2. Une nouvelle naissance

Alors que nul n’était allé si avant que lui dans l’exploration de l’affectivité et dans la révélation de sa prépondérance dans notre vie, Freud n’en déclare pas moins qu’« il est malaisé de traiter scientifiquement des sentiments »30. Une fois décrites « leurs éventuelles manifestations physiologiques concomitantes, il ne reste, dit-il, qu’à s’en tenir au contenu des représentations les plus aptes à s’associer au sentiment en question ». Il avoue même que d’étudier certaines modifications obscures de l’âme – telles que la transe ou l’extase – de disserter sur de tels impondérables, lui cause un certain malaise et lui fait ressentir « le besoin de s’écrier avec le plongeur de Schiller :

Se réjouisse qui respire dans la rose lumière ! »

Le renoncement total au principe du plaisir, qu’il avait posé (un peu abusivement je crois) comme l’une des exigences premières de la recherche psychanalytique31, lui semblerait-il donc trop pénible ici, au regard des résultats à en attendre ?

Toujours est-il qu’une telle réaction n’a pas réussi à détourner son regard perçant du ténébreux domaine des « affects et des émois » et, tout particulièrement, de l’amour. C’est que pour lui « il est incontestable que l’amour sexuel joue dans la vie un rôle immense… En dehors de quelques fanatiques toqués (ce sont ses propres termes), tous les êtres humains le savent et conforment leur vie à cette notion. Seule la science se fait encore scrupule de l’avouer »32.

Depuis un demi-siècle que furent écrites ces lignes, la psychanalyse a beaucoup fait pour vaincre un tel scrupule et elle y a, dans une appréciable mesure, réussi. Mais on peut être conduit à s’inquiéter parfois de certains des aspects sous lesquels cet indubitable progrès s’est accompli et continue de s’accomplir. Je veux dire en particulier que la reconnaissance du primat de l’enfance dans notre vie, d’une certaine continuité des phénomènes névrotiques avec les phénomènes psychiques normaux et de l’omniprésence, sinon de l’omnipotence, de l’inconscient dans l’expérience humaine, engage maints esprits à des attitudes trop exclusivement dissociatives et réductrices. À quoi sans doute il y a lieu de rattacher certaine propension à négliger, voire à méconnaître, les manifestations les plus subtiles et les plus fécondes de la vie affective.

Ce que j’avance là paraîtra peut-être plus acceptable relativement à l’influence de la psychanalyse hors de son champ propre qu’à propos de la pensée psychanalytique elle-même… Quoi qu’il en soit, l’état amoureux, dont Freud lui-même prétend qu’il « n’est qu’une réédition de faits anciens, une répétition de réactions infantiles, que c’est là le propre même de tout amour et qu’il n’en existe pas qui n’ait son prototype dans l’enfance »33, me paraît constituer le thème concret à la fois le plus propice et le plus agréable pour en débattre.

« L’amour prête son nom à un nombre indéfini de commerces qu’on lui attribue et où il n’a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise34. » Si je cite cette corrosive maxime de La Rochefoucauld ce n’est point que je prétende l’état amoureux d’une grande rareté ni que je ne voie combien il est susceptible d’être vécu sous des modes divers, doté d’une intensité, d’une qualité, d’une signification qui varient selon le sujet qui l’éprouve. Je veux seulement marquer le caractère limité du champ où, quelle que soit sa forme particulière, il peut apparaître et se développer.

Cette limitation se conçoit facilement du fait qu’il s’agit d’une constellation dynamique de désirs, de sensations, de fantasmes et d’affects, conscients et inconscients, qui modifie, pour un temps, l’ensemble de l’organisation personnelle et qui se traduit par une disposition irrésistible à constituer l’objet élu en tant que source et centre de toute satisfaction, de tout bonheur, mobilisant l’essentiel des ressources énergétiques. Or une telle métamorphose ne peut s’accomplir qu’à la condition d’une certaine disponibilité préalable de la sensibilité, d’une certaine attente ou tension aussi, et d’un certain degré de richesse, au moins virtuelle, du fonctionnement psychique.

Inutile de m’attarder ici à une description phénoménologique de cette expérience tant commentée, sinon toutefois pour insister sur le fait que le grand trouble qu’elle comporte garde toujours, subjectivement, et quel que soit l’effort de ressaisie lucide qui puisse en être tenté, un halo d’ineffable. C’est par exemple le fameux « je ne sais quoi » des auteurs du XVIIe, auquel se rapporte à mon sens l’impression irrécusable d’un changement saisissant du sentiment de soi, du corps, du monde perçu, éventuellement aussi de l’être aimé. C’est également, en d’autres termes, le caractère énigmatique « échappant encore à toute explication rationnelle »35 que Freud reconnaissait à certains traits de l’état amoureux comme de l’hypnose.

Par où s’explique que se creuse un fossé, à maints égards infranchissable, entre les amoureux et les témoins de leur amour. Ainsi souvenez-vous des paroles de Roméo, lorsque, au plus fort de la crise où il est plongé, il s’oppose au prêtre qui tente de le convaincre de quitter Juliette et de fuir Vérone pour échapper à la mort :

Roméo

Pendez votre philosophie !

Tant que la philosophie ne pourra faire une Juliette

Elle ne sert à rien et ne peut rien : ne parlez plus !

Frère Laurent

Alors, je le vois bien, les fous n’ont pas d’oreilles.

Roméo

Comment en auraient-ils si les sages n’ont point d’yeux ?

Frère Laurent

Accorde-moi de discuter sur ton état !

Roméo

Vous ne pouvez parler, vous ne l’éprouvez pas.

Êtes-vous jeune comme moi ? Juliette votre amante36 ?

« Vous ne pouvez parler, vous ne l’éprouvez pas… » Voilà qui prend une résonance profonde mais en même temps, pour les analystes, familière. L’argument, difficile à réfuter aux yeux du moraliste, devient, aux leurs, une défense ou une résistance. Car, dès le moment où se trouve introduite la dimension de l’inconscient, l’appel à l’expérience vécue perd une part d’un pouvoir autrement absolu. Si le leurre n’est point l’apanage du spectateur mais qu’il est démontré pouvoir s’insinuer chez l’acteur ; bien plus, si l’illusion se trouve liée à la position même de sujet et que la vérité du sujet n’apparaît que dans le miroir de son témoin, il doit exister alors un nouveau droit de regard. Ainsi, ne l’éprouvant pas, nous pouvons parler de l’amour ; il le faut même, car l’expérience ne suffit pas à nous faire connaître ce que c’est que d’aimer.

En effet nous croyions aimer et il nous a été révélé que nous n’aimions qu’un reflet ; nous croyions aimer et nous n’aimions que nous-même déplacé ; nous croyions aimer et nous n’aimions que l’état où nous plonge l’amour. Si bien que la zone nocturne, mystérieuse, où l’état amoureux prend naissance, est celle-là même où la perspective freudienne nous engage et celle qui, par une apparence de paradoxe, vient nous autoriser à discourir sur l’amour, voire à l’interpréter, en tant qu’il appartient « à ce monde avant la connaissance dont la connaissance parle toujours »37, mais qui aussi ne prend son entière signification et donc sa pleine existence qu’avec la connaissance et le langage. N’y a-t-il pas « des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient entendu parler de l’amour »38 ?

