11. Structure psychotique

A. Bécache

Généralités

Dépassant une psychopathologie purement descriptive, une conception analytique et dynamique de celle-ci s’efforce de mieux comprendre le fonctionnement psychique, normal ou pathologique de l’être humain. Méthode d’investigation privilégiée du psychisme, la psychanalyse fait ensuite appel à un corpus théorique explicatif issu des découvertes de Freud et des recherches de ses successeurs. Elle se propose également de libérer l’individu de ses entraves psychologiques et de soulager son mal-être et sa souffrance.

Nous privilégierons dans ce chapitre les théories psychanalytiques, tout en sachant que d’autres théories, passées ou actuelles, ont été proposées, le champ de la psychiatrie se laissant difficilement réduire à une discipline autonome, unitaire et homogène.

Notion de structure

La notion de structure s’avère intéressante à envisager, d’un double point de vue :

■ psychopathologique, pour suivre la constitution progressive de la personnalité qui accompagne le développement psychosexuel de l’individu lors de sa maturation ;

■ clinique, pour pouvoir ordonner une nosologie issue de la psychanalyse, grâce à une sémiologie précise et rigoureuse dont le patient doit tirer tout le bénéfice qu’il est en droit d’attendre.

Cette notion de structure a été exposée et discutée en détail dans un chapitre antérieur du présent ouvrage (chapitre 9). Rappelons seulement que le terme de structure s’applique, non seulement au domaine physique relatif à l’architecture d’un bâtiment ou à l’arrangement interne d’un cristal en minéralogie, mais aussi à l’arrangement interne des composants d’un système complexe abstrait, stable et caractéristique de cet ensemble.

Notion de normalité

Quant à la question préalable de la normalité, les réponses proposées ont subi des variations en fonction des observations et des idées théoriques. On a eu tendance à considérer qu’il n’y avait pas de coupure épistémologique entre l’évolution de l’homme « normal » et celle décrite à la suite de la doctrine freudienne relative au développement psychologique de l’individu, habituellement névrotique, en rapport avec le concept organisationnel prévalent du complexe d’Œdipe.

La réponse actuelle la plus pertinente paraît bien être celle qui mérite l’appellation de « bien portant », quelle que soit la structure profonde, névrotique ou

psychotique, authentique et stable, non décompensée, permettant la meilleure prise en compte possible des aléas de l’existence.

Nous limiterons notre propos aux psychoses de l’adulte, les psychoses infantiles étant étudiées séparément, avec leurs aspects génétiques et structuraux notamment. La structure psychotique nous amènera tout naturellement à rechercher sa genèse dans l’histoire du sujet et à évoquer les moments féconds de son expression pathologique cliniquement décelable. Nous la comparerons au développement de la personnalité telle qu’on peut l’observer ou la théoriser dans une structuration névrotique, sans oublier la question problématique des états-limites très travaillée dans l’œuvre de Jean Bergeret.

Rappel

Il n’entre pas dans notre dessein de résumer la pensée des auteurs, qu’ils soient freudiens ou non, concernant la psychose, mais d’en rappeler les différentes étapes, compte tenu de l’évolution des idées quant à la constitution du psychisme. Proposant un modèle de la vie psychique à partir de son expérience, Freud s’est intéressé à l’interprétation des rêves, puis à celle des lapsus, des actes manqués ou des manifestations psychopathologiques de la vie quotidienne. Il dégagea la notion de sexualité infantile, avant de proposer sa première topique – conscient, préconscient, inconscient – et le premier système des pulsions – pulsions sexuelles et pulsions du Moi – puis de distinguer principe de plaisir et principe de réalité.

Avec l’étude des Mémoires du président Schreber et Pour introduire le narcissisme, il aborda certains problèmes touchant à la pathologie psychotique, paranoïaque ou schizophrénique. Par la suite, il formula une seconde topique – Moi, Surmoi, Ça – (précisant qu’une partie du Moi demeurait dans l’inconscient), et aussi un nouveau système de pulsions – pulsions de vie et pulsions de mort.

L’importance du Moi et de la libido peut aussi rendre compte dans une certaine mesure de l’évolution de la personne. L’emploi des notions de régression et de fixation à la suite des travaux de Karl Abraham, et la distinction des stades oral, anal, phallique et génital permettent de différencier ce qui est œdipien (névroses dites de transfert) de ce qui relève du prégénital (psychoses). Le développement libidinal s’opère à travers des conflits qui peuvent être résolus de différentes manières. Si la situation œdipienne, ses conflits et la nature de son angoisse (de castration) correspondent aux névroses de transfert, les psychoses renvoient à l’ordre prégénital et à l’angoisse d’anéantissement. À l’intérieur même de ces deux registres, on peut pousser plus loin la démarche et distinguer ainsi, dans la lignée psychotique, paranoïa et schizophrénie.

En ce qui concerne le problème des états-limites, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur aux importants travaux de J. Bergeret, tels qu’ils sont décrits au chapitre 12 du présent ouvrage. La clinique montre à l’évidence que certains patients ne relèvent, au départ, ni de la lignée névrotique, ni de la lignée psychotique, car ils ne ressortissent pas d’une authentique structure, fixée d’emblée et stable. Les patients de cette lignée intermédiaire ont une organisation fragile, susceptible d’aménagements divers. On retiendra aussi les différences qu’ils présentent avec les borderlines décrits par Otto Kernberg, dont certains peuvent parfois être considérés comme des états-limites, mais doivent souvent être reconnus comme des prépsychotiques.

De la même façon, nous laisserons de côté dans le cadre forcément limité de ce travail, la question de la perversion, qui ne correspond pas à une structure particulière originale, mais est le fait d’un aménagement survenant au cours du développement psychosexuel de l’individu, dont la sexualité infantile comporte une disposition perverse polymorphe. Sous l’influence d’un traumatisme désorganisateur précoce se produisant, dans l’histoire du sujet, durant la période de latence, on assiste alors à un agencement mettant en jeu non pas un mécanisme de refoulement comme dans une névrose mais utilisant déni et clivage comme moyens de défense archaïques proches de la psychose, refusant la réalité de la perception du sexe de la femme pour se protéger contre une réalité objectale insupportable.

Psychose ou psychoses

Les auteurs utilisent souvent le terme de psychose au singulier lorsqu’il s’agit de décrire la genèse de la structure psychotique et d’en délimiter de façon précise les caractéristiques. Les psychoses, au pluriel, sont alors invoquées lorsqu’il y a décompensation de la structure par rupture de l’équilibre entre les investissements narcissiques et les investissements objectaux, avec éclosion des manifestations pathologiques telles que nous les connaissons en psychopathologie clinique.

Si les conditions de la vie de l’individu lui permettent une adéquation fonctionnelle au sein même de sa structure et ne débordent pas les moyens de défense dont il dispose, il pourra s’adapter aux aléas de l’existence sans trop de dommages. Mais que des causes diverses lui infligent des épreuves qui le submergent, on assistera à une décompensation plus ou moins explosive dont les tableaux cliniques ont été décrits et répertoriés de longue date en psychiatrie sous le nom de psychoses.

