2) L’ordre phallique et la signification

L’ordre phallique organise la signification névrotique, au sens large, y compris dans le social, par son effet de localiser la jouissance. Il s’agit d’un repérage implicite, tacite, mystérieux sans être énigmatique, permettant à la névrose de décliner son discours, via le désir, de l’articuler. L’ordre phallique dérive directement de la métaphore paternelle névrotique.

La psychose, orpheline de cette métaphore, n’aura comme alternative que deux options : l’énigme pure, la perplexité, l’irruption délocalisée de la jouissance ou bien, l’organisation d’un ordre parallèle, métaphore délirante, elle-même pourvoyeuse d’un ordre et d’une distribution des valeurs. Tous ces éléments ont été abordés précédemment, et ne seront pas repris ici, pour consacrer cette partie aux conséquences des effets de structure en jeu.

En effet, dans la clinique différentielle, deux modalités expressives peuvent apparaître : un gel de l’expression phallique dans la névrose, et une pseudo-expression phallicisée dans la psychose.

a/ Dans la névrose

Le phallus « donne la raison du désir » et désigne « dans leur ensemble les effets de signifié » pose Lacan (94).

Si bien que le phallus constitue un ordre, une organisation désirante couplée à ses interdits, et que cet ordre permet la signification névrotique. L’ordre phallique imprime une logique, dégage des principes qui, s’ils sont propres à chaque sujet, s’articulent en un ensemble structuré, ensemble déterminé par le phallus.

Ainsi, l’organisation névrotique se fonde d’un objet inconsistant, le phallus, et décline de façon métonymique des tenants-lieu phalliques, comme autant d’insatisfactions à venir. Ces objets métonymiques du désir, les objets phalliques, viennent à la place. Et, si la métonymie règle leur rapport au phallus, la métaphore règle leur agencement. En effet, le discours névrotique, organisé par ce jeu de substitutions, vaut pour un autre discours, inconscient, réglé par le désir. La métaphore paternelle préside à ce jeu de substitutions, induisant le refoulement. Ainsi les valeurs du discours sont des substituts d’autres valeurs refoulées. Cela comporte deux conséquences : d’une part, une révélation, par interprétation de la métaphore, par sa lecture, est toujours possible et, d’autre part, le sujet peut s’entendre dire, se surprendre, ou être surpris par la parole d’un autre qui dégage le sens derrière le sens. Ainsi, l’organisation phallique de la signification aura comme corollaire la possibilité pour le sujet névrotique de s’engager dans une interprétation métaphorique de son propre discours.

L’élaboration névrotique s’accompagne de ce travail de découvrement d’un sens derrière le sens. Cela peut concerner tout symptôme, et même certains délires névrotiquement structurés. En phase dite de critique du délire, le sujet névrosé, non seulement pourra adopter la posture de désavouer les contenus du délire (ce qui se voit dans la psychose, et qui correspond au passage à un autre repérage lui-même délirant), mais aussi le sujet dégagera un sens métaphorique du délire lui-même. On le voit, cette interprétation métaphorique nécessite l’articulation à une Autre scène (l’inconscient), munie des caractéristiques décrites plus haut (assomption, responsabilité), sous-tendue par un ordre désirant phallique, apte à produire de la signification.

D’autre part, une signification renvoie toujours à une autre signification. Le fait qu’une signification renvoie toujours à une autre signification vient de la nature même du phallus, de n’être pas spécularisable, de représenter la pure et nécessaire absence. Comme la signification est réglée par lui, et qu’il ne se montre jamais en sa réalité, la signification tourne indéfiniment autour de ce creux. Et ainsi, une signification ne peut que renvoyer à une autre signification, qui elle-même renvoie à une autre, sans qu’une butée dernière n’apparaisse possible. La névrose exclut la possibilité d’une signification dernière, toute tentative d’y déroger ne consistera qu’en une vaine tentative de rationalisation, vite balayée par la dialectique. Cette articulation des significations entre elles fondent la dialectique comme donnée différentielle essentielle entre névrose et psychose : dans la névrose, tout est dialectisable, contrairement à la psychose qui s’étaye sur une signification dernière fondée par la para-métaphore délirante.