Mais les ténèbres amoureuses font plus que nous autoriser à la réflexion, et à l’intervention, elles nous y incitent. La découverte de l’analyse ne coïncide-t-elle pas, en effet, pourrait-on dire, avec celle de la valeur symbolique et transférentielle de l’hystérie ? S’interroger sur l’état amoureux, ce serait donc peut-être, d’une certaine façon, retourner aux sources ?

D’autant que ce n’est point par hasard si la situation analytique s’est peu à peu structurée ainsi qu’elle l’a fait, de manière à susciter chez l’analysé, voire chez le couple indissociable que forme l’analyste avec son patient, une redistribution topique de la personnalité qui n’est pas sans de certaines et marquantes analogies avec celles que l’on observe dans l’état amoureux. C’est que l’intention première : favoriser la réminiscence, impliquait la réalisation de conditions expérimentales par quoi seraient provoqués à la fois un désinvestissement du monde extérieur, une concentration du dynamisme psychique sur un personnage survalorisé, en même temps qu’une atténuation de la distinction entre le Moi, l’image du corps propre et les objets.

De par ses seules caractéristiques descriptives déjà, l’état amoureux s’impose donc à l’attention du psychanalyste, d’autant que s’y dessinent, comme en filigrane, les notions, fécondes mais complexes et problématiques – ô combien ! – de régression et d’intégration, de narcissisme et d’investissement objectal, de répétition et de transfert, de pulsion et d’affect, avec tout leur cortège de points obscurs…

Notre développement obéit dès l’origine, et ne cesse d’obéir, à une loi de différenciation. Et plus notre différenciation est poussée, plus, pourrait-on dire, notre existence s’affirme. Mais aussi, plus notre organisation s’individualise et se complique, plus son destin conflictuel se confirme en même temps que s’impose la solitude. Disjonction au-dehors, division au-dedans. Selon les paroles de l’amer et cruel Adolphe : « Il n’y a point d’unité complète de l’homme. » Constatation désabusée d’où procède et que rejoint finalement la tentative malheureuse dont B. Constant nous retrace l’histoire « pour créer un lien dans ce monde de séparation, pour combler le vide qui sans cesse se creuse entre les êtres et entre les choses »39.

Il n’y a point d’unité complète de l’homme : mais n’est-ce pas que « chacune des différenciations psychiques que nous connaissons oppose, comme le remarque Freud, une difficulté de plus au fonctionnement mental et augmente sa labilité… », d’où vient que « nous ne sommes pas capables de supporter pendant longtemps le nouvel état créé par la naissance et que nous nous en évadons périodiquement pour retrouver dans le sommeil notre état antérieur d’impassibilité et d’isolement du monde extérieur »40. Dans le sommeil, mais également dans l’orgasme et dans l’état amoureux ; à un moindre degré aussi dans la rêverie et d’autres expériences, normales ou pathologiques, de dédifférenciation passagère. Là en effet, comme l’exprime fort bien F. Pasche en soulignant la valeur régressive d’un tel mouvement, « le sujet réalise une fermeture hermétique au monde et à soi-même, un anéantissement, mais c’est pour se plonger tout entier dans le plus intense sentiment de plénitude qu’il soit capable d’éprouver, pour se résoudre en lui. Or ce sentiment est vécu comme l’accomplissement d’une fusion avec autrui »41.

«… les âmes se mêlent et confondent l’une en l’autre d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes »42. Si une telle fusion, qu’elle soit ou non accompagnée de réalisation charnelle, est ressentie comme une expérience intensément heureuse c’est – comme la clinique aussi bien que la théorie analytiques nous le montrent à l’envi – non seulement parce qu’elle permet une sorte de retour inconscient au giron maternel, couronné par instants d’un plaisir aigu à la mesure d’une fonction sexuelle parvenue à maturité, mais surtout peut-être parce que grâce à cette expérience une plus libre communication s’effectue entre les différents niveaux de l’appareil psychique et qu’un meilleur accord se réalise entre les différentes instances de la personnalité.

C’est autour de ce dernier point que Freud, dans les rares passages de son œuvre où il s’y attarde quelque peu, centre son analyse métapsychologique de l’état amoureux. Pour lui en effet il semble bien que l’essentiel en soit dans un processus complexe d’idéalisation où concourent projection et introjection. Le sentiment amoureux, à ses moments les plus significatifs tout au moins, comporte un tel abandon du Moi à l’être aimé (« absolument comparable, dit Freud, à l’abandon à une idée abstraite »), que l’objet a littéralement pris la place de ce qui était l’idéal du Moi. Ce faisant, il absorbe et dévore pour ainsi dire le Moi, si bien que, dans tout état amoureux, on trouve « une tendance à la limitation du narcissisme »43. Comment autrement, en effet, concevoir la possibilité d’un investissement affectif à la fois si fort et si hautement sélectif parfois ?

Cependant, ce processus ne recèle-t-il pas un leurre et comme une ruse du Ça ? De fait, ne voyons-nous pas nettement que l’objet est traité comme le propre Moi du sujet ? Certes l’état de l’amoureux consiste bien « dans un écoulement de la libido du Moi jusqu’à l’objet »44 et il est bien vrai qu’une certaine partie au moins de cette libido narcissique « se trouve transférée sur cet objet »45, mais cette limitation du narcissisme ne doit-elle pas en définitive nous apparaître « comme un détour propre à le satisfaire » ? C’est donc le problème général de la portée ultime de tout investissement objectal quel qu’il soit qui se trouve soulevé, problème difficile entre tous.

Dans les Trois Essais Freud propose à ce sujet des considérations qui peuvent cependant sembler décisives : « La libido narcissique nous apparaît comme formant le grand réservoir d’où partent les investissements objectaux et vers lequel ils sont ensuite ramenés, comme l’état originel, réalisé dès la plus précoce enfance, état qui s’est trouvé masqué ultérieurement lorsque la libido s’est orientée vers l’extérieur mais qui, au fond, s’est conservé46. » Ces lignes ne nous incitent-elles pas à penser que le narcissisme primaire constitue la raison dernière de tout attachement objectal, et même de l’amour anaclitique, étant donné que sa finalité essentielle consiste bien dans le retour fusionnel à l’objet partiel maternel (la décharge sexuelle génitale ne représentant somme toute que la médiation qui le permet) ? Invoquer alors le fait que l’investissement objectal en général et le sentiment amoureux en particulier obéissent à une urgence d’ordre économique, liée à une surcharge libidinale qui, sans un tel investissement, deviendrait rapidement intolérable, n’est-ce point se contenter d’une explication en fait toute formelle ?

