A/ Projet général

Le structuralisme a pu constituer la référence obligée de diverses disciplines, telles la linguistique, l’anthropologie, la sociologie, la psychanalyse. Cela reste en partie vrai.

La psychiatrie, et le champ plus général de la psychologie, fortement imprégnées de psychanalyse, étayaient, il y a encore quelques décennies, une part conséquente de leurs discours sur la pensée structurale.

Or, par différents effets, liés d’une part à certains excès dogmatiques, et de l’autre à une mutation culturelle progressive instituant l’expérimentation scientifique comme seule garantie de la validité des discours, le structuralisme peut en venir à apparaître littéralement obsolète au sein des champs psychiatriques et psychologiques.

En effet, l’athéorisme résolu des courants actuels nécessite d’exclure l’observateur de la structure de l’échange, dans un but d’objectivité, si bien que l’échange par lui-même disparaît de l’élaboration déductive qui suit la rencontre ou l’expérimentation. Il en résulte une logique syndromique, assemblant les phénomènes observés sur la foi de la fréquence significative de leur assemblage.

L’échange, et les valeurs circulant dans cet échange, sont gommés, ce qui produit un certain type de discours dit scientifique.

Avec le structuralisme, un autre discours vient, non pas compléter, mais s’associer au précédent : il s’agit de considérer que les phénomènes dit humains n’apparaissent que par l’échange, et que cet échange est un phénomène de langage.

L’objectif de ce livre est d’opérer une synthèse, afin d’examiner ce que recouvre le structuralisme, puis ce que le structuralisme peut apporter à la réflexion sur la constitution de la personnalité comme sur la genèse des « maladies mentales ».

Enfin la troisième partie proposera une critériologie pouvant faciliter ou orienter, le diagnostic différentiel névrose psychose.

Le diagnostic différentiel névrose-psychose peut, en effet, être des plus complexes. La logique syndromique, attachée aux recensements des expressions symptomatiques, n’examine pas la fonction de ces expressions. Or, il est possible, dans une optique structurale, de poser un diagnostic de structure sans prendre en considération les symptômes, mais uniquement le mode d’articulation des valeurs au sein du discours. Cela oblige à recentrer les définitions des termes « névrose » et « psychose », dont les sens respectifs n’ont cessé d’évoluer (17).

Ainsi, cet ouvrage s’adresse au clinicien, pour lui proposer une orientation possible de sa conception de la clinique. Le ton de l’ouvrage est délibérément didactique, et cela tient à ses origines : sa formulation est issue d’une activité d’enseignement auprès des internes en psychiatrie et des étudiants en psychologie.

Ce ton, par ailleurs, est probablement celui qui, intérieur, m’a personnellement aidé à penser la clinique.

Au cours de ma propre formation, j’avais tiré un grand bénéfice de la lecture d’un livre de Jean Bergeret, intitulé « Psychologie pathologique », qui reprenait de manière simple, mais malgré tout fidèle, les grandes notions issues de la psychanalyse applicables en clinique. Ce livre reste pour moi un modèle du genre, genre auquel je me suis donc frotté avec cet ouvrage qui ambitionne de marcher sur les traces du travail de Bergeret, mais avec un abord structuraliste et lacanien résolu, là où le travail de Bergeret est Freudien orthodoxe et Kleinien principalement.

Enfin, une part conséquente des éléments de clinique prend son origine de l’exercice de la présentation clinique, et des discussions quelquefois passionnées qui suivaient, avec jean Delahousse, Christian Pisani, Pierre Naveau, et d’autres amis.

L’ouvrage prend son sens s’il est lu de bout en bout : il n’a pas la structure d’un dictionnaire dans lequel on pourrait puiser telle ou telle notion prélevée à un endroit ou un autre ; mais il consiste en une sorte d’itinéraire à suivre, une sorte de voyage.