Enfin, l’ordre phallique reste pure organisation implicite, et, comme nous l’avons vu, tout sujet prétendant déterminer précisément et définitivement la signification de ses désirs est soit idiot (défendu) ou bien psychotique (avec ici en contre-point, son intelligence). La structure ne se positive pas, elle persiste secrète et inattendue, donnée supposée mais non-objectivable, pour n’être présente que par ses manifestations. Cela fonde, dans la névrose, la position subjective, qui est reconnaissance d’un ordre masqué présidant au désir. En clair, la position subjective découle de la reconnaissance implicite de l’Autre scène, d’un ordre du désir qui invite, le sujet à supposer la possibilité de raisons méconnues à son mouvement désirant.

Après cette reprise de quelques éléments rendant compte de certaines particularités de la signification névrotique, examinons un cas ou ces particularités n’apparaissent pas : la névrose muette. Ce que nous nommons ici névrose muette recouvre, sur un plan structural, ce que Marty et M’Uzan ont fondé sous le vocable de « pensée opératoire ». Ces sujets, névrotiques, cloisonnent leur psychisme de façon étanche, de façon à interdire toute expression désirante, toute émergence désirante, par une censure énergique et impitoyable. Le désir est annulé, combattu, il est noyé sous les « opérations » de la pensée, opérations concrètes, pragmatiques, fonctionnelles. Mais, et c’est un point fondamental, ne pas dégager de critères positifs de la névrose ne permet pas de conclure à la psychose. Il faudra pour diagnostiquer une psychose dégager les critères positifs de psychose. En clinique structurale, il n’est pas justifiable de conclure à une structure sur l’argument unique de l’absence de critères positifs de l’autre structure. Seuls les critères positifs d’une structure permettent le diagnostic de cette structure. Cette démarche est à l’opposé du diagnostic différentiel par élimination. Cette position sera atténuée en conclusion : l’absence de plusieurs points essentiels d’une structure ne doit pas faire persévérer trop longuement dans une incertitude diagnostique : il convient de s’engager dans un travail thérapeutique balisé, quitte à accepter par avance la possibilité d’un revirement diagnostique. Cette situation, la plus difficile au plan thérapeutique, nécessite un aménagement thérapeutique laissant l’ouverture au revirement, tout en comportant les garanties suffisantes pour le sujet de ne pas s’aggraver. En cette occurrence, le déclenchement de la psychose chez un sujet en grande souffrance n’est pas forcément néfaste : cela peut permettre un travail psychothérapique de qualité (il ne s’agit pas là d’une méthode systématique).

La dépression de l’humeur, qu’il s’agisse de lâcheté morale, de dépression narcissique ou de mélancolie, raconte le déclin de la signification et l’évanouissement du phallus comme valeur. Plus de désir, plus de sens. Mais, par son insistante négativité, le phallus reste une valeur logique organisatrice, et le « j’ai goût à rien » (ce qui est déjà beaucoup et très significatif, ce goût du rien comme désir d’absolu), ce « goût à rien » désigne le quelque chose manquant, le « goût à quelque chose ». Ici, le phallus et la signification phallique se positivent de leur absence, en ce qu’ils maintiennent les représentations du sujet en rapport les unes avec les autres. L’absence, évoquée comme point central du discours, montre le caractère organisateur de l’absence-même, et par conséquent le caractère organisateur de ce qui est absent.

b/ Dans la psychose

Dans la psychose, l’ordre n’est pas phallique, et l’ensemble de ce que nous avons décliné quant à la névrose ne sera pas exprimé. Le sujet, non-arrimé à la logique phallique, oscillera entre deux pôles :

— la perplexité face à un social énigmatique, où le sujet est traversé de fulgurances signifiantes ou d’éléments délocalisés de jouissance, n’ayant comme ultime ressource que le gel psychique, la réduction et le blocage des signifiants.

— et la création d’un néo-système, d’un ordre dit « de suppléance », organisant sa jouissance et articulant les valeurs, nommé délire, suppléance ou paramétaphore.