Que la libido ait pour destin d’investir une autre réalité que celle du sujet lui-même, où elle prend source, voilà précisément le fait problématique dès que l’on présuppose un état original où n’existe qu’un seul type d’investissement de la libido : le type narcissique. Le déterminisme énergétique, associé aux exigences nées de l’immaturation, auquel Freud a recours pour rendre compte du passage à l’investissement objectal, n’est pas niable en tant que tel, mais c’est justement que ce déterminisme intervienne, en faisant en quelque sorte sortir le sujet de lui-même, qui représente la question même à laquelle on se proposait de répondre…

Je ne crois pas m’engager là dans un débat artificiel, scolastique, et qui m’éloignerait du domaine amoureux. La position adoptée, à ce niveau fondamental, est en effet lourde de conséquences. Et notamment, si la libido narcissique est regardée comme « l’unique réservoir » où toute notre vie nos amours vont puiser, ces amours ne sont et ne seront jamais que des déguisements du narcissisme, des illusions, dans la mesure où ils se reconnaissent, ou se déclarent, une toute autre portée.

À cette argumentation on pourra rétorquer que le stade du narcissisme primaire est un stade d’indifférenciation accusée où il n’existe que des pré-objets, pour un pré-Moi, et que le lien entre le nourrisson et sa mère voit son sens entièrement déterminé par le fait même de la non-distinction du Moi d’avec l’objet du besoin. Mais alors, on se fait de l’état de satisfaction supposée du nouveau-né une image de béatitude, fantasme que l’on érige ensuite en prototype de toute recherche amoureuse ou libidinale ultérieure.

Étant admis que le réservoir originel vers lequel Freud invitait notre attention à se retourner toujours, n’est pas compris dans les limites d’un Moi constitué et que, donc, il n’est pas question de défendre une position égocentrique simpliste où l’amour de soi serait l’alpha et l’oméga de toute affection et de tout état amoureux proprement dit, ce vers quoi nous reviendrions, lors de la naissance de l’amour, ne serait point l’amour-propre mais le paradis perdu de la tétée, pour ainsi dire. « L’amour filial et l’amour sexuel, selon les propres termes de Freud, s’alimentent aux mêmes sources47. »

Qu’un tel point de vue ait quelque chose de convaincant, je ne le nierai pas ; il me paraît même parfaitement recevable, mais à la condition de ne pas s’y limiter.

Suffira-t-il alors de revenir aux formulations topiques freudiennes en s’attachant à leur sens profond ? Dans l’état amoureux c’est l’idéal du Moi qui, par personne interposée (l’objet aimé), absorbe le Moi ; somme toute c’est le Moi qui s’absorbe lui-même par le biais de la projection des qualités qu’il se souhaite sur un support objectal (qui a souvent simple valeur de prétexte). Bref, il s’agit d’un déplacement, d’un transfert) si l’on veut, mais d’un transfert au second degré du fait de l’introjection des premiers objets d’amour ; il s’agit d’un transfert de libido narcissique sur un objet élu, objet-relais qui s’est trouvé choisi non pas en vertu de sa nature propre mais bien plutôt en raison de ses affinités, ou de ses contrastes, avec l’objet œdipien. Tout état amoureux, qu’il soit plus déréel, qu’il le soit moins, participe de cet amour narcissique primaire, et par là même représente une résurgence camouflée du passé en même temps qu’il implique la dédifférenciation dont je parlais tout à l’heure.

Cela même qui est à l’origine de l’impression de triomphe ou de fête qu’éprouvent parfois les amoureux, le montre. Tout comme la séparation de notre Moi d’avec l’objet premier, la différenciation structurale progressive de notre personnalité ne saurait jamais se trouver constamment ou sans retour acceptée de nous. Ainsi se comprend en particulier le fait que la séparation du Moi d’avec le Ça et principalement, pour ce qui nous occupe, la séparation du Moi d’avec l’idéal du Moi « ne peuvent être supportées longtemps et doivent subir de temps à autre une régression ». Comme l’idéal du Moi, au sens que Freud lui assigne ici, comprend la somme de toutes les restrictions auxquelles l’individu doit se plier, la rentrée de l’idéal dans le Moi, sa réconciliation avec le Moi, permettent au sujet de retrouver le contentement de soi, bien plus, de se trouver momentanément libéré d’un sentiment de culpabilité autrement permanent ; la tension entre le Moi et l’idéal tombe et l’exaltation amoureuse entraîne une excitation heureuse qui a été, à juste titre, plus d’une fois rapprochée de l’excitation maniaque, et que l’on pourrait également comparer avec les états élationnels parfois rencontrés au début de la cure analytique, et sur lesquels B. Grunberger a souvent insisté.

J. Kestemberg a montré de manière convaincante48 la parenté qui unit les positions érotomaniaques proprement dites et certains aspects communément répandus des relations amoureuses. À certains moments tout amoureux peut se trouver dans une relation érotomaniaque qu’il ignore avec son objet. C’est que la dénégation ou la projection qu’il exerce insciemment portent sur l’un des deux termes de la relation, dont l’objet doit alors être considéré comme illusoire en ceci que ses caractéristiques réelles sont, plus ou moins transitoirement, méconnues. Cependant, même si le voile se déchire et qu’il y a par exemple passage de l’unilatéralité à la réciprocité, on observe une persistance, voire une accentuation et une extension des mêmes phénomènes d’allure maniaque.

Ainsi en va-t-il pour Dominique, dans le beau récit de Fromentin, lorsque, après avoir de longs mois durant, souffert d’un amour non partagé pour Madeleine, il voit son désir et sa ferveur enfin l’émouvoir et l’entraîner. Tout le passage auquel je fais allusion49 demanderait une interprétation minutieuse, mais ce que je veux en retenir, outre le sentiment dilatant d’une revanche prise sur la douloureuse exclusion liée à la situation œdipienne, c’est la corrélation qui s’y traduit entre la confirmation de soi, née de la certitude inespérée d’être aimé, et l’appropriation d’un univers soudain transfiguré.

Un seul être vous dit « Oui ! » et le monde, de pair avec le Moi lui-même, acquiert à l’instant une densité, un éclat et comme une vibration, jusqu’alors inconnus. Par l’intermédiaire d’une modification structurale du sujet, une redistribution énergétique et fonctionnelle devient possible et se réalise.

Celle-ci apparaît souvent, je le reconnais volontiers, comme l’occasion d’une tentative de reconquête de l’intégrité narcissique, mais, quand l’objet aimé ne constitue pas seulement un prétexte à fantasmes et qu’il peut exister avec lui un échange réel, je pense que l’aventure peut aller et va plus loin et que l’état amoureux – dépassant l’exaltation narcissique – revêt alors une signification différente, plus complexe. Si les fixations infantiles ne sont pas trop fortes, si la propension à vivre la relation érotique sur le mode oral ou anal exclusivement n’est pas trop accentuée, si les blessures narcissiques liées à la condition même de l’enfance aussi bien qu’à l’histoire infantile personnelle, n’ont pas sidéré l’élan libidinal vers autrui, alors l’amour reçu, tout comme l’amour activement prodigué, ne peuvent plus être regardés comme n’atteignant que les seuls buts de la satisfaction sexuelle et de la satisfaction narcissique. Lorsque Jekels et Bergler50 veulent prouver qu’en dernière analyse il n’existe jamais qu’un seul désir : celui d’être aimé (le fait d’aimer étant vécu, disent-ils, comme l’équivalent du fait de se trouver aimé), qu’ils font de la seule certitude d’être aimé la force dominante du comportement humain, c’est qu’ils sont animés par l’idée préconçue que toutes les expressions d’Éros ne sont rien autre chose que des expansions momentanées et presque contingentes de la libido narcissique première.

