien.

L’identification à l’agresseur peut ainsi prendre des allures extrêmement variées. L’isolation, à l’instar de la fonction intellectuelle, peut remplir un double rôle : « perpétuer à la périphérie de la psyché, une mère activiste » et dans le même temps « maîtriser par les idées la dispersion tous azimuts de ses stimulations » (Didier Anzieu).

Dans ce cas, l’identification reste dans l’orbite de l’Œdipe tel que nous le concevons habituellement. Beaucoup moins déjà lorsque la maîtrise a pour but essentiel de parer à l’envahissement de la dépression maternelle ouvrant la voie par là, à tous les mécanismes de réparation des images parentales. Que dire lorsque l’image incestueuse est proche de ce qu’André Green décrit par le concept de « mère morte » (identification mortifère à la mère dépressive). Dans cette perspective, l’isolation n’est plus une défense par rapport à une séduction primaire mais une inhibition des affects qui se retrouvent comme « gelés » par une sorte de cadavre intérieur.

La maîtrise consiste à préserver en l’état cette incorporation incestueuse sans en laisser échapper la moindre parcelle… La conservation fétichiste n’est pas loin. L’organisation obsessionnelle devient ainsi un point d’ancrage des avatars des perversions. À ce point, la névrose obsessionnelle s’éloigne du conflit œdipien classique et laisse la palme de l’authenticité névrotique à l’hystérie… C’est à cette dernière d’ailleurs que se réfère André Green lorsqu’il parle d’un noyau hystérique sur lequel seraient construites les névroses obsessionnelles de type génital : « L’indice d’hystérisation… (étant) d’autant plus important que cette névrose conserve plus d’attaches avec la génitalité ». Les autres névroses obsessionnelles renvoyant aux états-limites, voire à la psychose.

Névroses obsessionnelles, états-limites et psychoses

Dans les cas où l’indice d’hystérisation est faible, voire inexistant, l’intensité des éléments dépressifs est constante. Les névroses obsessionnelles dont les éléments psychasthéniques ou de caractère sont fréquents apparaissent dès lors comme des états-limites dont l’aménagement névrotique reste précaire.

Il en est de même dans la plupart des cas où les rites dominent la symptomatologie. Véritables passages à l’acte, ils marquent l’échec de la toute-puissance de la pensée tout en restant sous sa coupe : le rite obsessionnel, à la différence de la conversion hystérique, reste médiatisé par la pensée. Cette situation inconfortable constitue un équilibre instable dont l’épuisement conduit à la dépression grave plus d’ailleurs qu’à la psychose.

Lorsque enfin les symptômes de rites obsessionnels envahissent la scène avec mécanisation du comportement et apragmastisme ou bien si les convictions conjuratoires deviennent quasiment délirantes, il ne semble plus s’agir que de stigmates névrotiques, défensifs vis-à-vis d’une structure psychotique sous-jacente.

En conclusion

Si les mécanismes phobiques restent des urgences projectives peu élaborées, une véritable question à propos des névroses reste en suspens : existe-t-il une ou deux névroses ?

Dans un premier temps, la transformation de la toute-puissance de la pulsion en toute-puissance pour la toute-puissance (position narcissique), qui fait le lit de la toute-puissance de la pensée (et de ses avatars dont la folie du doute), donne l’impression qu’il existe désormais deux systèmes d’élaboration des conflits, même et surtout, s’ils coexistent côte à côte…

Mais, l’autonomie de la pensée raisonnante est toujours un leurre, tant elle est pétrifiée d’affects, même lorsqu’elle essaye d’y échapper à tout prix par l’isolation, le cynisme, le fanatisme froid ou le déni.

Aussi, dans tous les cas, c’est le soubassement hystérique qui reste le maître d’œuvre : refoulé, évanescent dans les états-limites, vestige dans les psychoses. On parlera de l’importance du « volant hystérique » sous-jacent.

Mais, du coup, une autre problématique émerge immédiatement et va permettre de décrire deux types d’hystérie.

Face aux dogmes, aux lois morales implacables, aux omnipotences irrespirables, aux paranoïas indestructibles et jusqu’au Surmoi archaïque individuel d’une sévérité redoutable, tous éléments rejetons de la toute-puissance de la pensée, l’hystérie, prise au piège, use alors de tous ses subterfuges : conversions, crises, inhibition, exaltation, dépression, humour, mises en représentations créatives (sketches de Zouc)… dans ce qu’on peut appeler « l’insurrection hystérique ».

Cette insurrection peut prendre des aspects psychosociaux collectifs mais reste le plus souvent la manifestation d’un conflit individuel (voir Le ravissement de Loi. V. Stein de Marguerite Duras) et peut prendre des aspects très particuliers : l’insurrection hystérique de Cézanne grâce à sa peinture, en particulier dans ses dernières Sainte-Victoire, contre sa propre psychose.

Mais, si l’hystérie reste toujours insurrectionnelle dans la mesure où l’insatiable de la pensée du corps n’est jamais satisfait, il existe malgré tout une position hystérique plus essentielle encore, ce que nous pourrions appeler l'« hystérie existentielle » (Edgar Morin). Cette hésitation à satisfaire le désir pulsionnel peut devenir un ludique efficace qui joue avec l’impossible dans une sorte de sensualité des conduites et des mots. Nous l’appellerons l'« hésitation ludique » de l’hystérie créatrice. Car c’est toujours l’hystérie qui manque même dans ses formes les plus implosives ou caractérielles, c’est-à-dire le ludique hystérique.

Si dans l’Odyssée, Pénélope attend indéfiniment Ulysse, dans sa version moderne, celle de James Joyce, la nouvelle Pénélope, Molly Bloom, elle, sait faire imperceptiblement attendre son nouvel Ulysse, introduisant l’hystérie là où on ne l’attendait pas (voir plus haut).

Certains musicologues ne parlent-ils pas de « balancement immobile » à propos de la musique de Maurice Ravel ?

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