15. Délire de Persécution à début Érotomaniaque79

Communication 1913

A. H. – Névropathie chez divers parents. Otite scléreuse chez le père (mais à 75 ans).

A. P. – Né à terme mais après une gestation pénible (émotions violentes de la mère durant l’occupation prussienne).

Deux traumas céphaliques graves entre 6 et 8 ans (chutes) ; deux cicatrices frontales, l’une très étendue, l’autre plus courte, mais saillante avec cal osseux sous-jacent. Après ces traumatismes, il aurait déliré. Son caractère et son intelligence se seraient considérablement modifiés ; aurait alors perdu toute sa vivacité ; serait devenu en peu de temps un écolier médiocre.

Enurésis jusqu’à 8 ans. Peu d’attaques ni de vertiges.

Somnambulisme durant l’enfance.

Epistaxis très fréquentes (3 à 4 par jour) durant l’enfance.

Échec au baccalauréat. – Engagé volontaire à 18 ans (hussards), sous-officier. Après 3 ans de service militaire, essai de vie civile : association avec son père ; il y renonce et rengage. – À 32 ans (1903) quitte le régiment pour se marier. – Mariage malheureux d’emblée. Avait été capté ; se brouille avec son père. Sa femme le tien très isolé, et elle se ruine. Pendant les 3 premières années du mariage, elle se refuse aux rapports conjugaux. Séparation de fait depuis 5 ou 6 ans.

En 1907, commis chez un entrepreneur ; son patron est extrêmement satisfait de lui ; il lui a confié la gérance d’une sorte d’annexe ou de succursale. Depuis 6 ans ; B… mène une vie solitaire, ultramodeste, et rigoureusement uniforme ; il se lève à 4 ou 5 heures, il ne parle qu’à ses ouvriers ou clients, et ne reçoit personne dans sa chambre.

Une cause ajoute à son isolement : c’est une surdité assez prononcée. Cette infirmité l’empêchait, durant sa vie militaire, de bien entendre les commandements. Il parle bas et avec un timbre un peu altéré. Il aurait alors suivi un traitement en 1912. – « Depuis cette époque, nous dit-il, je puis me moucher ; autrefois je ne mouchais jamais. »

D… semble avoir été toujours d’un caractère doux, affectueux, aimant la correction et la justice, se prêtant à la discipline avec plaisir (il est resté très militaire dans ses habitudes et ses allures), mais dépourvu d’initiative.

Idées de persécution.Symbolisme. – Ses ouvriers, autrefois très gentils, sont devenus impolis ; ils prennent des airs ironiques quand il commande, ne l’écoutent pas, ne lui répondent pas ; ils lui font des farces et des vexations. Ainsi on vient lui demander des clous alors qu’on sait qu’il n’en a pas ; il revient, et à côté de son bureau on a posé un clou. Les garçons le singent, et font des gestes qui signifient : « Tu es un commis, tu mettras comme nous une culotte de velours, et tu traîneras la voiture. »

Dans la rue, une certaine personne détourne la tête à son approche et ne répond pas à son salut.

Des gens passent sans discontinuer devant sa boutique portant les uns des melons, les autres des casquettes galonnées ; cela veut dire : « Tu as encore une place où tu es galonné, on va te mettre un melon sur la tête. »

Des hommes passent, et même des femmes, portant du bois scié ; cela veut dire : « Nous l’avons bien scié aujourd’hui. » Parfois, ils ont passé portant des voliges et repassé portant les mêmes voliges mais sciées.

Le marchand de couleurs se tient sur le pas de la porte pour signifier : « On va lui en faire voir de toutes les couleurs. » Le même marchand est à cette place le soir quand il rentre ; cela signifie : « Tu rentres, plus de grossièretés à te faire, je ferme boutique. »

Chez le boulanger des pains sont rangés sur une planche, cela signifie : « Nous avons du pain sur la planche », c’est-à-dire : « Nous tenons en réserve d’autres grossièretés. »

Des gens passent avec deux sortes de chiens : des chiens caniches tondus ou des chiens ordinaires tenus en laisse ; ce qui veut dire : « Ou en liberté et tondu, ou bien tenu et persécuté. »

On veut sa ruine : c’est un mot d’ordre de ne plus venir dans son magasin ; aussi n’a-t-il plus d’ouvriers, lui qui autrefois en avait quatre ; son patron va fermer l’annexe. Une chose le surprend extrêmement : c’est que son patron le paie davantage maintenant où il ne fait plus rien.

