4. Érotomanie secondaire65

Intervention 1923

J’accepte très volontiers la correction proposée. Le terme « érotomanie secondaire » est ici plus exact que le terme « érotomanie associée ». En employant le mot « associée », j’avais choisi le terme le plus compréhensif possible, et notamment je visais les cas d’érotomanie prodromique. Mais l’érotomanie prodromique elle-même est en réalité secondaire, puisqu’elle a résulté du substratum déjà formé dont naîtra le délire subséquent (généralement délire polymorphe), dont elle partagera le devenir et dans lequel elle se résorbera.

La malade actuelle, vraisemblablement, n’eût pas fait d’érotomanie si elle n’eût déjà préparé ou, en l’espèce, réalisé un délire plus général. J’en vois une preuve dans le fait d’une première passion romanesque demeurée à peu près normale.

Parce que l’érotomanie est ici secondaire, elle est plus imaginative que passionnelle. Il n’y a pas eu coup de foudre à la suite d’une rencontre ; l’astre a été découvert par le calcul.

Parce que l’érotomanie est ici secondaire, et même tardive, l’ardeur de la poursuite paraît avoir été moins énergique qu’elle n’eût été dans un cas pur ou prodromique.

En disant que l’érotomanie fait suite ici aux idées de défense, les auteurs ne formulent sans doute pas leur pensée exactement. L’érotomanie ne dérive pas des idées de défense, mais sort de la même source qu’elle, à savoir un fonds d’optimisme et d’orgueil. Il est rare qu’une séquence d’idées suffise à expliquer une idée : je suis certain que telle est la pensée des auteurs.

Les auteurs ont raison de révoquer en doute le platonisme de leur malade. Je n’ai jamais vu le platonisme résister à l’analyse. Une des plus belles érotomanes connues, consacrée platoniste par Garnier et Magnan, figurant comme telle dans la thèse de Portemer (1902), a été par moi observée deux ans chez Dubuisson ; or, elle m’a dit : « Lorsque je serai mariée (avec l’objet) l’âme de mon frère (frère suicidé) renaîtra dans notre enfant. » Récemment, une érotomane persécutrice d’un musicien doromane, jeune fille de mœurs pures et prétendant vouloir, non pas même un baiser, mais simplement des leçons de musique, envoyait parfois à l’objet des images de femmes nues, avec son propre prénom inscrit auprès de la femme ou sur la femme.

La conception archaïque de l’érotomanie, toute basée sur le platonisme, aura été, comme l’hystérie de la même époque, le résultat de la crédulité chez le médecin et la dissimulation chez les malades, collaboration adjuvée de quelques facteurs accessoires, que nous ne pouvons développer ici. L’érotomanie, selon cette conception, serait une forme tératologique ; elle serait, en outre, paradoxale sous ce rapport qu’une construction psychologique aurait pour base non une force mais un néant, et que, en dernière conséquence, la volonté désirant le moins exigerait le plus.


65 G. de Clérambault, Discussion de la communication de Truelle et Rebout-Lachaux : « Érotomanie secondaire », Bul. Soc. Clin. Méd. Ment., déc. 1923, p. 289.