Or, à mon sens, la sorte de dépersonnalisation plus ou moins nette et accentuée par quoi s’instaure souvent l’état amoureux n’est pas seulement suivie – si, bien entendu, aucun obstacle insurmontable ne vient pathologiquement entraver son développement spontané – d’une repersonnalisation euphorique mais se trouve même à l’origine – ainsi que jadis Allendy l’avait bien vu51 – d’une personnalisation nouvelle. Il est vrai qu’une certaine déstructuration s’accomplit d’abord, qui culmine dans les effusions et dans l’orgasme, mais cette déstructuration m’apparaît comme la condition r~ même d’une néo-structuration originale. Aimer, que de l fois l’a-t-on dit ! c’est renaître. Et lorsque l’état amoureux s’installe réciproquement et que cette réciprocité se trouve vécue par les amants à la fois dans la dimension de l’imaginaire et dans celle de l’inter subjectivité effective, ceux-ci donnent naissance si l’on me passe ce vocabulaire, à une nouvelle âme.

Ainsi l’exprime le poète élisabéthain John Donne dans son très riche et beau poème intitulé L’extase, où l’on trouve par ailleurs explicitée l’étrange impression de se trouver à mi-chemin de soi du monde, notation qui engagerait encore à situer ces vécus amoureux spécifiques dans une relation d’affinité avec certaines expériences de dépersonnalisation, tantôt angoissantes tantôt euphoriques, telles que le rapport de Bouvet de 1960 et les interventions qu’il avait suscitées ont contribué à les faire mieux comprendre et à en mieux apprécier la portée52.

Je parlais il y a peu de la situation analytique ; je pourrais ici y revenir car elle fait quelquefois vivre à certains patients des affects de cet ordre, mais je préfère trouver une illustration et une confirmation différentes en me référant à ce qu’il est dit par le professeur J. de Ajuriaguerra de certains moments féconds de la cure de relaxation. « Par la concentration, la suggestion, se trouve réalisée une déconnexion plus ou moins accentuée d’avec le monde extérieur et il y a apparition d’un état d’autohypnose ou d’hypnose provoquée. Sans aller jusqu’à des déréalisations ou des dépersonnalisations trop marquées, et sans pousser à sa limite la régression relationnelle toujours induite par la méthode, le psychothérapeute qui contrôle la relaxation souhaite que le patient, à la frange de la conscience, vive ces événements féconds de dépersonnalisation modérée car il se défait ainsi afin de mieux se recréer, afin de trouver sa réalité corporelle découverte et confirmée53. »

« Il se défait afin de mieux se recréer » : n’est-ce pas cela même que je voulais marquer à propos de l’état amoureux ? Donc les données les plus concrètes et leur appréhension la plus rigoureuse autorisent – semble-t-il – une conception où le primat des éléments constitutifs peut être reconnu sans que pour autant le mouvement de la constitution soit, dans un des axes de sa signification profonde, méconnu.

L’amoureux selon Jekels et Bergler, c’est-à-dire inéluctablement soumis à la nécessité narcissique, me fait songer à

Ce malheureux comparable aux miroirs

Qui peuvent réfléchir mais ne peuvent pas voir54

que chante Aragon. L’amoureux qui accomplit réellement et jusque dans ses possibilités ultimes l’expérience sexuelle et effective de l’amour, je le nommerais volontiers un miroir qui voit.

Mis à part la possibilité de la satisfaction sexuelle qui subsiste toujours, au moins à l’arrière-plan, l’état amoureux présente de grandes analogies avec l’état d’hypnose et les états hypnoïdes. Or les caractéristiques de l’hypnose étant les plus nettes, mieux vaut rendre compte de l’état amoureux à partir de l’hypnose que de suivre la démarche inverse, nous dit Freud55, qui définit l’hypnose par la fixation inconsciente de la libido à la personne de l’hypnotiseur56 et la relation hypnotique par l’abandon amoureux total, à l’exclusion de toute satisfaction sexuelle57. Or, la découverte du transfert semble bien s’être faite à partir de l’expérience fondamentale de cette dernière relation et de ses modifications successives. C’est en mettant le patient dans un état favorable à la résurgence des souvenirs, et d’une manière générale, favorable à une meilleure liberté d’expression de certaines formes du fonctionnement mental ordinairement tenues en lisière chez le Moi vigile par les exigences adaptives immédiates, que Freud a suscité, sans le prévoir a priori, des réactions affectives intenses à son endroit et de véritables émois amoureux (comme avait pu parallèlement, dans le malaise et l’angoisse, le constater Breuer de son côté).

Que la réalisation artificielle d’un certain mode de fonctionnement mental, différent du mode adaptatif habituel, pût avoir, entre autres, un tel résultat, situait d’emblée ces réactions amoureuses dans une perspective régressive – au moins des points de vue topique et formel décrits dans le chapitre VII de L’interprétation des rêves – et logiquement invitait à rechercher leur origine dans un passé lointain, étant donné que l’intensité des affects allait de pair avec une ignorance ou une méconnaissance complètes des caractéristiques de la personnalité en cause, et d’une activité inconsciente très productive du type objectif, voire hallucinatoire.

La situation particulière et nouvelle de l’analyse avait donc eu pour conséquence – dans certains cas de façon plus accentuée et plus spectaculaire mais, épisodiquement, dans presque tous – de déclencher chez le patient des manifestations indubitables d’érotisation de la relation. L’attention était donc guidée vers les processus subjectifs qui les produisaient, vers le monde pulsionnel et la vie imaginaire ; l’incidence de la réalité propre de l’objet érotisé ou aimé apparaissait alors comme fort restreinte. Mais un tel décalage avait été de tout temps observé dans les états passionnels. La comparaison s’imposait donc entre l’amour né dans le champ de la cure analytique et l’état amoureux spontané.

Elle s’impose à tel point que l’on ne voit pas d’emblée ce qui distingue l’état amoureux de l’amour de transfert proprement dit. Freud s’est penché sur la difficulté avec le souci du technicien. Il est évident, souligne-t-il, que l’amour de telle patiente se trouve déterminé par la situation analytique et non par les avantages personnels dont l’analyste peut se targuer et il suffit de peu d’expérience pour se rendre compte de la part importante que joue la résistance dans l’apparition et le développement de cet affect tumultueux58.