Les choses peuvent s’amender sous l’influence des différents traitements, même si le niveau obtenu d’adaptation est inférieur à celui qui prévalait avant l’éclatement des troubles. De nouvelles manifestations peuvent être observées ultérieurement. Mais il faut surtout se garder de formuler un pronostic définitif qui pourrait se montrer destructeur pour le patient.

Psychose

Psychogenèse de la structure

Comprendre le fonctionnement de l’appareil psychique appréhendé comme une structure a été la visée permanente de la théorie psychanalytique. Pour ce faire, il fallait rechercher les différentes étapes de sa constitution et leurs enchaînements. Une formation psychique se développant à partir d’autres qui l’ont précédée, on devait donc remonter du présent au passé, de l’adulte à l’enfant, selon une méthode historique qui évoquerait une approche de type archéologique mettant à jour différentes strates superposées. Une telle approche a rapidement montré ses limites, à cause des déformations dues au travail du temps, à l’existence de souvenirs-écrans, à l’importance des fantasmes et au fait constaté que la mémoire subvertit l’histoire.

Les travaux des psychanalystes qui se sont attachés à l’observation directe des enfants pour rendre compte des psychoses précoces survenant dans l’enfance sont souvent peu transposables pour expliquer l’apparition beaucoup plus tardive des troubles psychotiques de l’adulte, schizophréniques ou paranoïaques, sous l’influence de divers facteurs qu’il faudra élucider. Rappelons, sans les détailler, les intéressants apports de D. Winnicott avec sa notion de transitionnalité, de crainte de l’effondrement ; de Margaret Mahler et l’étude des trois phases observées à l’aube de la vie (autistique, symbiotique et de séparation-individuation) ; de Mélanie Klein et son école avec la description du stade schizo-paranoïde, de la phase dépressive et de la dualité pulsionnelle amour-haine postulée originelle.

Certes, l’influence des traumatismes de l’enfance, des conflits, des frustrations est indéniable. Ces événements sont à l’œuvre dès la naissance, et même durant la période fœtale. Inscrits dans l’inconscient primaire, et par définition inaccessible directement, ils ne pourront être connus que par les rejetons que l’on découvrira et interprétera beaucoup plus tard.

Car ce qui compte essentiellement, c’est ce que le sujet en a ressenti et vécu en tant que fait psychique tout au long de son évolution. Mais en raison de profonds remaniements après-coup et de l’importance croissante reconnue aux fantasmes, une chronologie événementielle qui s’arrêterait à la recherche d’une vérité historique méconnaîtrait le but de la psychanalyse qui est de dégager la vérité du sujet à travers ce qu’il en exprime, hic et nunc. L’interprétation permet une construction analytique rendant compte, au-delà d’une suite événementielle, de la vérité du sujet, même reconstructrice de façon hypothétique et intégrant toutes les données disponibles, y compris les processus transgénérationnels.

Caractéristiques de la structure

L’analyse du fonctionnement psychique est étroitement liée chez Freud à la conception de modèles fictifs théorisés et rassemblés en 1915 sous le nom de métapsychologie. Malgré des remaniements apportés au cours du temps sous l’influence de réflexions issues de l’expérience et de l’observation, cette métapsychologie, avec son triple point de vue topique, dynamique et économique, demeure une référence nécessaire à une appréhension structurante de l’appareil psychique et à la validation d’hypothèses théoriques.

Comprendre une structure par les étapes antérieures de sa mise en place est aussi une démarche initialement décrite en neurologie à la suite des travaux de H. Jackson, puis étendue à certains types de désorganisation fonctionnelle en psychiatrie, par E. Bleuler notamment. Chaque niveau, ou palier, d’intégration des phénomènes associatifs coiffe le niveau précédent qu’il remplace et régule, de façon hiérarchisée. La dissolution d’une instance supérieure va entraîner, par sa défaillance régulatrice, un fonctionnement sous-jacent antérieur dépassé, libérant des symptômes, positifs et négatifs. Ceci renvoie aux notions de régression – avec ses différents modes : topique, formelle et temporelle – et de fixation en psychanalyse et permet, par l’analyse d’un fonctionnement pathologique, la reconstitution rétrospective d’une psychogenèse.

Pour la commodité de la présentation et de façon quelque peu schématique, nous allons maintenant exposer un certain nombre de questions pour dégager les caractéristiques communes d’une structure psychotique, et pour pointer ultérieurement des différences selon qu’il s’agira de schizophrénie, de paranoïa ou autres.

Angoisse psychotique

L’angoisse fait partie intégrante de l’humaine condition, de son histoire, de son développement. Elle traduit la détresse du petit d’homme devant une situation de danger, ce danger pouvant être un danger réel extérieur aussi bien qu’un danger pulsionnel, intérieur, non reconnu.

Nous n’étudierons pas ici l’historique de la théorie de l’angoisse en psychanalyse, renvoyant le lecteur au chapitre 2 du présent ouvrage. Nous retiendrons seulement les formulations qu’a proposées Freud dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926). Il a bien reconnu à Otto Rank le mérite d’avoir insisté sur le fait que le processus de la naissance constitue la première situation de danger pouvant représenter le prototype de la réaction d’angoisse. Mais il s’en séparera en contestant sa généralisation excessive qui ne tiendrait pas compte de l’importance de la réaction individuelle, d’intensité variable, du traumatisme de la naissance, traduisant en dernier ressort la séparation de la mère.

Ce qui est à l’œuvre chez le psychotique est une angoisse plus précoce que la classique angoisse de castration observée dans l’évolution œdipienne névrotique et sa triangulation. Il s’agit parfois d’une angoisse d’abandon devant une situation de danger telle qu’on la rencontre le plus souvent dans les états-limites par besoin d’étayage anaclitique.

Plus spécifiquement dans la psychose, le sujet est en proie à un trouble profond du sentiment de sa propre identité, avec une crainte terrifiante d’une disparition du Moi et d’un retour au néant. Dans cette relation duelle avec la mère, l’angoisse de morcellement ou l’angoisse de néantisation exprime le sentiment de dislocation ou de vidage face à une perte inapaisable de l’objet pulsionnel, dont il tentera de se défendre ultérieurement par différents mécanismes.

Relation d’objet psychotique

Sous le nom de relation d’objet, on entend décrire la relation du sujet avec son monde, aussi bien extérieur qu’intérieur, en fonction de la structure de sa personnalité, et plus précisément une interaction mettant en jeu :

■ les personnes, « objets », visées par la pulsion ;

■ une activité fantasmatique sous-jacente ;

■ et des modes privilégiés de défense.

Cette interaction avec l’entourage et sa composante fantasmatique, en particulier les relations mutuelles de l’enfant et sa mère – ou son substitut fonctionnel – vont constituer l’objet primaire et influeront ultérieurement sur son développement et son activité.