C’est particulièrement à la suppléance psychotique que nous allons nous intéresser, sachant que ce que l’on nomme suppléance n’est jamais qu’un délire « socio-compatible », autrement dit n’apparaissant pas manifestement comme phénomène délirant. En effet, nous l’avons dit, un délire peut consister en un ensemble strictement « normal » en son aspect, pour ne pas dire hyperconforme. Ces suppléances, ou paramétaphores, en lieu et place de la métaphore paternelle, doivent donc être distinguées d’une métaphore névrotique sur quelques critères précis, autre que la bizarrerie des croyances ou l’anomalie des perceptions. Ainsi, en toute rigueur, l’abord structural de la clinique obligera à cette discipline de ne pas se contenter de la présence d’un « délire sémiologique » pour conclure à la psychose. Là encore, seule l’organisation interne du discours permettra de trancher.

La signification dernière et l’impossible dialectique

La signification phallique de la névrose comporte cette particularité spéciale : la signification renvoie toujours à une autre signification. Le phallus n’étant pas spécularisable, sa raison ne vaut que comme signifiant du désir, sans céder à la capture précise par le signifiant. Cela maintient la signification en ligne de fuite, et garantit le sujet contre toute réduction dernière à une signification ultime.

Dans la psychose, ce jeu des places vides est impossible, la signification s’impose dans le délire, si ce n’est le néologisme : une révélation bloque la perplexité en une raison solide, une cause déterminée, un absolu. Maleval pose que « la majeure partie du délire psychotique ne déploie pas une signification qui renvoie à une autre signification » (121). La signification néologique organisera la trame du délire, à la façon d’une certitude présente à la conscience. La psychose permet une spécularisation de l’origine du sens, une objectivation, un socle explicite au discours.

Il s’y établit donc une signification dernière, qui ne renvoie à aucune autre, ayant valeur de certitude, annulant par là-même tout effet dialectique. En effet, la dialectique implique un jeu possible du renvoi des significations les unes aux autres, dans l’optique de leur mise en perspective, de leur discussion.

La structure du délire propose un système sans zone d’ombre, du moins en ce qui concerne les fondations du discours, fondations qui correspondent au « postulat fondamental ». Ceci étant, certaines zones d’ombre peuvent consister simplement en l’inachèvement de la recherche du délirant, sans remise en cause pour autant de la base structurale. D’autre part, de nombreuses zones de flou des délires relèvent d’une dissimulation liée à la réticence et, pourquoi pas, a une sorte de pudeur. En ce qui concerne les « zones d’ombres » du délire, le travail du clinicien sera justement de les souligner, afin de faire relance à la recherche. Cette injonction de lacunes de sens dans le délire jouera le rôle du phallus dans le discours névrotique : cela impliquera une continuation du travail discursif. Cette relance renforcera le délire, et le rendra plus socio-compatible.

Le pendant obligé de cette organisation de la signification réside dans le caractère explicite de l’organisation structurale : le sujet se détermine et s’objective en un fonctionnement psychique, une place, une mission, dont tous les ingrédients lui sont connus. À la différence d’une rationalisation névrotique qui cède toujours par l’exercice du discours, le caractère explicite de la structure délirante tendra à se renforcer, à s’organiser et à s’affiner, sans pour autant se dialectiser. Ce caractère explicite s’oppose à toute subjectivation, au profit d’une authentique objectivation de la cause du discours : pas de position subjective décelable dans la psychose.

Ainsi, quelle que soit l’allure générale du discours, son supposé rapport au « principe de réalité », autrement dit quels que soient au plan phénoménologique les indices de délire, au plan structural, la preuve d’un délire psychotique ne pourra se faire que sur la base de cette signification dernière, vers laquelle le clinicien est possiblement orienté par les autres critères, tels l’absence de position subjective, l’absence de dialectisation, le caractère explicite de la structure. De fait, une telle recherche ne doit pas prendre en compte, si l’on reste rigoureux, l’allure vraisemblable ou non du discours, sa compréhensibilité, sa dimension socio-compatible. Mais, le discours, aussi fou soit-il en apparence, devra être relu à la lumière de ces critères. Un délire névrotique sera de cette façon distingué d’un délire psychotique, de même qu’un discours apparemment très conforme pourra démontrer sa nature psychotique.