Ne pourrait-on même penser que l’amour de transféré, n’est qu’un avatar de la résistance et qu’il y a donc lieu de le traiter comme quelque chose d’irréel ou de fallacieux demandant à être rapporté et ramené à ses origines inconscientes, c’est-à-dire vers les fondements infantiles de cet amour dont la genèse récente ne doit point abuser ? Puisque rien dans la situation présente objectivement considérée ne le justifie, il va être facile de démontrer, pas à pas, que cet amour ne consiste en définitive qu’en un amalgame, inaperçu du sujet, de répliques et de clichés de situations anciennes déterminées et de réactions infantiles, plus ou moins précoces mais toutes oubliées ou non reconnues. Il ne s’agirait plus alors que de découvrir le type de choix objectal de l’enfance avec les fantasmes qui se sont tissés autour de lui.

Cependant, à le bien scruter, cet amour né dans le temps de la cure n’est-il pas un amour véritable ? Freud, abandonnant la préoccupation technique pour se référer à son expérience humaine, en vient à poser cette inquiétante question. Après tout en effet, la résistance, il est vrai, « exploite » cet état amoureux (cela peut se vérifier, durant certaines phases du traitement, presque à chaque séance), mais pour autant le crée-t-elle de toutes pièces ? « Certainement pas », répond Freud, « elle ne fait qu’en aggraver les manifestations »59. Il s’avère que cet amour qui a prétendument l’analyste pour objet, vise en fait un autre que lui. Tout le contexte des séances, les rêves, les souvenirs, montrent, à l’évidence parfois, qu’il s’agit d’une répétition d’un état et de faits anciens.

Mais, et cette nouvelle question ne laisse pas de prendre à son tour une troublante résonance, n’est-ce pas là après tout « le propre de tout état amoureux » ? Et ne serait-ce point justement l’inconscience de ce déterminant infantile qui expliquerait le caractère soudain, déréel et comme compulsif de l’investissement amoureux, cela même qui parallèlement conférerait à l’expérience vécue subjective sa dimension d’indicibilité et son extraordinaire emprise ? Le peu de souci des données et des exigences réelles, de pair avec l’obéissance au seul principe du plaisir, dans le climat d’un retour à cette « réserve naturel » en quoi consiste l’imaginaire ; la surestimation aveugle et naïve de l’objet aimé avec la dépendance étroite et humble où l’amoureux se tient à son égard ; l’aspect quasi obsédant de la représentation de l’être aimé qui va jusqu’à une sorte d’intoxication mentale et, s’il y a réciprocité, le rétrécissement du champ relationnel, presque pourrait-on dire du champ perceptif, aux limites d’un « narcissisme à deux » classiquement dénoncé ; tous ces traits, qui font partie d’une description traditionnelle de l’état amoureux, le situent aux yeux de Freud « plutôt parmi les phénomènes psychiques anormaux que parmi les phénomènes normaux ». Mais il reste que ce sont ces caractères morbides qui, « pris en eux-mêmes forment pour lui l’essentiel d’un état amoureux »60. Cette morbidité serait seulement plus évidente et plus accentuée dans le cas de l’amour de transfert, mais la clinique analytique, somme toute, ne ferait que nous aider à mieux apercevoir les éléments stéréotypés de la vie amoureuse, que l’on peut en fait également observer dans le cours commun de l’existence.

À mettre en évidence certains des plus significatifs de ces éléments, Freud s’est attaché, notamment dans ses Contributions à la psychologie de la vie amoureuse61. Tâche démystifiante et novatrice à l’époque, qui était et qui demeure absolument nécessaire, mais dont il ne faudrait pas tirer, je crois, une leçon strictement négative. Certes l’affinité de l’état amoureux avec un état morbide – encore que cette notion de morbidité doive ici plus que jamais être regardée comme essentiellement relative – aussi bien que ses aspects répétitifs ne peuvent plus faire de doute aujourd’hui dans la plupart des cas, mais encore cela ne signifie-t-il pas qu’il faille l’enserrer tout entier ni toujours dans ces étroites limites.

Au contraire, tout un ensemble d’observations et d’arguments invitent à mon sens à mettre l’accent sur la valeur structurante et le dynamisme créateur de l’état amoureux (quelque réduite qu’en puisse paraître la part, je le concède, mais c’est alors du fait même des entraves que la fonction psychosexuelle subit).

Ainsi y a-t-il lieu d’abord de contester une assimilation pure et simple de l’amour et de l’état amoureux aux réactions de transfert, ce que firent voilà une trentaine d’années et de manière ce me semble assez probante Jekels et Bergler dans leur bel mais par ailleurs discutable article : Transference and Love auquel je me suis déjà référé. Je n’entrerai pas ici dans le détail de leur démonstration. Je rappellerai seulement qu’ils insistent sur la réduction, plus ou moins prolongée, du sentiment de culpabilité permise par la projection de l’idéal du Moi sur l’objet dans le cas de l’état amoureux, par opposition à celui du transfert – et même de l’amour de transfert à proprement parler, en dépit de certaines apparences – où la projection effectuée sur l’analyste engage non seulement l’idéal du Moi mais également le Surmoi sadique du sujet – son « démon » – si bien que l’objet transférentiel n’est jamais seulement objet d’amour mais, et sans doute dans une plus large mesure, objet d’angoisse, et que la projection surmoïque incessante qui s’opère sur lui ne peut jamais intégralement s’accomplir, de par la persistance d’un sentiment de culpabilité irréductible.

C’est pourquoi certains patients tendent de toutes leurs forces vers la réalisation des conditions d’une véritable « cure d’amour », foncièrement différente de la cure analytique, où ils ont le sentiment de s’être engagés par méprise.

D’autre part il est bien évident que dans le dialogue ou le monologue analytique il entre toujours un élément – que je ne crois pas seulement narcissique – qui échappe au transfert comme à la répétition, qu’il y a dans le vécu de l’analysé quelque chose d’extra-transférentiel, au sens strict du terme, et dans l’expérience toujours renouvelée de l’analyste une participation et des réactions particulières non purement contre-transférentielles, qui lui font dépasser son statut théorique de sujet « au degré zéro ».

Impuretés inévitables mais regrettables pensent certains, et dont il faut au moins restreindre au maximum l’incidence et l’importance. Techniquement, soit ! Mais il ne peut de toute manière s’agir que d’un effort asymptotique et il est bien qu’il en aille ainsi car il faut que le nouvel objet, d’identification transitoire du patient – instrument médiateur de la guérison recherchée – ait une épaisseur, une opacité, dirai-je même et un poids, humains.

Je ne m’égare point ici dans une digression, car cela même qui dans la situation analytique ne peut se trouver entièrement mis entre parenthèses et neutralisé, figure dans notre vie le noyau existentiel irréductible qui constitue en même temps le gage de la part d’authenticité des liens affectifs, sur quoi aussi repose ce qu’il me paraît pouvoir se rencontrer de non illusoire et de non aliéné dans un état amoureux. Que, dans ses formes les plus manifestement morbides et les plus marquées par le déterminisme infantile, cette part soit très faible, au point de sembler parfois inexistante, certes ; mais il faut alors, selon moi, l’attribuer aux échecs subis par Éros malgré ses efforts et non pas à ces efforts eux-mêmes. Ce par quoi l’être aimé apparaît à l’amoureux comme unique, ce qui fait que son choix semble – durablement ou non – échapper à la pure contingence, ce qui donne aux moments érotiques les plus intenses leur fugitive valeur extatique et d’une façon générale à l’amour, surtout quand il est à l’état naissant, son pouvoir dionysiaque, sa puissance restauratrice et génératrice (qui va bien au-delà des émois fusionnels vécus de temps à autre dans l’atmosphère régressive de certaines cures) prend origine dans la libido, en tant qu’énergie sans cesse présente et jaillissante, bien plus, en tant qu’elle semble détenir la possibilité de se créer à soi-même de nouvelles voies d’écoulement lorsque celles qui s’ouvrent devant elle ne lui suffisent plus. Le potentiel évolutif humain en effet ne paraît pas épuisé par l’accession à la maturité génitale.