Initialement, Freud a employé le terme d’objet à propos de la pulsion. Il définit celle-ci par :

■ sa source, qui prend naissance lors de l’excitation provoquant la tension d’une zone érogène ;

■ son but, actif ou passif, selon les couples d’opposés, de type voir-être vu (s’exhiber) ou sadisme-masochisme ;

■ et son objet, non spécifique, susceptible d’apporter la satisfaction. Cet objet change au cours du temps, selon les étapes de la maturation de la personnalité.

La fixation du choix objectal à un moment donné peut, sous l’influence de différents facteurs, ne pas s’inscrire dans l’évolution psychosexuelle menant à une sexualité de type génital. On observe alors des variations érotiques, dont l’auto-érotisme, ou encore l’homo-érotisme.

Plus tard, la notion de relation d’objet a pris davantage d’extension en psychanalyse, notamment avec les contributions de Maurice Bouvet. Auparavant, Karl Abraham avait proposé de décrire, au sein du développement de l’amour objectal, des sous-stades correspondant à des étapes différentes de l’organisation de la libido et des relations d’objet.

À titre d’exemple, le stade oral serait scindé en étape orale précoce préambivalente caractérisée par la succion et correspondrait à un auto-érotisme anobjectal. À l’étape orale tardive avec apparition des dents, encore appelée cannibalique, correspondraient narcissisme et incorporation totale de l’objet.

À l’étape sadique anale caractérisée par l’évacuation, correspondrait la pulsion sadique liée à la destruction.

À l’époque sadique anale tardive où l’érotisme anal est lié à la rétention, la pulsion sadique vise à la maîtrise et au contrôle possessif de l’objet.

Pour K. Abraham, la ligne de clivage, ou divided-line de Robert Fliess, qui sépare régressions névrotiques et psychotiques, passe entre les deux phases de cette étape. La nature des troubles psychotiques de l’adulte dépendra du point de fixation de la libido après régression ; dans la schizophrénie, la fixation se situera plus en arrière que dans la paranoïa.

D’autres conceptions ont été avancées à ce sujet.

Pour Mélanie Klein et son école, des relations d’objet observées chez des adultes psychotiques peuvent être rattachées à des processus très précoces remontant au stade oral. Angoisse et mécanismes psychotiques ont été repérés de façon systématique lors de la position schizo-paranoïde décrite par M. Klein chez le très jeune enfant. L’objet partiel initial, en l’occurrence le sein maternel, est déjà ambivalent par intrication pulsionnelle, libidinale et agressive. Il se trouve clivé en « bon » sein gratifiant et idéalisé, et « mauvais » sein frustrant et persécuteur, où sont projetés amour et haine. Introjection et projection sont à l’œuvre de façon prévalente.

L’évolution favorable, qui passe par la position dépressive qui lui fait suite, peut se voir entravée par un déséquilibre pulsionnel ultérieur. Ces relations d’objet archaïques se retrouveront alors au cours des troubles psychotiques de l’adulte.

Narcissisme

La notion de narcissisme (ainsi appelé par référence au personnage de Narcisse amoureux de sa propre image) est apparue de façon restreinte en psychopathologie. Elle a été précisée au furet à mesure de l’utilisation plus généralisée de ce concept, applicable à la constitution de tous les humains au cours de leur développement. Nous ne pouvons pas, dans le cadre limité de ce paragraphe, passer en revue toutes les implications du narcissisme et son rôle étendu dans le fonctionnement de la vie psychique. Nous nous limiterons à en souligner sa mise en relief, son maintien et son retentissement dans la structuration psychotique. La phase narcissique par laquelle passerait tout enfant au cours de sa croissance a pu être considérée comme première ébauche du Moi. Freud la situe après l’auto-érotisme au moment où se structurent sa personnalité et sa sexualité. La description lacanienne du stade du miroir, mentionnant l’assomption jubilatoire de son image spéculaire qui l’accompagne, peut dans une certaine mesure en être rapprochée. L’importance attachée au concept de narcissisme dans l’élaboration de la nosographie psychanalytique freudienne est attestée par les variations sémantiques observables dans la dénomination initiale de psychonévroses narcissiques – par opposition aux psychonévroses dites de transfert – au sein du groupe des psychonévroses de défense où la dynamique du conflit est au premier plan. Le terme de psychose plus généralement admis en psychiatrie finira par prévaloir. Mais le stade narcissique ne sera jamais entièrement dépassé, car le Moi peut se choisir lui-même comme objet érotique, tout comme il peut en choisir d’autres.

La libido, considérée comme énergie quantitativement mobilisable de la pulsion sexuelle, peut être distinguée en libido narcissique ou du Moi – ou mieux du Soi, ou même du Self selon les auteurs anglo-saxons – et libido d’objet, avec parfois un difficile équilibre à trouver entre les investissements narcissiques et les investissements objectaux. L’ouvrage de Freud intitulé Pour introduire le narcissisme (1914) n’a pas manqué de modifier les conceptions initiales sur le sujet.

Si l’on observe maintenant l’adulte psychotique, on peut essayer de comprendre à la lumière de ce qui précède les différences structurales. Chez un sujet non psychotique, lorsque la libido se détache d’un objet, elle peut trouver, plus ou moins rapidement, un autre objet substitutif. Chez le paranoïaque, la libido libre, détachée du monde extérieur, va se retrouver fixée sur le Moi, comme en témoignent l’hypertrophie du Moi et les idées de grandeur observables en clinique. Cette régression va le ramener de l’homo-érotisme à un point de fixation situé au stade du narcissisme.

On retrouve dans la schizophrénie, très improprement appelée naguère démence précoce, le même détachement de la libido du monde extérieur et la régression vers le Moi, ainsi que l’échec d’un réinvestissement d’un objet extérieur. Mais ici ce n’est pas par le mécanisme préférentiellement utilisé par le paranoïaque, à savoir la projection, que va se manifester la faillite d’un réinvestissement objectal, mais par un mécanisme hallucinatoire. La régression va dépasser le stade du narcissisme pour atteindre un point de fixation encore plus profond que dans la paranoïa. Le terme d’autisme schizophrénique qu’E. Bleuler avait appliqué à ce type de sujet trouve ainsi sa justification dans ce retour à l’auto-érotisme infantile.

Nous mentionnerons ici les conceptions de Bêla Grunberger, qui confèrent au narcissisme un statut autonome d’instance, dont l’origine se situerait dans la vie intra-utérine. Les traces inconscientes en seraient ultérieurement repérables dans certaines productions de la psyché humaine, sous forme d’évocation du jardin d’Eden, ou de nostalgie du paradis perdu, ou encore de la promesse d’un âge d’or. La vie du fœtus peut être éventuellement troublée, mais le souvenir d’une expérience même fugitive d’une félicité parfaite, aconflictuelle et élationnelle, serait un noyau narcissique à l’origine de nombreuses aspirations sublimées. À la naissance, le passage doit se faire de l’économie narcissique à l’économie pulsionnelle pour dépasser la monade mère-enfant et accéder aux relations objectales. Mais pour pouvoir vivre une évolution satisfaisante, le sujet aura toujours besoin d’une confirmation narcissique par le regard de sa mère, de ses proches, de ses éducateurs et, si cela s’avère nécessaire, de son psychanalyste.