Personne ne lui parle ; on lui tourne le dos ; une personne qu’il connaît détourne la tête quand il la salue.

Les avanies sont continuelles, et les défilés « ne décessent pas ».

Tout ceci se déroule en silence. Il a bien entendu des bruits, mais qui n’avaient pas d’autre but que de le gêner ou de symboliser quelque chose : par exemple on secouait des tapis ou on cassait du bois avec bruit (c’est-à-dire : « Tu vas être secoué », et : « On te casse du bois sur le dos »).

Jamais, en passant auprès de lui, les promeneurs ne disent une parole ; il en est lui-même étonné ; il s’attendrait à entendre des allusions. il désirerait même en entendre, parce qu’elles l’éclaireraient un peu sur la cause de ces agissements. Mais jamais il n’a pu surprendre une seule parole. Jamais une parole, rien que des signes : « C’est un mot d’ordre de ne pas parler. »

C’est probablement en voyant qu’il ne voulait prendre ni une épouse, ni une maîtresse, que des personnes auparavant bien disposées lui sont devenues hostiles. On cherche à lui faire perdre sa place pour le punir.

Parfois, il a vu la nuit, dans sa chambre « des papillonnages sur les murs », des silhouettes d’hommes ; anxiété considérable à ces moments-là (apport toxique).

Conscience du délire.Humilité. – Une première singularité du délire de persécution chez B… c’est la conscience au moins partielle de l’inanité de ses conceptions, c’est le doute spontané au sujet de ses prétendues constatations.

Il nous a dit spontanément : « Je crois être un Persécuté. » Il a écrit spontanément : « J’ai la maladie de la Persécution, c’est évident. Maintenant me fait-on réellement des grossièretés comme je me l’imagine, c’est un cas que je ne puis trancher. Suis-je vraiment un persécuté ? Il me semble que tous m’en veulent ; mais comme je suis un être très sensible, peut-être je m’alarme sans raison… »

Souvent le doute et la conviction se mélangent ou alternent de près, comme dans ces phrases : « Pour moi, cela s’adressait à moi ; mais je ne peux pas en décider. Tel fait est certainement exact, à moins qu’à l’époque où il a eu lieu je ne fusse déjà un peu malade… Certainement j’ai dû être malade, mais d’autre part on a tout fait pour entretenir et aggraver ma maladie. »

Une dernière singularité, c’est le caractère humble du malade. Il est prêt à donner des torts ; il demande des explications pour mettre sa conscience à couvert. « Peut-être ai-je offensé des personnes sans le vouloir, et sans le savoir ; mais alors qu’on m’en parle franchement. J’ai cherché souvent à avoir des explications avec des personnes dont l’attitude avait changé ; souvent j’ai été sur le point de demander des explications aux inconnus qui s’occupent de moi. Je suis prêt à répondre à tous s’ils sont polis. »

Il semble avoir été toute sa vie enclin au scrupule. Il est soumis et respectueux. D’autre part, il s’anime aisément ; il devient facilement enjoué dans les causeries ; on ne peut pas le dire mélancolique. Il est habituellement doux et serviable. Il souffre de n’être pas entouré. On ne nous l’a dépeint ni comme orgueilleux, ni comme porté à se croire lésé. Nous ne trouvons ni dans son passé ni dans son attitude présente les marques du caractère paranoïaque.

Il s’est assez bien dépeint dans ces lignes : « J’ai la maladie de la Persécution, c’est évident… Ma maladie est le résultat de trois phases successives : chagrin, affection, maladie. Dans tout cela, il n’y a aucune chose malpropre, étant au contraire très scrupuleux et désireux que tout se passe convenablement et d’une façon honorable… Si j’ai pu faire des fautes et commettre des injustices même graves, c’est involontairement de ma part… De plus, ayant porté la tenue militaire avec plaisir, j’entrerai dans les ordres avec non moins de plaisir. »

Il nous a dit cette phrase typique : « Je peux être grossier sans le vouloir pour les passants ; je voudrais pouvoir leur serrer la main et m’excuser. » Ce n’est pas là une idée qui se rencontre souvent chez les persécutés classiques.

Phase ambitieuse. – Une troisième particularité des idées de persécution chez notre malade est d’avoir été précédée d’une idéation optimiste, ambitieuse, érotomaniaque. Enfin, son érotomanie se présente elle-même comme atypique.