Trouver un objet d’amour c’est bien le retrouver comme le dit Freud62, mais c’est aussi le découvrir et quasiment l’inventer. Être amoureux c’est revivre un ensemble d’affects et de désirs anciens transférés, mais c’est aussi amorcer une vie nouvelle – dût-elle se révéler, sans lendemain – et l’énigme, le mystère de l’amour résident bien dans ses préfigurations oubliées, mais également, de par sa plasticité essentielle, dans ses anticipations et comme ses mutations et transmutations psychiques imprévisibles.

À diverses reprises Freud a insisté sur l’unité d’essence de l’amour. « Le noyau de ce que nous nommons amour est formé naturellement par ce qui est chanté par les poètes, c’est-à-dire par l’amour sexuel dont le terme est constitué par l’union sexuelle »63, mais nous ne devons pas en séparer toutes les autres variétés d’amour car toutes « sont autant d’expressions d’un seul et même ensemble de tendances ».

Pour ce qui nous occupe il s’ensuit donc que tout, état amoureux engage la libido et qu’en dépit de toutes ses métamorphoses possibles on doit toujours l’y retrouver. Cependant il importe de ne pas oublier par ailleurs le fait que « la pulsion sexuelle en elle-même n’est pas une donnée simple, mais qu’elle est formée de diverses composantes »64, composantes qui se sont trouvés unifiées au cours du développement sexuel et n’ont atteint la maturité qu’au terme des transformations de la puberté. L’état amoureux – comme la pulsion sexuelle des adultes – résulte donc « d’une intégration des multiples mouvements et poussées de la vie infantile »65 où l’on ne peut reconnaître que des stades précurseurs de l’organisation sexuelle définitive, eux-mêmes issus d’autres stades pulsionnels préliminaires plus archaïques, notamment d’incorporation dévoratrice ou de maîtrise sadique de l’objet. Non seulement l’amour est un sous toutes ses formes, mais encore se caractérise-t-il en premier lieu par son dynamisme unificateur. Or cette unité caractéristique de la vie amoureuse dite normale n’est point celle de la tendance sexuelle considérée sous son aspect physiologique simple de besoin tendant à la satisfaction directe et immédiate au moyen d’un objet approprié. Freud le marque avec énergie : l’attachement libidinal passager à un objet, en vue d’une telle satisfaction, ne représente que l’amour « sensuel », « commun », le désir réduit à sa nature élémentaire. On ne peut spécifier « l’amour véritable » qu’en se portant très au-delà de cette donnée, au sommet d’une hiérarchie aux degrés multiples. Que si l’état de désir, avec ou sans son cortège d’affects, peut être pris parfois pour un état amoureux, c’est bien en vertu de la méconnaissance de cette hiérarchie ou bien parce que le désir comprend en soi-même une richesse mentale comparable, richesse qui est alors issue de la socialisation et dont on ne saurait du tout rendre compte par la seule référence au besoin sexuel en tant que tel.

Freud présente ce qu’il nomme l’amour véritable – par quoi, soit dit en passant, il ne faut pas nécessairement entendre une reconnaissance véritable de l’autre, de l’être aimé, il s’en faut – comme l’aboutissement d’une longue et difficile genèse, dominée par le fait de l’inhibition de la pulsion sexuelle quant à ses buts premiers, infantiles. Leur labilité même la favorise, labilité due à l’immaturité initiale et à la lenteur de la maturation génitale, avec son évolution en deux poussées, ponctuée par la latence. Notation importante ici en ce qu’elle induirait à situer la genèse du sentiment amoureux, du point de vue phylogénétique, à partir de ce dessein quasi physiologique.

Tout cela est bien connu et la définition de l’amour comme mixte de tendresse et de sensualité en procède.

En conséquence l’état – amoureux – se trouve également posé comme la résultante de l’action simultanée de tendances sexuelles libres et de tendances entravées. « C’est en effet, selon Freud, d’après la part qui revient dans la vie sexuelle aux unes et aux autres qu’on peut mesurer le degré de l’amour véritable en opposition avec le désir purement sexuel66. »

Donc il n’y aurait pas d’amour, pas d’état amoureux à proprement parler, si ne s’y manifestait, même très indirectement, la pulsion sexuelle ; mais ils ne sauraient non plus se concevoir si cette pulsion n’était, au moins partiellement, réprimée, refoulée et détournée de ses buts primitifs. Constatation simple, en apparence, mais qui mène loin, dans la mesure où elle fait aussitôt ressortir la nature antagoniste, dialectique, de la vie pulsionnelle en général et de la libido en particulier. La pulsion comporte, dans les faits sinon dans son essence même, en quelque sorte sa propre négation : n’est-ce pas ce qu’indique Freud au reste lorsqu’il écrit qu’« en tenant compte des facteurs qui contrecarrent l’évolution directe des pulsions l’on peut présenter les destins — ou les vicissitudes – mêmes de celles-ci comme des modes de défense contre les pulsions elles-mêmes »67 ?

En ce qui concerne la pulsion sexuelle ceci peut être relié à diverses considérations. D’abord à l’exigence d’unification des pulsions partielles, en tant qu’elle ne peut se réaliser, sous la pression de la maturation physiologique évidemment, que par l’intervention d’une inhibition psychique. Cette inhibition, on la rattache classiquement aux différents obstacles intérieurs aussi bien qu’extérieurs, phylogénétiques et ontogénétiques, rencontrés au cours du développement sexuel. Mais on ne trouve pas explicité le rapport de cette inhibition – dont les conséquences sont d’une importance si lourde — avec la structure de la pulsion sexuelle elle-même. Pour une telle explication il faut en revenir aux faits premiers, à savoir que toute pulsion peut être considérée comme ayant une source, comportant une poussée, autrement dit que l’être humain est mû par une énergie qui, outre l’unité personnelle qu’elle lui permet de maintenir, l’incite, de façon progressive, mais d’emblée, à l’investissement objectal. Sans cette poussée, liée à une certaine urgence d’équilibre énergétique mais que l’on peut aussi apprécier d’un point de vue dynamique en se référant à l’impuissance originelle du nourrisson, à qui les soins d’autrui sont indispensables68, il n’y aurait pas de raison que cet investissement s’effectue jamais, j’y reviens, car même les inévitables atteintes portées dès le début de la vie au narcissisme primaire ne provoqueraient par la suite que des processus réparateurs (ce à quoi d’aucuns, dont Jekels et Bergler, croient pouvoir, si l’on analyse leur conception jusqu’en son fond, réduire la vie pulsionnelle) et jamais de processus proprement créateurs, jamais cet élan novateur, celui même de la nature, qui jette de façon irrécusable le sujet hors de soi, au point qu’il me semble inévitable de reconnaître, dès la naissance, au moins à titre de virtualité, l’existence d’un courant intentionnel, distinct de la régulation narcissique, quelle que soit l’importance primordiale de cette dernière.

