12. Les Psychoses Passionnelles sont irréductibles à celles des Idéalistes Passionnés de M. Dide75

Intervention 1923

Dans mon 5e article sur les cas passionnels (S.C.M.M., juin 1923), le nom de Dide ayant été prononcé76, j’ai saisi cette occasion pour faire l’éloge de son œuvre et signaler les analogies de détail qui existent entre ses vues et les miennes. Ma réponse dialectique occupe 17 lignes du Bulletin, les éloges et la mention des analogies en occupent 12. Mon vieil ami me reproche-t-il de ne pas l’avoir cité plus tôt, et plus longuement ? J’ai plusieurs justifications à en fournir.

Lors de la parution de mes deux derniers articles (décembre 1920 et février 1921), j’ignorais totalement les conceptions de Dide ; je n’avais lu aucun compte rendu de son livre Les Idéalistes passionnés ; j’en connaissais le titre seulement ; j’ignorais jusqu’à l’existence de ses articles. La Guerre et l’Après-Guerre expliquent suffisamment ces ignorances. Je les regrette, car j’aurais cité Dide comme le plus ferme représentant des conceptions du Platonisme et de l’Idéalisme, que je combats ; j’aurais mentionné également nos analogies fragmentaires ; les mentions auraient été à leur place dans les deux premiers de mes six articles, parce qu’ils exposaient l’ensemble de mes vues. C’est là que j’ai cité Sérieux, Cap-gras, Leroy.

J’ai connu par Dide, au mois d’avril 1921, les titres de ses diverses publications, et les noms de certains de ses élèves ayant développé ses idées. J’ai lu depuis lors trois de ses articles, datant de 1913, et son livre Les Idéalistes passionnés. Je n’ai pas encore lu Les Émotions de la guerre. Je n’ai pas fait mention de Dide dans mes articles 3 et 4 (juin et juillet 1921), parce que ces articles 3 et 4 avaient des objectifs très limités.

Le caractère essentiellement clinique de notre Société impose d’avance d’étroites limites à tout exposé doctrinal ; a fortiori, la bibliographie et la controverse sont-elles exclues. Ainsi je n’ai pas encore cité la thèse de Portemer, sur l’Érotomanie, pourtant inspirée par P. Garnier (1902), ni les vues de mon maître, chef et ami Dupré, pourtant vivant et même présent lors de mes premiers exposés.

Manifestement les conceptions de Dide ne pouvaient, les ussé-je connues, ni inspirer ni même influencer les miennes. Nos bases, nos directives, nos synthèses sont constamment ou différentes ou radicalement opposées ; nous ne pouvons donc coïncider que dans des affirmations partielles. De telles coïncidence s’expliquent aisément sur les terrains biologiques et spécialement psychologiques. Dide lui-même dit s’être rencontré inconsciemment avec tel auteur étranger (Tilling).

Toutes mes affirmations touchant les Passionnels en général onp leur source dans mon analyse de l’Idéation Érotomaniaque, prise spécialement à son moment originel (premier et deuxième article, décembre 1920 et février 1921, pp. 246 et 247, pp. 62 et 63 du Bulletin). De cette analyse sont sonies les conceptions de la Triade Affective, du Postulat et de ses Dérivés ; la participation initiale de la volonté, les formes ultérieures de l’idéation, et autres données, se déduisent de cette même analyse ; elle en est la source nécessaire et suffisante. Cette analyse ne prétend pas être de tout point originale ; mais, seul fait qui importe en ce moment, elle ne figure ni dans le livre initial de Dide (1913), ni même dans son traité (1922).

Celles des assertions qui nous sont communes ou n’ont pas, dans nos deux systèmes, la même extension, ou sont soutenues par des arguments opposés, ou sont déjà res omnium. Je le montrerai dans le chapitre bibliographique de mon futur livre sur l’Érotomanie ; les conceptions de mon ami Dide y seront non pas seulement citées, mais intégralement exposées.

Mon vieux camarade et ami me menace d’une réfutation par la Clinique. Je produirai mes observations personnelles. Leur nombre surpasse, dans des proportions écrasantes, tous les cas classiques réunis ; ce qui est dû à la nature même de mon poste d’observation, et au fait que le sujet traité me préoccupe depuis 23 ans.


75 G. de Clérambault, Discussion de la communication de Dide : « À propos des psychoses passionnelles », Bul. Soc. Clin. Méd. Ment., nov. 1923, p. 261.

76 C’est en réalité au cours de la discussion de la communication suivante de M. Capgras.