5. Érotomanie prodromique66

Intervention 1924

L’Érotomanie est un syndrome à base affective avec appoint imaginatif, dont le premier élément atteint une intensité maxima (c’est-à-dire une forme passionnelle), dans les cas purs, et dont le second élément (élément imaginatif)  devient prédominant dans les cas secondaires. Les cas purs sont exclusivement passionnels, les cas secondaires peuvent être exclusivement imaginatifs. Par cas secondaires, nous entendons ceux où le syndrome érotomaniaque n’est que partie intégrante d’une plus vaste psychose, celle-ci le plus souvent polymorphe.

La stabilité du délire et sa tendance aux réactions sont fonction de l’état affectif ; les syndromes imaginatifs montrent peu de tendance aux réactions, évoluent dans le sens ambitieux et finissent par se résorber dans un ensemble protéiforme. Souvent, dans les cas imaginatifs, le syndrome érotomaniaque change d’objet, alors que dans le syndrome pur l’objet est fixe. Souvent aussi, dans les cas imaginatifs, l’objet a été non pas rencontré par le Sujet, mais deviné : astre découvert par le calcul. La détermination de l’objet a lieu alors par intuition, interprétation ou hallucination auditive. Parfois, la détermination est issue d’un double mécanisme : objet puisé par l’intuition dans le passé affectif réel (résurrection d’une passion ancienne) ; nous avons vu ainsi une femme de plus de 60 ans, sans nulle apparence de démence, érotomane d’un amant disparu de sa vie depuis plus de 30 ans, dont elle avait eu un enfant, et envers qui elle s’était jadis comportée pendant quelque temps en quérulente.

Dans les cas secondaires le syndrome érotomaniaque a pour substratum la psychose la plus générale ; c’est l’altération du psychisme qui permet la genèse du syndrome sans choc passionnel important, par travail imaginatif prédominant ou exclusif. Ce substratum règle l’avenir du syndrome lui-même.

Il arrive enfin que le Syndrome Érotomaniaque soit à la fois secondaire et prodromique, c’est-à-dire résulte d’une psychose plus générale encore latente. Lorsque la précession est de plusieurs années, le syndrome peut, par sa véhémence passionnelle et le comportement qui en résulte, en imposer pour une érotomanie pure. J’ai vu ainsi un très beau cas de persécution amoureuse se terminer en démence précoce. La malade, raisonnante et agressive, a été pendant des années un objet de discussion entre médecins, certains s’obstinant à la remettre en liberté et à la déclarer responsable, d’autres la qualifiant de processive ; le substratum érotomaniaque ne fut soupçonné que tardivement, et le substratum démence précoce encore plus tard.