Au début, c’est-à-dire vers 1908, les personnes qui s’occupaient de lui lui voulaient du bien et non du mal. Leur intention était de lui procurer une femme légitime ou illégitime. À cette époque, les ouvriers ne se moquaient pas de lui, mais ils faisaient, en lui parlant, des allusions à la possibilité d’un mariage. « Tout le monde était pour lui gentil et respectueux. »

Une jeune femme qui passait fréquemment lui souriait ; les gens du quartier désiraient qu’il l’épousât. Mais il ne pouvait l’épouser, puisqu’il n’était pas divorcé, et il aurait désiré avoir à ce sujet une explication.

Il y eut ainsi 2 ou 3 femmes qu’on voulut lui faire épouser. Des femmes surtout s’intéressaient à cette question. Quand certaines dames âgées passaient près de lui avec leur fille, d’autres femmes semblaient dire : « Choisis. » C’étaient des personnes du quartier ; il les connaissait au moins de vue. Les passants inconnus ne s’occupaient pas de lui à cette époque. Les inconnus ne sont entrés en action que tardivement ; et ce fut immédiatement dans un esprit hostile. Il nous a dit : « Les inconnus, c’est très mauvais. »

L’épisode érotomaniaque fut le suivant :

« Après mes déceptions conjugales et dans mon existence misérable, j’étais accablé de solitude et mon rêve était un foyer. Aussi me suis-je pris d’affection pour une jeune fille qui habitait dans ma maison ; à vrai dire j’étais épris aussi, mais moins, de sa sœur aînée ; et même j’étais charmé moins par ces personnes mêmes que par l’atmosphère familiale dont elles me semblaient entourées ; j’aimais leur mère presque autant qu’elles ; mon affection était filiale et fraternelle. Je n’ai jamais parlé ni aux unes ni aux autres.

« Ces jeunes filles ont semblé m’aimer ; du moins l’aînée. La cadette m’aimait-elle aussi ? il m’a semblé. Elle m’aimait, à moins qu’à ce moment déjà je ne fusse malade. J’aurais épousé l’une ou l’autre. La mère pensait à un mariage, je m’en suis souvent aperçu. Je voulais parler à la mère, non pour lui demander une des filles, mais au contraire pour l’avertir loyalement que, n’étant pas encore divorcé, je n’étais pas libre. C’était pour moi un cas de conscience. »

« Plusieurs fois j’ai fait dire à la mère, par notre concierge, que j’étais à sa disposition pour lui parler. Pas de réponse. Je n’ai pas écrit ; je n’ai pas cherché à rencontrer ces trois personnes.

« Un jour comme j’avais insisté près de la concierge, la mère me fit dire qu’elle me recevrait, mais dans la loge de la concierge. “Vous venez pour mes jeunes filles ? dit-elle. Elles sont casées. – C’est entendu lui répondis-je ; c’est terminé des deux côtés ; je vous remercie.” »

Vers 1907, B… est devenu neurasthénique. Les idées délirantes sont apparues il y a 5 ou 6 ans (1907-1908).

Ceci se passait vers 1907. De cette déception B… fait dater certains phénomènes dépressifs, et il la regarde comme une des causes de ce qu’il appelle sa maladie.

Il est évident au contraire que c’est le délire qui a engendré cet épisode. La note délirante était à cette date optimiste, ambitieuse, érotique.

Il semble bien que cette phase optimiste et érotique, ambitieuse en somme, ait précédé la phase des idées de persécution.

Envisagé comme épisode érotomaniaque, le cas ci-dessus nous apparaît comme non classique. En effet, le sujet se croit aimé de deux femmes, il n’est pas absolument sûr d’être aimé de cette qu’il aime le mieux, il est prêt à épouser l’autre, enfin il perd avec facilité sa conviction, ou tout au moins, la conservant, après une première rebuffade il n’insiste pas : il ne déclare pas, suivant la coutume, la jeune femme malheureuse, illogique, encore occupée à lui donner des signes d’amour tout en paraissant le repousser, etc. Ici encore il est modeste.