Moi psychotique et monde extérieur

Dans le cadre limité de ce chapitre, il n’est pas possible de passer en revue toutes les questions soulevées par la définition du Moi, sa genèse, sa fonction et l’évolution des conceptions psychanalytiques à son sujet, tant chez Freud que chez d’autres auteurs45.

Rappelons que, après l’exposé initial de la première topique, puis d’une première théorie des pulsions (1905), puis l’introduction du narcissisme (1914), puis d’une seconde théorie des pulsions (1920), c’est avec Le Moi et le Ça (1923) que Freud va proposer la deuxième topique de l’appareil psychique, avec la trilogie Ça – Moi – Surmoi remplaçant la précédente inconscient – préconscient – conscient (encore appelée perception-conscience), sans toutefois la rejeter. Alors qu’à l’intérieur du Ça (terme emprunté à G. Groddeck) où sont situés des contenus en partie innés et d’autres, acquis et refoulés, on retrouve un fonctionnement correspondant au processus primaire avec des motions pulsionnelles contradictoires, le Moi est constitué par une partie du Ça modifiée par différenciation progressive sous l’influence de contraintes exercées par le monde extérieur. Le Moi, avec ses modes de défense, reste donc ici en partie inconscient, de même que le Surmoi.

Héritier du complexe d’Œdipe et des identifications ultérieures, le Surmoi va reprendre à son compte, par intériorisation de la relation ambivalente aux parents, les règles et interdits de l’éducation sous forme de conscience morale et d’une fonction d’auto-surveillance plus ou moins sévère, mais aussi, plus rarement, de protection.

Dans un passage de l’ouvrage Pour introduire le narcissisme (1914), Freud montre l’existence d’une instance dont la tâche serait de vérifier si la satisfaction narcissique est bien assurée en fonction de l’Idéal du Moi et qui, dans ce but, surveille constamment le Moi réel et le confronte à cet idéal : c’est la conscience morale, ce qui permet de comprendre le délire de surveillance de certains troubles paranoïdes. Des malades se plaignent que leurs pensées sont connues, et leurs actions observées et surveillées. Ce pouvoir de surveillance existe à l’état normal et cette conscience se présente comme un délire d’allure xénopathique dans sa forme régressive.

Le Moi doit conforter de façon permanente sa difficile position de régulateur face à des tendances contradictoires d’intensité variable. On peut rappeler ici la phrase célèbre de Freud : « Wo Es war, soll Ich Werden », qui a pu être traduite ainsi « Là où était du Ça, du Moi peut advenir », d’où la plaisante comparaison avec l’assèchement du Zuiderzee.

Face aux contraintes imposées par le monde extérieur nécessitant l’ajournement de la satisfaction à cause des périls encourus ou l’espoir d’un plaisir différé plus grand lorsque le principe de réalité prend le pas sur le principe de plaisir, le Moi peut se trouver débordé et amené à faire face à une explosion d’angoisse malgré les mécanismes de défense mis en place.

Mécanismes de défense

Les sujets à structure psychotique peuvent utiliser tous les mécanismes de défense décrits en psychopathologie46. Parmi ceux-ci nous retiendrons ceux qui sont le plus souvent rencontrés chez ce type de patients et qui ont pour finalité de permettre au Moi de continuer à assurer son rôle de régulateur et éviter de trop fortes tensions susceptibles d’entraîner, par l’éclatement et la déchirure du Moi, un arrachement au réel, trouble fondamental des manifestations avérées et répertoriées sous le nom de psychoses.

Citons ainsi :

■ le refoulement, mécanisme généralisé et non spécifique destiné à rejeter dans l’inconscient des représentations entrant en conflit avec une exigence d’ordre interne, pulsionnelle, perçue comme trop dangereuse ;

■ le clivage, au cours duquel coexistent simultanément deux attitudes contradictoires du Moi face à la réalité extérieure : l’une l’acceptant et l’autre la déniant. Ce dédoublement du Moi, qui peut même être provisoire, est différent de la « Spaltung » qu’a décrit E. Bleuler pour rendre compte du retrait affectif du schizophrène, de son « autisme » ;

■ le déni de la réalité, par lequel le sujet refuse une perception de la réalité gênante, pouvant aller jusqu’à la création d’une néoréalité délirante. Ce mécanisme se rencontre aussi dans l’organisation perverse qui amène le fétichiste à recourir à un objet-fétiche ;

■ la projection et l’introjection :

• la projection est un processus au cours duquel le sujet attribue à autrui ses propres désirs ou sentiments qu’il refuse de reconnaître en lui,

• l’identification projective : modalité de projection, elle a été décrite par M. Klein en rapport avec la position schizo-paranoïde précoce des enfants. Elle est à distinguer de la projection (identificatoire) rencontrée chez le psychotique adulte qui veut cracher à l’extérieur de lui-même, pour employer une expression en relation avec l’oralité, certains aspects négatifs de sa réalité ressentis comme mauvais,

a contrario, l’introjection est l’opération qui consiste à prendre à l’intérieur de son appareil psychique des qualités qu’il emprunte à des objets du monde extérieur ;

■ la forclusion : les catégories de l’imaginaire, du réel et du symbolique pressenties par Freud et développées par J. Lacan sont à l’origine du concept de forclusion. Cette forclusion pointe une abolition symbolique visant à rejeter un signifiant fondamental tel que le « nom du père ». La mère exerce un rôle privilégié dans la transmission à son enfant de ce premier symbole qu’est la fonction paternelle. L’exclusion de cette représentation entraîne un développement psychotique par défaut de symbolisation. Le sujet psychotique se réfugie dans le réel et l’imaginaire et ce qui a été forclos dans le symbolique va faire retour dans le réel sous forme hallucinatoire.

Du rêve au délire

L’exploration psychanalytique du domaine de l’imaginaire offre à étudier une série de phénomènes qui vont des rêves des humains endormis jusqu’aux productions hallucinatoires et délirantes des psychotiques, en passant par les fantasmes et leurs rapports avec la réalité.

Rêve et psychose

Dans les nombreux travaux qu’il a consacrés à l’onirologie tout au long de son œuvre depuis la Traumdeutung (1900) jusqu’à l’Abrégé de psychanalyse (1938), Freud, après d’autres auteurs, a souvent mis en parallèle rêve et psychose pour en signaler les similitudes et en marquer les différences (Cinq leçons sur la psychanalyse) (1909). Nos productions oniriques ressemblent intimement aux productions des maladies mentales d’une part, et, d’autre part, elles sont compatibles avec une santé parfaite.