Ainsi existe-t-il bien une étroite corrélation entre l’inhibition de la satisfaction sexuelle et le processus – pour une large part narcissique – de l’idéalisation amoureuse. En effet on a souvent l’occasion de vérifier que plus la tendance dirigée vers la satisfaction sexuelle directe est réprimée, plus s’accentue la tendance du Moi à s’humilier et à exalter l’objet, « qui devient déplus en plus magnifique et précieux69 ». Alors qu’au contraire chaque satisfaction sexuelle, même chez le sujet le plus amoureux, est souvent suivie « d’une diminution du degré d’idéalisation qu’il accorde à l’objet tandis que son idéal du Moi reprend sa fonction, momentanément éteinte »70. De la sorte le mixte de « terrestre » et de « céleste » qu’est censé représenter l’amour véritable constitue un complexe instable, un compromis labile et de dosage variable, entre les capricieuses exigences libidinales et les permanents besoins narcissiques.

Or, schématiquement formulé, ce qui incite à l’idéalisation c’est le refoulement. Mais d’où le refoulement lui-même procède-t-il ? Non pas des exigences de la libido narcissique mais, au premier chef, des obstacles rencontrés lors de l’investissement libidinal de l’objet œdipien. Cependant l’inhibition de la pulsion sexuelle tient aussi à d’autres raisons et notamment à celles qui dépendent de sa nature interne. Freud, çà et là, semble nous l’indiquer lui-même, comme en passant. Si la pulsion sexuelle trouve un frein dans l’atteinte même de son but en tant que la satisfaction érotique entraîne un repli narcissique, on conçoit aisément que pour remédier à cet épuisement et afin qu’un surcroît de plaisir puisse être obtenu, se soit constituée une tendance de la tendance, si je puis dire, à grossir la vague de son énergie, avec le but que son déferlement apporte plus de satisfaction.

Différer le plaisir pour en obtenir davantage : on demeure au niveau strictement libidinal, remarquera-t-on. Soit, mais reste le fait dilatoire, qui n’est pas sans analogie avec le délai entre la stimulation et la réaction par quoi le psychique paraît s’être introduit… Tendance de la pulsion à différer sa satisfaction qui s’expliquerait d’abord par des motifs économiques (Freud ne fait-il pas souvent référence au caractère excessif de certaines composantes de la pulsion sexuelle pour éclairer les particularités de son développement ?) mais également par des motifs tenant aux exigences mêmes de sa genèse propre et de son épanouissement intégral, en ceci qu’elle ne saurait s’unifier, se constituer, que si les pulsions partielles se trouvent d’une façon ou d’une autre soumises à la synthèse. Dès le moment où le développement de la pulsion sexuelle se heurte à un obstacle insurmontable on constate en effet qu’une régression se produit, de pair avec une dissociation de la pulsion en ses composantes et un retour à la perversion.

On pourrait aussi se demander si pour expliquer l’inhibition de la sexualité on ne devrait pas également faire entrer en ligne de compte des raisons liées au statut du rapport de la pulsion sexuelle avec l’objet, quel qu’il soit. Si, originellement, son lien avec lui se présente comme tout à fait contingent, on conçoit bien que l’investissement objectal ait, au début, un fondement précaire. Or les efforts d’Éros vont dans le sens d’une extension, pluridimensionnelle, de l’investissement objectal. Il faut donc que le lien de la pulsion avec son objet se trouve renforcé et devienne de plus en plus sélectif et durable. L’inhibition de la satisfaction sexuelle, suscitant l’idéalisation, fait naître l’état amoureux qui, de par son appartenance au dynamisme centrifuge sur quoi j’ai insisté, réalise, en marge de sa fonction narcissique sous-jacente – qu’encore une fois je ne songe pas à restreindre et encore moins à nier – une liaison nouvelle, de portée spécifique et irréductible. La surestimation de l’objet ne représente qu’une des composantes – et encore n’est-elle point universelle – de l’état amoureux et je crois que dans ses formes les plus épanouies, c’est-à-dire celles où momentanément triomphe Éros, il doit être marqué d’un tout autre sceau distinctif. Lorsque Freud affirme dans son Introduction du narcissisme71 que « l’écoulement de la libido du Moi vers l’objet » que l’on y constate, « entraîne une suppression du refoulement et une restauration de la perversion, démontrées par le fait que s’y remarque une exaltation de l’objet sexuel qui peut aller jusqu’à en faire un idéal sexuel », je comprends mieux son assimilation de l’état amoureux aux phénomènes psychiques morbides. Et si je rapproche le passage que je viens de citer de celui des Trois Essais où il est dit que « la disposition à la perversion est la disposition originelle de la pulsion sexuelle, laquelle ne devient normale qu’en raison de modifications organiques et d’inhibitions psychiques survenues au cours du développement »72, que la pulsion sexuelle des adultes « se forme par l’intégration des multiples mouvements et poussées de la vie infantile »73 ; si je rapproche ces textes, il me devient clair que l’état amoureux, qui n’entraîne pas inévitablement en tant que tel une restauration de la perversion, échappe à la dimension proprement morbide ; en tout cas on ne saurait dire qu’il y tombe par nature — sans pouvoir être rangé pour autant sous la rubrique de ce qu’on a voulu, après Freud, entendre par amour génital. Michaël Balint a fait au reste assez lucidement la critique de cette notion, toute infiltrée d’éléments surmoïques mal décelés, en en montrant le caractère illusoire et abstrait74.

S’il existe – et l’expérience vécue, la clinique psychanalytique, d’une certaine façon, aussi bien que l’art et la littérature surtout, inclinent, à mon sens, à le croire — s’il existe un état amoureux non morbide, c’est alors celui où ni l’illusion érotomaniaque – d’essence psychotique – ni l’aliénation perverse, ni le refoulement et l’évitement névrotiques, ni l’abrasement psychosomatique, n’ont de part véritablement influente, et où se réalise – passagèrement en général, certes, mais le temps ici ne fait rien à l’affaire – tout le contraire d’une dissociation ou d’une régression déstructurante isolée,.où se réalise, « grâce à une activité psychique intense »75, une synthèse originale qui, lorsqu’elle engage le couple, permet « l’expression de l’aspiration sexuelle totale »76 où Freud voit, à juste titre, le vrai sens de l’amour.

Et c’est ici que se révéleraient, au plan psychologique, des virtualités pulsionnelles qui, distinctes de la libido et de la compulsion de répétition, tendraient peut-être à atteindre « un état n’ayant encore jamais existé » : les « efforts d’Éros » feraient plus que de « réunir les unités organiques »77, ils réuniraient les unités psychiques, « de manière à en former des unités plus vastes, nouvelles ».