État neurasthénique. Hypocondrie morale. – Depuis 5 ou 6 ans au moins, B… supporte mal sa solitude. Ses idées sont lugubres, dit-il, et il est forcé de fuir sa chambre, ce qu’il explique par le besoin d’air. Il marche alors dans les rues, de jour ou de nuit, il dort peu et mal. « Je me couche accablé et m’endors de suite, mais une heure après je me réveille avec un besoin de mouvement, je me relève alors et me promène dans mon quartier. Autrefois je me levais de très bonne heure, comme au service, actuellement j’ai de la peine à me lever à 7 heures. Autrefois je pouvais lire et travailler la nuit ; je faisais notamment mes comptes : je ne le puis plus. Même dans le jour je ne peux plus penser : ma pensée ne se transmet plus (sic)-, je n’aboutis pas, je reste sur l’idée du début sans pouvoir avancer plus loin et ne voyant plus même où j’en suis ; en dépit de toute ma volonté, il faut quitter mon bureau. J’en suis arrivé à une extrême sensibilité qui fait que tout me surprend et me cause une impression désagréable, comme une occasion de grande fatigue. »

La difficulté de penser que B… nous signale se montre dans ses interrogatoires. Il répond tardivement et par mots isolés, ne continuant jamais dans le sens de la question et supportant toute réprimande avec douceur, mais sans effort pour mieux répondre. Sa sœur nous a dit : « Depuis son accident il a toujours eu l’esprit lent. »

Le malade n’a jamais pensé qu’on agissait sur son esprit.

Causes de cet état : surmenage, isolement et subéthylisme.

Épisode amnésique (résumé). – Le 22 février, B… après une nuit de subéthylique léger, est entré, vers 7 heures, dans une sorte d’état second qui a duré jusqu’à 11 heures. Vers 10 heures, il s’est présenté à la Préfecture de Police, demandant à être protégé. « Il est persécuté depuis 1906, et il est prêt à se suicider. Il déclare être sujet à des crises nerveuses durant lesquelles il ne sait plus ce qu’il dit, ni ce qu’il fait, en sorte qu’on ne peut pas lui tenir rigueur de tous ses actes. » – Il renseigne très exactement. – À l’Infirmerie spéciale, amnésie de cet épisode : négation de toute tendance suicide.

Cet épisode constitue un état second d’origine à la fois toxique et névropathique. Les thèmes dépressifs habituels au sujet s’y retrouvent amplifiés à l’extrême, et il s’y ajoute l’idée de suicide. Nous y retrouvons en outre nettement la tendance à l’auto-accusation : « Peut-être a-t-il commis des fautes, dans des états dont il ne garde pas le souvenir. » La croyance à une faute possible a trouvé ainsi, au cours de l’état second, sa formule la plus expressive.

Alcoolisme. – Boit 1 litre et quelquefois 1 litre 1/2 par jour depuis des années. – Troubles subéthyliques légers.

Pas d’hallucinations auditives, ce qui s’explique peut-être par le peu d’activité de ses centres auditifs (surdité).

Il juge à leur valeur ses visions et ses anxiétés, ce qui est banal. Les phénomènes sensoriels sont restés sans liens avec le délire. Pas de phénomènes cœnesthésiques.

Les conceptions délirantes ont pu être favorisées par l’alcool. Mais nous ne trouvons pas chez D… l’activité interprétative ni le degré de méfiance qui sont habituels chez les subéthyliques persécutés. Enfin la conscience du délire appliquée à tout un ensemble de conceptions serait une rareté à signaler, même pour un délire éthylique.

Composition et Modalités du Délire. – L’ensemble des conceptions est du type imaginatif, non du type interprétatif.

Le sujet a été, au début du délire, optimiste et érotomane, et non méfiant. Actuellement les persécutions dirigées contre lui sont modérées, on ne le hait pas, on n’en veut pas à sa sûreté, on respecte son domicile, le motif des persécutions est bénin et les procédés employés sont d’une extrême bénignité.

Nous ne trouvons pas chez B… le caractère paranoïaque. Il n’a jamais été, semble-t-il, ni ombrageux ni récriminateur ; il était assez accessible aux suggestions et influences.

Actuellement, il n’éprouve de haine contre personne ; il est humble, prêt à s’accuser, à s’excuser.