Dans Délires et rêves dans la Gradiva (1907), on peut lire que rêve et délire émanent de la même source : du refoulé, et que le rêve est le délire physiologique de l’homme normal. Mais au réveil le rêve s’envole et le terrain gagné par l’inconscient est à nouveau perdu, ce qui le différencie du délire. « Tout délire recèle aussi un grain de vérité ; quelque chose en lui mérite créance, et là est la source de la conviction du malade ». Quand cette parcelle de vérité, longtemps refoulée, force l’entrée de la conscience, le sentiment de conviction fait corps avec cette parcelle de vérité et protège celle-ci contre toute critique.

Dans l’étude du cas du Président Schreber (1911), Freud évoque brièvement les rapports du rêve et de la psychose au moment de la rechute. Dans des travaux ultérieurs (Métapsychologie) (1915), il rappellera que le conflit psychique découvert dans la formation du rêve est en jeu dans le mécanisme psychique des névroses et des psychoses. Les processus de la condensation et de la substitution se manifestent, comme pour les rêves, dans certains actes, tels les stéréotypies de la schizophrénie. Mais il existe une différence décisive entre le travail du rêve et la schizophrénie.

Dans le rêve :

■ les pensées sont transposées en images, donc des représentations de mots sont ramenées aux représentations de choses ;

■ il y a une régression topique ;

■ il y a une libre circulation entre investissement de mot (Pcs) et investissement de chose (les).

Dans la schizophrénie :

■ ce sont les mots eux-mêmes exprimant la pensée Pcs qui sont l’objet de l’élaboration par le processus primaire ;

■ il n’y a pas de régression topique ;

■ la circulation entre investissement de mot et investissement de chose est coupée.

Psychose et problèmes liés à la réalité

Que l’on aborde l’étude des fantasmes, des délires et de la psychose, on ne peut manquer de déboucher sur la question de leurs rapports avec la notion de réalité. Nous savons que Freud était arrivé à une théorie structurale qui situe le Moi, instance médiatrice, au carrefour des exigences pulsionnelles, des contraintes du Surmoi et des pressions de la réalité extérieure ; la réalité devient alors, quant à son rôle dans la vie psychique, comparable aux instances intrapsychiques. Auparavant, il avait été conduit à prendre en compte, opposée à la réalité matérielle, une autre réalité, une réalité psychique liant les désirs inconscients et les fantasmes qui les figurent. La croyance en la réalité dépend de la perception sensorielle, même si celle-ci résulte d’une régression hallucinatoire jusqu’aux traces mnésiques inconscientes. Dans son article La perte de la réalité dans la névrose et dans la psychose (1924) est décrite l’existence d’un domaine fantasmatique qui, lors de l’instauration du principe de plaisir, a été séparé du monde extérieur réel à la façon d’une réserve libre par rapport aux nécessités de la vie. Réalité-réalisation d’un désir est la paire contrastée d’où émane notre psychisme, avec pour enjeu l’aménagement d’une réalité indésirable en une réalité plus conforme au désir.

Dans le développement de l’individu, H. Loewald avait été amené à décrire :

■ un principe paternel, actif dans le conflit œdipien, la menace de castration par le père hostile et menaçant, représentant les exigences de la réalité ;

■ un principe maternel, représentant l’union primitive avec l’environnement.

Le Moi et la réalité évoluent conjointement : l’appareil psychique détourne et refoule, sous la pression de la menace (paternelle) de castration, les tendances originaires qui recherchent une fusion narcissique primaire avec l’environnement (maternel). Tout se déroule comme les instances psychiques qui se différencient lentement et parallèlement de la réalité, elle-même constituée de principes organisateurs (paternel et maternel).

La réalité, en tant que construction, devient un élément inséparable de la structure de l’appareil psychique. On voit, par les connexions étroites du développement du Moi et de la réalité, comment pourraient se constituer les germes d’une organisation psychotique de la personnalité.

Psychose et fantasmes

Dans leur article devenu classique Fantasme originaire, fantasmes des origines, origine du fantasme (1964), J. Laplanche et J.B. Pontalis ont présenté une étude approfondie de la notion de fantasme. Que ce soit dans les fantasmes conscients, préconscients ou inconscients (tels qu’on les découvre par l’analyse comme étant le noyau du rêve par exemple), on retrouve un scénario imaginaire où le sujet est toujours présent, avec sa relation au désir et ses processus défensifs propres à camoufler cette mise en scène, comme la dénégation, la projection, le retournement sur la personne propre, le renversement dans le contraire.

Initialement, en 1897, Freud utilisait le terme de scène primitive (Urszene) qui s’appliquait à des événements archaïques traumatisants, les fantasmes édifiant des défenses psychiques contre le retour de ces souvenirs qui ne pouvaient être compris que plus tard. Notons en passant la notion d’après-coup associé aux fantasmes, et l’opposition souvenirs/fantasmes. En 1915, Freud écrit que le commerce amoureux entre les parents est une pièce rarement manquante dans le trésor des fantasmes inconscients qu’on peut découvrir par l’analyse chez tous les enfants des hommes. Il dénomme « Urphantasien » ces formations fantasmatiques : observation des rapports sexuels des parents, séduction, castration et autres…

Même si l’on ne peut établir la réalité de la scène d’observation du coït parental, on est conduit à penser que tout ce qui appartient à la structure du psychisme humain provient d’une expérience vécue – le roc de l’événement pour reprendre l’expression de Laplanche et Pontalis – dans l’ontogenèse ou la phylogenèse, récusant l’opinion de Jung qu’il s’agirait d’un fantasme rétroactif du sujet adulte.

Dans le réseau fantasmatique, les fantasmes originaires, comme le montrent Laplanche et Pontalis, se rapportent tous aux origines : « Dans la scène primitive, c’est l’origine de l’individu qui se voit figurée ; dans les fantasmes de séduction, c’est l’origine, le surgissement de la sexualité ; dans les fantasmes de castration, c’est l’origine de la différence des sexes. »

Il ne s’agit évidemment pas de trouver un quelconque rôle étiologique aux fantasmes originaires dans l’éclosion d’une psychose, mais plutôt de préciser leur mode d’intervention en tant que schèmes structurant la vie imaginaire pour permettre à la situation triangulaire de s’organiser, plus ou moins bien, au cours du développement.

La scène primitive ne peut pas être seulement considérée comme une scène amoureuse entre les parents, éventuellement perçue par l’enfant à proximité, mais plutôt dans sa représentation la plus forte, comme renvoyant au fantasme de la scène dont le sujet lui-même tire son origine, c’est-à-dire la représentation du coït au cours duquel il a été conçu et qui a créé sa vie, marquant ainsi la séparation entre être et non-être. C’est la question ontologique primordiale à laquelle nous confronte quotidiennement la problématique psychotique.

À partir des points de fixation retenus pour les psychoses dans le schéma de K. Abraham complété par R. Fliess, on est en droit de penser avec de nombreux auteurs que le fantasme originaire impliqué en premier dans la psychose est celui de scène primitive.

