Fiction préliminaire. Néo-Genèse

Adam était presque heureux. Logé, nourri et nu, il était, dans son paradis terrestre, parfaitement autosuffisant. Pour les plaisirs de la chair, il se satisfaisait lui-même ; pour les joies de l’esprit, il se parlait tout seul. N’ayant pas encore de surmoi, il avait créé Dieu à son image, l’induisant à perpétuer ainsi le meilleur des mondes, Éden sans manque, Nirvana sans but. Alors, pas de problème ? Si, Adam s’ennuyait.

Alors Adam dit à Dieu : « Fabrique-moi de l’altérité. » Dieu prit donc à Adam une petite part de lui-même et entreprit de lui faire de l’autre. Dieu aurait pu tout simplement redupliquer Adam, le cloner, et lui faire ainsi une foule d’autres semblables dans lesquels Adam se serait rencontré comme dans autant de miroirs. Mais non ; l’identique – Dieu seul sait pourquoi – fut refusé ; on connaît la suite : et Dieu créa la différence.

Ève apparut face à Adam. Ils se regardèrent étonnés : par rapport à la diversité de la création, eux, ils étaient pareils ; et pourtant non, pas tout à fait… Adam n’y comprenait rien ; cette chose, ou plutôt cette absence de chose sur le corps d’Ève, le mettait mal à l’aise, d’autant que sa chose à lui, Ève semblait vouloir en faire quelque chose. Donc, le mieux était d’admettre cette petite différence et de faire avec.

Alors Adam dit à Ève de s’occuper du ménage ; pendant ce temps, il penserait et la protégerait. Mais, malgré tout, Adam n’était pas tranquille ; il se méfiait.