Exemples :

Le signifiant phallique dans la psychose

Si le signifiant phallique n’organise pas la signification dans la psychose, il peut néanmoins se loger en son discours, d’une autre manière : comme simple élément, ou comme réalisation de l’être. En ce sens, il peut apparaître abusif d’user d’une appellation telle que « signifiant phallique » dans la mesure où cette dernière devrait comporter l’exigence d’une non-spécularisation et d’une valeur organisatrice. Ces deux caractéristiques permettent à elles seules de différencier la valeur opératoire ou non du signifiant phallique. Nous dirons donc que certains signifiants dans la psychose peuvent ressembler comme deux gouttes d’eau au signifiant phallique, là où ils n’ont qu’une place d’éléments de discours.

Nous reprendrons ici assez simplement les choses au niveau de ce double aspect de la logique phallique : la dialectique de l’être, et celle de l’avoir.

Être le phallus représente une aspiration subjective que nous avons déjà examinée. Si cette aspiration butte sur son irréalisation dans la névrose, de même que toute approche d’une telle place propulse le sujet vers l’état d’angoisse le plus franc, la posture psychotique peut y trouver sa solution. Incarner la valeur phallique constitue une solution économique qui contourne la forclusion : un tel aménagement se repère facilement dans « le pousse à la femme » du transsexualisme masculin. Le sujet incarne La femme, en tant que cette dernière constitue une valeur phallique par excellence, dans le déploiement des équations logiques dont nous avons déjà parlé : équation du phallus équivalent à l’enfant, à la femme, etc.

Telle patiente, séductrice, presque provocante, qui nous dit : « Je suis la mode exactement, tous les ans, exactement la mode, parce que j’aime la mode.

Être belle, c’est important pour moi, mais les hommes cherchent des trucs pas catholiques, moi je ne veux pas de ça… » D’ores et déjà, cette patiente dit, explique suivre exactement la mode, elle ne s’y repère pas, n’apprécie pas plus la mode de telle année ou moins celle de telle autre : elle suit la mode. Il s’agit d’une coalescence précise, d’une mise en conformité avec l’image féminine que véhiculent les magazines. Elle poursuit : « les hommes ne comprennent pas que je fais ça pour moi, ils ne me laissent pas tranquille, je suis comme le bijou, oui, le bijou, comme une chanteuse ou une actrice. Je suis très féminine, totalement féminine ». Elle porte un bijou en forme de diamant autour du cou, « le bijou », suppléance idéale. Cette courte articulation de discours pose un signifiant d’allure phallique, le bijou, la féminité, mais la psychose se décèle ici en quelques points :

— La patiente incarne la valeur phallique

— La valeur phallique n’est pas primaire, mais secondaire, comme solution,

— La valeur phallique n’organise pas la signification mais définit l’être,

— La valeur phallique n’organise pas le désir mais le solutionne,

— La valeur phallique est spécularisée sous la forme de la patiente elle-même.

Malgré l’apparence grossière, pas d’interrogation du désir ici mais affirmation identitaire. Et, là où j’avançais que cette patiente était séductrice, j’aurais dû dire séduisante. Ceci étant, il existe des organisations psychotiques qui, dans le cadre de cette identification phallique, appellent le partenaire sexuel pour valider l’aménagement. Certains cas d’homosexualité masculine, sans transsexualisme, correspondent à ce mouvement, où incarner le signifiant du désir sexuel de l’Autre vaut comme identification phallique. Là encore, le désir n’est pas interrogé mais est strictement validant. Le désir masculin, phallique, vaut comme garantie.

En cela, il s’agit d’une identification imaginaire au phallus, identification coalescente, avec spécularisation idéale du phallus.