F. Pasche écrit dans Le bouclier de Persée que « ce bouclier que la mère tend à l’enfant, c’est bien la barrière qui les sépare, qui s’oppose à ce qu’ils refusionnent, qui interdit à l’enfant le chemin du retour vers le ventre maternel, qui l’empêche de rentrer dans la structure, le système maternel ».

J.J. Walter distingue deux lignées opposées :

■ un courant évolutif dans lequel on trouve la croissance du Moi, la liaison à la réalité, la prédominance de l’instinct de vie et sa composante sexuelle, l’interdit de l’inceste et l’amour objectal ;

■ un courant fusionnel avec la désévolution du Moi au profit du Ça, la prédominance du principe de plaisir et la perte de la réalité, la prédominance de l’instinct de mort, l’union incestueuse à la mère comme figure de la mort.

Le conflit œdipien marque l’acmé de l’affrontement de ces deux tendances, d’où résulte éventuellement la position psychotique. Quant au rôle organisateur des fantasmes originaires, notamment dans le développement symbolique, celui de scène primitive paraît avoir une primauté incontestable sur les autres dans la structuration psychotique.

Citons encore :

■ J. L. Donnet et A. Green qui, dans leur description de la psychose blanche, notent que le fonctionnement mental psychotique est sous la dépendance à penser la situation initiale et à se représenter ses origines. Si le fantasme de scène primitive ne peut être pensé, le sujet ne peut jamais naître, car inexistant dans son identité ;

■ Piera Castoriadis-Aulagnier, par une tout autre voie de recherche, en arrive à la notion de pensée délirante primaire par impossibilité de penser ses origines ;

■ P.C. Racamier envisage la relation incestueuse du schizophrène à sa mère comme une défense contre le conflit œdipien et ses vicissitudes. Il a proposé d’appeler antœdipe cette organisation spécifique à la fois anté-œdipienne et anti-œdipienne. Éludant la scène primitive, le sujet se verrait à l’origine de sa propre naissance en compagnie de sa mère, excluant le père dans un fantasme mégalomaniaque d’auto-engendrement.

En fin de compte, il paraît possible de considérer ces fantasmes, une fois intégrés, comme des jalons dans la progression vers l’Œdipe et la triangulation, et comme des points d’ancrage contre une régression ultérieure vers une relation duelle psychotisante et mortifère.

M. Fain a observé que « Dans l’œuvre de Freud, l’instinct de mort est le contrepoint des fantasmes originaires, ces derniers étant gros de l’organisation symbolique de l’individu. » Cela peut parfaitement s’appliquer à la psychose.

Psychoses

Plusieurs évolutions sont possibles.

De la structure psychotique à la décompensation

Une fois établie au cours des premières années, la structure psychotique va rester acquise. Dans le meilleur des cas, elle peut même rester inapparente si les circonstances de la vie sont suffisamment bonnes. Mais divers facteurs ultérieurs peuvent amener sa décompensation et l’apparition de manifestations pathologiques repérées sous le nom de psychoses et altérant de façon conflictuelle les rapports du sujet avec son entourage familial et social.

La rupture de l’équilibre habituel entraînant le déclenchement des troubles peut se produire :

■ à la fin de l’adolescence, entre 15 et 18 ans habituellement pour les différents modes d’entrée dans les psychoses schizophréniques ;

■ plus tardivement, après 25 ans, pour les psychoses paranoïaques.

L’évolution sera fonction de l’instauration plus ou moins précoce et plus ou moins efficace d’un traitement.

La notion de caractère est à considérer.

Paranoïaque ou schizophrénique, le caractère psychotique correspondrait à la structure de base homologue. Mais il n’y a pas d’équivalent caractériel lié à la mélancolie ou autre trouble bipolaire auparavant connu sous le nom de psychose maniaco-dépressive, qui relève plutôt d’une organisation limite dépressive.

Certains traits de caractère peuvent se rencontrer de façon hétérogène à côté des éléments correspondant à la structure profonde. C’est ainsi que, dans un certain nombre de cas de névrose obsessionnelle grave, il s’agit en fait d’une structure sous-jacente incontestablement psychotique, avec le recours à des mécanismes de défense s’efforçant avec une efficacité variable de limiter la décompensation psychotique.

La survenue d’une décompensation peut résulter :

■ du développement psychogénique des éléments constituant la personnalité antérieure de l’individu et de l’effondrement de ses défenses ;

■ ou d’un processus au sens défini par K. Jaspers. Dans ce cas, il y a une brèche dans la personnalité du sujet, dont la vie est désormais bouleversée. La nature du processus reste malaisée à définir et à relier à l’économie libidinale selon l’intensité des frustrations ou des traumatismes47.

Psychoses déclarées

Parmi les troubles, transitoires ou permanents, de la personnalité liés à une altération de la relation libidinale à la réalité, nous centrerons notre attention sur les particularités des deux grands groupes correspondant à la structure prégénitale de la personnalité prémorbide initialement définie.

Pour mémoire, citons les autres troubles mentaux rencontrés en clinique, tels que :

■ les bouffées délirantes polymorphes, uniques ou non ;

■ les confusions mentales d’étiologie variée : traumatique, tumorale, infectieuse, toxique ;

■ les troubles liés à la puerpéralité : si la puerpéralité déclenche parfois une psychose, c’est cependant rarement le cas. Ces troubles en rapport avec un instinct violent fondamental rentrent souvent spontanément dans l’ordre et ne ressortissent pas de la problématique psychotique.

À titre d’exemple de bouffée délirante polymorphe, on peut évoquer le syndrome de Jérusalem. Il s’agit d’un trouble touchant des pèlerins de 20 à 30 ans, de confessions diverses, qui, à leur arrivée à Jérusalem et sous l’influence d’une vive émotion mystique, présentent des idées délirantes d’omnipotence avec exaltation, se prenant pour le Messie chargé d’apporter la paix au monde, ou Jésus, ou Dieu lui-même.

Les psychiatres locaux en ont recensé plusieurs centaines en quelques années à raison de quelques dizaines par an. Beaucoup n’avaient jamais présenté d’antécédents psychiatriques. En général, après hospitalisation d’assez courte durée, les troubles disparaissent. Pour certains, il persiste des conduites originales tolérées lorsqu’elles ne troublent pas l’ordre public.

On a relevé le même phénomène à Florence sous le nom de syndrome de Stendhal, où la cause de la décompensation est une violente émotion, d’ordre esthétique et non pas mystique.

Dans tous les cas, un examen clinique complet tiendra compte non seulement :

■ d’un psycho-diagnostic précis, mais aussi ;

■ d’un somato-diagnostic ;

■ d’un bio-diagnostic ;

■ d’un socio-diagnostic.

En ne perdant jamais de vue que le but des soins n’est pas le traitement d’une maladie, mais d’une personne appréhendée dans sa complexité et sa singularité.