Il y a un lien, à notre avis, entre deux au moins de ces données. Les imaginatifs sont le plus souvent optimistes ; on le constate dans la psychologie courante, et dans le domaine délirant, ce sont surtout les conceptions ambitieuses que les processus imaginatifs favorisent. C’est pour nous un fait d’expérience. En l’espèce, notre malade a été optimiste et ambitieux (sous la forme érotomaniaque) tout au début de la maladie. D’autre part, chez les persécutés, la prédominance imaginative restreint toujours au minimum le sentiment de l’hostilité et la tendance aux réactions ; il semble que les dangers révélés au sujet par la seule imagination soient moins urgents que ceux révélés par d’autres voies ; la haine n’atteint jamais chez eux l’intensité qu’elle présente chez les Systématiques complets, ou chez les Revendicateurs. La forme du présent délire a donc été plus propice qu’un autre au développement du sentiment d’humilité ; mais elle ne saurait expliquer son existence. Ce sentiment résulte du fonds même du sujet.

Actuellement encore, il est peu méfiant. Ses persécuteurs sont nombreux, mais restent distants et discrets dans leurs procédés ; ils respectent son domicile ; ils n’ont ni chef ni organisation même élémentaire.

Leur procédé de persécution presque exclusif est le Symbolisme. Tout est démonstration occulte, mais tout se borne aux démonstrations ; les persécuteurs prennent ainsi des peines énormes pour un résultat minimum. Cet usage excessif du symbole est un des traits originaux de notre malade. L’interprétation symboliste représente la forme la plus humble de l’esprit interprétatif, celle où l’effort d’observation et de déduction est minimum : elle suppose un travail d’esprit bien plus constructif qu’analyste. La préoccupation des symboles est fréquente chez l’homme primitif, chez les personnes superstitieuses, chez les débiles.

Le mode de début optimiste, l’absence du caractère paranoïaque, la prédominance imaginative, l’emploi des symboles, l’humilité, la conscience partielle du délire, nous semblent avoir un lien causal.

L’absence de systématisation et le caractère fruste des interprétations ont également un lien causal avec ces mêmes modalités.

Ces deux derniers traits peuvent aussi, pour une certaine part, résulter de la débilité intellectuelle du sujet. Mais il ne faudrait pas vouloir les expliquer exclusivement par ce facteur, car la débilité mentale, généralement, rend extravagants et extrêmes les essais de systématisation, bien plutôt qu’elle ne les supprime.

Peut-être la gravité des persécutions ira-t-elle, dans l’avenir, croissant ; la conscience du délire disparaîtrait alors, elle n’aurait été que transitoire et initiale. Elle n’en resterait pas moins une curiosité rare.

Origines du délire. – Le délire n’est pas dû en entier à l’alcool. Une bonne part en est subjective. Pour cette part, on peut se demander si elle est la formule commune, ou si elle serait psychogène.

La thèse psychogène serait la suivante : préoccupations affectueuses du sujet développées par la solitude, concentration de son attention sur sa seule personnalité, optimisme banal, déception sentimentale, interprétations ultérieures.

Nous ne croyons pas à cette thèse. Elle n’explique ni le degré de l’erreur ni les formes spéciales de l’humeur ; elle n’expliquerait intégralement qu’une dépression mélancolique. Ici comme dans les cas habituels du délire de persécution, la viciation des mécanismes intellectuels doit être primitive. Les préoccupations habituelles ou circonstancielles n’ont fourni que des thèmes idéiques à mettre en œuvre.

Des deux mécanismes adjuvants, Neurasthénie et Éthylisme, le premier est certainement le moindre. La persistance de tout ou partie du délire après amélioration de l’état général nous renseignera sur la part respective des facteurs.

La psychose est née dans un cerveau doublement invalide : D… est à la fois un dégénéré et un cérébral au sens de Lasègue.

Interrogé devant la Société Clinique, le malade reconnaît qu’il peut avoir déliré et qu’il peut délirer encore, mais il en semble moins convaincu qu’un mois avant. Il assure n’avoir plus pensé aux persécutions depuis son entrée ; il est heureux d’être à l’Asile, s’y reposant de corps et d’esprit, et faisant son possible, dit-il, « pour vivre comme un jeune animal, sans rien penser ». Il a reçu avec plaisir la visite de tous ses parents et de sa femme.

Pour le Service de l’Admission (Dr Briand) la chronicité ne fait pas de doute.


79 Publié sous le titre : Interprétations délirantes avec conscience de la maladie. – Début ambitieux. – Épisode amnésique. – Traumatismes céphaliques dans l’enfance (Présentation de malade, Bul. Soc. Clin. Méd. Ment., fév. 1913,