7. Discussion de ce cas deux ans après68

Réponse à une intervention 1923

M. MIGNARD. – L’Érotomanie peut évoluer et peut guérir. Un malade interné par le Dr de C., présenté par lui-même, érotomane de son ex femme, a guéri de son érotomanie dans mon Service ; il a renoncé au double désir de reprendre sa femme et de se venger ; en même temps, il devenait un revendicateur, et dirigeait sa rancune précisément contre le Dr de C. Mais ce délire même a disparu. J’ignore où est maintenant ce malade.

M. DE CLÉRAMBAULT. – Le malade en question n’est actuellement guéri ni de ses idées érotomaniaques, ni de ses idées revendicatrices.

Trois de nos Maîtres l’ont expertisé, savoir MM. Briand, Sérieux et Vallon ; ils l’ont déclaré délirant, extrêmement réticent, et dangereux.

Dans mon Certificat aux fins d’internement, prévoyant qu’il y avait des chances pour que ce malade fût méconnu, j’avais eu soin de formuler : « Malade dissimulé, tenace, énergique et agressif ; très dangereux. » Je ne pensais pas alors que je serais moi-même un jour visé par ce malade ; mais je l’ai déclaré dès lors, aux assistants de ma visite, comme un des vingt ou trente délirants les plus implacables que j’aie vus. Quand je l’ai interné, il délirait depuis 3 ans ; dans l’Asile sa Psychose s’est maintenue en plateau, à peu de chose près, pendant quinze mois ; il serait invraisemblable qu’elle ait pu prendre fin en moins d’un semestre. Je passe sur bien d’autres données. Ce cas ne peut servir que ma thèse.

Le fait de concevoir des idées nouvelles, ou même un sentiment nouveau, ne prouve ici qu’une Extension Polarisée. Cette extension a eu lieu sous l’influence moins du syndrome que du terrain, et ce terrain est, en l’espèce, non un terrain évolutif, non une psychose, mais le caractère même du Sujet. Ce Sujet est paranoïaque profondément ; son érotomanie n’a pas pu modifier son caractère, ni surtout le rendre indifférent aux événements qui heurtent précisément son orgueil et sa passion. Sa haine contre l’auteur de son internement ne diminue aucunement sa haine contre son ex-femme ; l’une sort de l’autre ; le médecin est jugé un complice de la femme, comme jadis et encore maintenant les beaux-parents. Les beaux-parents, que mon confrère n’a pas entendus, m’ont fort bien défini le malade comme se forgeant continuellement de nouvelles haines, sans en abandonner aucune (sic). Grâce à ce fonds paranoïaque, il y a ceci de particulier chez l’Érotomane en question, que sa Quérulence ne mérite pas l’appellation de Fausse Quérulence, applicable au Dépit Érotomaniaque en général.

Le cas en cause pose ces deux questions : dans quelle mesure les Syndromes Passionnels semblent-ils s’appeler ? Dans quelle mesure se tolèrent-ils réciproquement ? Leur solidarité réside dans un fonds émotif commun, ou mieux dans la coexistence de leurs germes dans le caractère, sous forme des émotivités correspondantes. La présence simultanée de deux Syndromes Passionnels mériterait spécialement le nom d’association, car il y aurait entre eux origine commune et simple juxtaposition tandis qu’un Syndrome Passionnel concomitant à une Psychose plus étendue a vraiment celle-ci comme support ; la psychose prépare la voie au Syndrome (même quand ce dernier est prodromique), elle en altère l’évolution et elle décide de sa durée ; l’un des deux, par rapport à l’autre, est exactement parasite. Dans le cas où le Syndrome apparaît très longtemps avant la Psychose, il est parasite des racines de cette psychose et pour cette raison la précède à la lumière.

M. TRENEL. – J’ai été à même d’examiner tout récemment le Sujet dont on vient de parler. Je le regarde comme délirant et réticent.