Le registre paranoïaque

Dans le domaine spécifique de ce caractère, nous citerons sans les décrire les traits fondamentaux de ce type de personnalité : orgueil, méfiance, fausseté du jugement, inadaptabilité sociale. La psychorigidité, l’hypertrophie du Moi et la susceptibilité viennent souvent s’y ajouter.

Le système paranoïaque de ces sujets recouvre en fait une lutte contre une dépendance ambivalente et angoissante à la mère, dont ils n’ont été, enfants, que des compléments narcissiques. Personnalités prégénitales, ils se défendent contre leurs désirs passifs, leur homosexualité inconsciente et la dépression sous-jacente. Ils se veulent lucides, logiques, actifs, sans fantasme conscient. Ils utilisent la projection comme mécanisme de défense. Sthéniques et vindicatifs, ils ont recours à la procédure et à la loi de façon obstinée, malgré souvent une conception unilatérale du droit.

E. Kretschmer a individualisé un autre aspect du registre paranoïaque sous le nom de paranoïa sensitive au cours de laquelle les affects sont ressentis douloureusement, avec inhibition, insatisfaction et souffrance dans toutes leurs relations.

Nous envisagerons les formes des organisations paranoïaques en étudiant l’ensemble des délires.

Le registre schizophrénique

Nous ne ferons pas ici la description clinique des psychoses schizophréniques, ni des discussions diagnostiques auxquelles elles ont donné lieu, renvoyant aux nombreux travaux des cliniciens en la matière. Nous nous efforcerons plutôt de dégager la spécificité du mécanisme de ces psychoses et de montrer l’ampleur des désorganisations du psychisme de ces personnes.

Le mécanisme schizophrénique

Il ne semble pas y avoir l’équivalent d’un caractère prémorbide comparable à ce que l’on observe pour la paranoïa. On a bien noté un caractère schizoïde, fait d’introversion, de froideur, de repli sur soi, mais sans évolution pronostique systématique.

Par contre, la notion de processus avec ses réactions aux événements de vie prend toute sa valeur dans l’éclosion de cette psychose.

Face à la diversité des symptômes et des critères pour définir la schizophrénie, P.C. Racamier apporte dans l’étude de cette psychose une contribution éclairante pour la compréhension théorico-clinique et la conduite des soins consacrés à ce type de patients, avec ou sans divan. Pour lui, ce qui spécifie la schizophrénie, c’est l’existence de trois vecteurs réunis sous le nom de triade paranoïde : influence, effluence et diffluence.

« L’influence désigne ce qui, venant du dehors, pénètre et agit en force à l’intérieur.

L’effluence ce qui, venant du dedans pénètre et agit en force à l’extérieur.

Et la diffluence ce qui diffuse, interpénètre et agit en force entre le dehors et le dedans dans quelque sens que ce soit. »

Cette notion va au-delà de la simple distinction entre le Soi et le non-Soi, et de la perte des limites du Moi de Federn.

Cette triade s’applique à toutes les formes et à tous les niveaux de la vie psychique : fantasme, angoisse, vécu, pensée, délire, agir.

Les mécanismes en jeu correspondent dans le premier cas à une identification introjective ; dans le deuxième cas à une identification projective (ou projection identificatoire) ; et dans le troisième cas à une identification adhésive.

P.C. Racamier a insisté sur l’importance des dénis dans la schizophrénie, en particulier du déni des origines avec le recours au fantasme d’auto-engendre-ment. Et aussi sur la notion de paradoxalité au cours de laquelle des propositions incompatibles et inconciliables sont renvoyées l’une à l’autre de façon indéfinie et indécidable. Exister consiste alors à ne pas exister, jusqu’à aboutir au vertige de l’inanité. Il a aussi proposé la notion d’incestuel à l’œuvre dans la problématique psychotique, surtout centrée sur le versant narcissique, différente de l’évolution œdipienne névrotique.

Les désorganisations schizophréniques

Dans le groupe des schizophrénies, la décompensation enclenchée par le processus persiste de façon progressive. Alors que, dans la paranoïa, la constitution d’une organisation défensive serrée tentait une restauration du lien objectal, ici les positions défensives sont glissantes et, malgré le foisonnement symptomatique, incapables d’enrayer efficacement le bouleversement des différentes fonctions de l’appareil psychique. Cela ne signifie pas pour autant que les troubles soient définitifs et incurables.

Mais ils lancent un défi redoutable aux soignants. Les psychanalystes chevronnés qui se sont attachés à traiter ces patients l’ont bien mesuré lorsqu’ils ont été confrontés à leurs positions contre-transférentielles face au transfert massif dont ils étaient les cibles. Les stratégies varient selon les diverses modalités d’entrée dans la maladie et l’apparition ultérieure des symptômes touchant les différentes fonctions psychiques.

Il n’est pas dans notre propos de fournir un catalogue des signes observés. L’étude :

■ du fonds mental ;

■ de l’affectivité et de l’humeur ;

■ de l’action ;

permet de décrire ces symptômes d’observation classiques et de les rassembler en quelques formes cliniques. Citons ainsi :

■ les troubles du cours de la pensée et de ses contenus, l’automatisme mental, les troubles du langage pouvant aller jusqu’aux néologismes et aux glossolalies ;

■ la discordance entre l’humeur et son expression, avec de l’indifférence, un repli autistique, de l’ambivalence, des rires en apparence immotivés ;

■ la perte de l’initiative motrice avec de l’inertie, de la passivité, mais aussi du négativisme, des stéréotypies, l’alternance d’akinésie et d’impulsions violentes pouvant aboutir à des conduites auto – ou hétéro-agressives extrêmement graves.

Disons auparavant que, dans la famille du groupe des psychoses schizophréniques, on a décrit principalement :

■ l’hébéphrénie simple, où prédomine la désorganisation schizophrénique, caractérisée par le fléchissement des sources de la vie mentale, et par ce que P. Guiraud dénommait l’athymhormie, terme qui distingue l’anhormie, l’athymie, l’inertie, la désintégration du Moi et les altérations du cours de la pensée ;

■ la catatonie, avec un état stuporeux et conservation des attitudes ;

■ la psychose paranoïde où sont fortement impliqués hallucinations et délires. Et parmi toutes les autres formes décrites, nous mentionnerons l’héboïdophrénie de Kahlbaum au cours de laquelle un sujet jeune présente, outre des phénomènes dissociatifs, des troubles de l’humeur, de l’impulsivité et un comportement de type psychopathique avec des incidences médicolégales qui font osciller ces personnes entre psychiatrie et prison.

La question qui va nous retenir maintenant est celle des délires.

Délires

Perturbations globales, aiguës ou chroniques des fonctions de la pensée, les idées délirantes ont été considérées sinon comme des tentatives de guérison, du moins comme des essais de reconstruction plus ou moins réussis, face à l’angoisse existentielle, pour rebâtir l’univers et le rendre plus vivable.

Caractéristiques des délires

Lorsque les idées délirantes s’organisent, elles aboutissent à un délire, systématisé ou non, entraînant une conviction inébranlable.