Avoir le phallus, autre mouvement dialectique que notre patiente précédente pouvait aussi déployer : « J’aime mes enfants, je suis la mère de mes enfants, ils me manquent, être femme c’est aussi être mère, et moi je suis la mère de mes enfants… » Les enfants ici valident une posture maternelle articulée à la féminité, comme attribut supplémentaire de maternité, attributs validants plus que signifiants, pris dans la logique phallique du désir d’enfant. Telle autre patiente évoquant l’équitation et sa passion des chevaux : les chevaux, dans cet exemple précis, faisaient supplément à une logique de suppléance qui aurait pu se passer d’eux. La valeur phallique apparaissait non pas comme organisatrice de la signification mais comme valeur illustrative, complémentaire, d’une logique délirante première. Cette même patiente expliquait par ailleurs qu’elle était « comme un cheval », se nourrissant exclusivement de crudités, ressentant en son corps la sensation d’être cheval. Le principe de cet attachement apparaissait principalement dans l’identification au cheval, sans décalage. D’autre part, l’activité consistant à soigner les chevaux, à s’en occuper, réalisait l’inscription sociale. Double mouvement donc, d’une identification et d’une activité, hors toute position subjective. L’équitation ici faisait suppléance.

Le phallus pris dans la chaîne signifiante doit donc, pour consister en une valeur névrotique, déterminer la signification. Dans le cadre de la psychose, cette valeur n’organise pas la signification, la signification étant organisée par un tout autre système. Mais, la valeur phallique y apparaît complémentaire, ou validante, si ce n’est comme identification coalescente.

La valeur phallique complémentaire, comme élément signifiant non pas organisateur mais accessoire, invite à la création d’un néologisme, faute d’un signifiant adéquat de notre lexique, qui est celui « d’accessoirité » du phallus dans la psychose. Cela rend compte de la forclusion de la signification phallique et d’une contrainte logique à ce que le phallus y apparaisse comme accessoire. Cette accessoirité du phallus ne serait pas une modalité exclusive, puisqu’un aménagement parallèle reste possible : l’identification coalescente au phallus, qui est une identification imaginaire, et qui n’articule en rien la signification phallique pour la contourner paradoxalement en l’incarnant.

L’adhésion aux archétypes

J’ai décrit ailleurs le cas de cette patiente toute dévolue à l’entretien de son appartement, si bien que sous l’aspect de la ménagère modèle, la psychose pouvait rester fort discrète (21). « Chez moi, c’est propre, il faut que ce soit propre, j’ai un bel appartement, je fais bien mon ménage… » explique-t-elle, comme raison profonde de son existence. Effectivement, elle nettoie énergiquement et décore sans relâche cet appartement qui apparaît à la fois comme double narcissique (la patiente déclinant le « je suis propre, il faut se laver » au même titre que « il faut que ce soit propre ») et comme partenaire exigeant (son véritable maître). Ici encore, les décorations viennent s’ajouter et compléter non pas comme valeurs phalliques mais comme éléments supplémentaires, accessoires. Et là où la patiente se réalise en une activité trépidante de nettoyage et d’entretien, à aucun moment elle ne peut se décaler en rien, ni repérer ou produire du symptôme. Il ne lui est en rien possible de relativiser son activité, d’en plaisanter, d’y repérer une division subjective. « Il faut faire le ménage » résonne comme injonction et comme garantie d’une articulation pacifiée à l’ordre signifiant. Nous pourrions dire que sous couvert de cette activité, véritable activité délirante d’allure normale, elle adhère aux archétypes classiques, bien que surannés, de la bonne ménagère. Elle s’identifie parfaitement, de façon coalescente, sous la forme d’un imaginaire collabé, sans aucun jeu de décalage ni aucune articulation symbolique. Cette activité ne la relie en rien à sa propre mère, par exemple, qui elle aussi faisait le ménage, ou au contraire ne le faisait pas. Ainsi, par le biais de cette adhésion aux archétypes, la patiente semble s’articuler avec un réseau de significations évocateur de la signification phallique, là où en réalité elle se sauve du chaos grâce à cet aménagement reposant strictement sur le postulat : « il faut que ce soit propre ».