Pour ce qui est des délires chroniques, c’est-à-dire persistant au-delà de six mois, on les définira par :

■ leurs thèmes ;

■ leurs mécanismes ;

■ et leur structure, ce terme étant pris ici dans un sens restreint aux délires, ne remettant pas en discussion la structure psychotique générale fixée.

Les thèmes délirants sont multiples, et plusieurs peuvent coexister chez un même sujet. Nous ne ferons que citer : des thèmes de persécution, de préjudice, de jalousie, de grandeur, de filiation, hypochondriaques, mystiques… Associés à une exaltation dysphorique de l’humeur, ces thèmes aboutissent à une conduite passionnelle de revendication, de quérulence procédurière, d’idéalisme passionné, d’érotomanie.

Les mécanismes peuvent être :

■ interprétatifs, avec une extension progressive ;

■ hallucinatoires avec des hallucinations visuelles, auditives, olfactives, cénesthésiques ;

■ intuitifs ;

■ ou imaginatifs.

Quant à leur structure, on a décrit :

■ une structure paranoïaque où le délire, surtout interprétatif, est communicable et compréhensible et concerne un secteur initialement limité et va s’étendre progressivement en réseau, mais avec conservation de l’intégrité intellectuelle en dehors des thèmes prévalents ;

■ une structure paranoïde où le délire est incommunicable et incompréhensible, envahissant toute la psyché ;

■ une structure paraphrénique, correspondant aux paraphrénies décrites par Kraepelin avec ses variétés : systématiques, expansives, confabulantes et fantastiques, correspondant aux psychoses hallucinatoires chroniques. Ici le délire, incommunicable et incompréhensible, coexiste avec une partie logique adaptée à l’environnement et à la réalité.

Aux confins de la psychose

Avant de clore ce chapitre, nous évoquerons certaines questions tournant autour de la problématique psychotique et qui font l’objet de discussions. Nous ne pourrons évidemment pas développer les travaux s’y rapportant et ne ferons qu’indiquer des pistes de réflexion et de recherche engagées par différents auteurs.

Déni de grossesse

Défini comme le fait pour une femme enceinte de n’avoir pas conscience de son état parfois jusqu’à l’accouchement, le déni de grossesse est un symptôme troublant, pouvant toucher non seulement des parturientes connues comme psychotiques, mais aussi d’autres femmes pour lesquelles cette dissimulation inconsciente est une surprise. Ce déni de la réalité ne relève pas d’une structure univoque, mais nécessite une étude particulièrement attentive, notamment en raison des répercussions sur l’avenir de l’enfant, objet d’un investissement aussi atypique.

Transsexualisme (ou syndrome de H. Benjamin)

Il s’agit là d’une conviction inébranlable pour un sujet d’appartenir à l’autre sexe que celui qui lui est attribué. Ce trouble de l’identité sexuée, qui pouvait être considéré comme confinant au délire, n’est plus assimilé en France à une maladie mentale depuis 2010. Il s’accompagne de souffrance et est sous-tendu par une demande opiniâtre de réassignation avec transformation corporelle et rectification d’état civil. Le traitement en est complexe et demande un suivi rigoureux. Il ne peut être entrepris que par une équipe collégiale pluridisciplinaire expérimentée, apte à répondre aux multiples problèmes soulevés : hormonaux, chirurgicaux, psychologiques, légaux, éthiques, déontologiques. Il persiste encore des divergences entre les auteurs qui veulent mener une telle entreprise de longue haleine.

Phénomènes transgénérationnels

Initialement dans Totem et Tabou (1913), Freud a fait état d’une hérédité archaïque venue du fond des âges. L’événement important et fréquent était le meurtre du père de la horde primitive que les enfants avaient assassiné et – selon la coutume – dévoré. Les traces persistantes de ces événements sont décelables chez les descendants sous différentes formes : rituels de théophagie, de rêves cannibaliques ou d’explosions délirantes. C’est ainsi qu’un jeune étudiant en plein délire, alors qu’on insistait pour qu’il mange la viande de son repas, s’exclama « Mais vous ne voudriez tout de même pas que je mange mon père ». Cette équation symbolique saisissante est à mettre en rapport avec un fantasme inconscient et universel de dévoration.

Plus près de nous, parmi ceux qui ont étudié les phénomènes de transmission de la vie psychique entre générations, on relève les travaux de :

■ H. Faimberg sur le télescopage des générations et la généalogie de certaines identifications ;

■ M. Enriquez sur le déni en héritage et l’incidence du délire parental sur la mémoire des descendants ;

■ G. Bayle a proposé une constitution transgénérationnelle des clivages, distinguant au-delà du refoulement un clivage fonctionnel des parents et un clivage structurel des enfants qui s’identifient par collage aux parents, mais sans percevoir eux-mêmes les causes profondes, non dites, d’une souffrance inélaborable, et les amenant à constituer un faux self ou un délire ;

■ J. Guyotat s’est intéressé aux rapports entre processus psychotiques et filiation. Distinguant en particulier filiation instituée et filiation narcissique, cette approche montre bien comment des événements vécus à d’autres générations peuvent constituer des inclusions dans le psychisme de l’individu, mettant en cause les limites du Moi et liant ainsi filiation et psychose.

Psychoses de haine

Est-il justifié de nos jours de s’interroger sur les causes obscures de certains comportements pathologiques collectifs dramatiques, sources d’indicibles tragédies, allant à l’encontre de la lente évolution qui conduit l’humanité de la nature à la civilisation ?

Partant des découvertes concernant la psychologie et la psychopathologie individuelles, Freud a élargi ses réflexions à la psychologie collective dans un certain nombre d’ouvrages comme « Psychologie collective et analyse du moi » (1921), « Malaise dans la civilisation » (1930), « Moïse et le monothéisme » (1938). Il est impossible d’apporter une réponse satisfaisante à un problème aussi complexe. Tout au plus, est-il possible d’entrevoir des troubles de type psychotique chez certains meneurs charismatiques dont l’influence hypnotique sur des foules subjuguées et fanatisées aboutit à des désastres. Le rite du bouc émissaire, autrefois institué pour purger la société sans avoir recours à des sacrifices humains, se trouve dévoyé pour s’en prendre projectivement à une collectivité désignée comme responsable des souffrances ressenties.

Les conséquences d’une telle attitude aboutissant à l’extermination systématique de groupes humains, sont dans toutes les mémoires, qu’elles aient eu lieu en Europe ou dans toutes les parties du monde (Afrique, Asie…).

Cette violence haineuse est à différencier de ce que J. Bergeret a décrit dans ses recherches sur la violence fondamentale, exercée sans haine selon la formule « lui ou moi ».

On peut espérer que les réels progrès enregistrés depuis plus d’un siècle dans la connaissance de l’esprit humain seront étendus à la psychopathologie collective et contribueront à atténuer la souffrance et le malheur des hommes.

Il est peut-être permis d’en rêver.

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