Je ne veux nullement prôner une mystique de l’état amoureux ou de l’extase amoureuse : elle serait d’ailleurs incompatible avec la perspective que j’ai adoptée. Je pense seulement que certains vécus fulgurants d’une part – au reste peu fréquents – mais également un sentiment plus durable, qu’il n’y a pas lieu de ne pas nommer amoureux s’il est périodiquement revigoré par des reviviscences de l’état initial, autorisent l’idée d’une affectivité – et non pas seulement d’une sexualité – créatrice. À noter au passage que ce qui se trouve atteint, dans d’autres formes d’expérience, par les chemins compliqués de la sublimation, ne saurait ici être regardé comme résultant de ce même processus, bien qu’on l’ait parfois baptisé, lui aussi, « sublime »78

Il ne s’agit aucunement, dans l’aspect de l’état amoureux dont j’ai parlé, d’une modalité d’amour platonique où l’inhibition de la tendance quant à son but serait indéfiniment prolongée ; il ne s’agit pas d’hypostasier l’amour courtois, le pétrarquisme ou l’amour romantique ; bref, je n’y vois pas la moindre désexualisation, le moindre détournement de l’énergie libidinale (je ne dis pas de l’énergie agressive, mais c’est là tout un aspect de mon sujet que j’ai ici délibérément laissé de côté) vers des buts non sexuels. Dans l’expérience vécue que j’ai en vue il existerait même plutôt une sursexualisation. Simplement, ni les vicissitudes de l’idéal du Moi, ni les avatars du Surmoi, ni les effets du refoulement ne me paraissent suffire à rendre compte de ce qu’il y a de plus évolutif dans l’état amoureux et, plus généralement, dans la fonction amoureuse.

Je me pose donc la question de savoir s’il n’y a pas lieu de conférer aux efforts d’Éros une valeur parfois métalibidinale, tout en restant nécessairement d’expression sexuelle, dans la mesure où elle serait peut-être de nature à nous fournir une meilleure explication d’un phénomène tel que l’état amoureux, que l’on se plaît habituellement à attribuer exclusivement aux effets de l’action conjointe du narcissisme et du refoulement.

Pour résumer le plus nettement possible les différents aspects de la position que je viens de suggérer, je dirai qu’il me semble pouvoir relever dans l’état amoureux, au moins à titre de composante plus ou moins agissante, l’existence d’un mouvement dynamique régrédient, dont la valeur fonctionnelle me paraît évidente, et d’une sorte de déstructuration accompagnée parfois de certaines impressions épisodiques de dépersonnalisation, mouvement qui représente comme la condition et le moment premier d’une néo-structuration progrédiente, moment second que l’on ne saurait méconnaître sans tomber dans les limites d’une vision exclusivement égocentrique et rétrospective.

J’y vois intervenir aussi un investissement objectal novateur, prenant certes racines dans le champ du transfert mais qui, par l’accomplissement d’une relation spécifique avec l’objet, peut s’épanouir bien au-delà du déterminisme transférentiel. L’aimé est l’unique. L’état amoureux représente une nouvelle naissance, ' et non pas seulement la répétition et comme la mélodie transposée d’une expérience oubliée.

J’y vois encore un indubitable comblement narcissique, qui vient s’associer à la satisfaction du besoin sexuel, mais la libido du Moi se trouve cependant transcendée, du fait de l’effraction des limites du Moi et de l’accession virtuelle à une intersubjectivité en acte, accession que l’on peut exprimer par métaphore poétique de la nouvelle âme issue de la fusion amoureuse, mais qui ne figure somme toute rien qui doive étonner, point davantage en tout état de cause que la création, il est vrai merveilleuse, d’un nouvel être vivant, d’un enfant. Les amoureux mettent d’abord au monde leur propre amour…

Sur la fonction structurante et régénératrice du mouvement amoureux enfin, on a souvent insisté : même limité à ses coordonnées habituelles, dans la mesure où il implique la mise en jeu d’une activité fantasmatique intense, la satisfaction du désir sexuel et une intégration, peu coutumière à ce degré dans le cours commun de l’existence, des éléments du processus primaire, grâce aussi à la satisfaction de processus non liés, l’état amoureux procure des joies d’exception en même temps qu’il se trouve doté d’une valeur spontanément maturante ou thérapeutique, au reste de tout temps reconnue.

Je voudrais enfin indiquer que ces considérations et surtout la direction de pensée où je me suis trouvé conduit à les situer, me paraissent déborder le cadre du sujet que j’aborde en ce qu’elles tendent à mettre l’accent sur l’innovation et non sur la répétition, sur la synthèse et non sur la dissociation ; je ne dis pas l’analyse car je pense que l’analyse, au double sens du terme, tout en étant parfaitement fidèle à sa vocation propre, doit compléter son mouvement de décomposition par une reconnaissance parallèle et le cas échéant explicite, de la part créatrice du dynamisme mental.

Quelque contrariées qu’elles puissent être, la sexualité et l’affectivité, en tant que créatrices, sont toujours sous-jacentes, et il faut donc, dans l’application de la théorie psychanalytique en dehors de son champ propre, clinique (et même à vrai dire parfois au sein de ce champ même), opposer ou adjoindre la puissance de novation et d’invention à la compulsion de répétition et à la pulsion de mort79, l’idée de lien interhumain spécifique et fondamental à celle de manifestation transférentielle, celle de mouvement régressif restructurant à celle de défense par clivage et par involution. On dira qu’en fait cette double polarité est constamment présente à l’esprit des analystes. D’où vient alors que tant de gens non familiarisés avec l’analyse se méprennent et se trouvent induits en erreur par l’aspect réducteur de son génie au point d’y voir parfois comme un totalitarisme de la réduction ?

Encore qu’il existe indubitablement une immense et universelle pression de l’inconscient et des forces du Ça « qui nous vit plutôt que nous ne le vivons », comme le dit Groddeck, il est vrai aussi que « ce n’est pas seulement ce qu’il y a de plus profond en nous, selon la parole freudienne, qui peut être inconscient, mais aussi ce qu’il y a de plus élevé »80, mais aussi ce qu’il y a de plus fécond, de plus évolutif, ajouterai-je. Certes, l’amour-propre a des exigences imprescriptibles, auxquelles, sous le masque éventuel de divers alibis, nous sommes obligés de satisfaire – pourquoi du reste le déplorer ? – mais encore ces exigences ne constituent-elles pas des limites absolues. La Rochefoucauld lui-même pensait que « s’il y a un amour pur, exempt du mélange de nos autres passions, c’est celui qui est caché au fond de notre cœur et que nous ignorons nous-même »81.

Thanatos, il est vrai, entoure de son silence premier tout « le bruit qui vient de la vie », de notre vie à tous, mais l’amour, parmi les possibilités qui nous sont offertes, est sans doute, au moins pour certains, celle qui réussit le mieux à absorber ce silence dans son chant profond.


30 S. Freud, Malaise dans la civilisation, chap. 1er, passim. Cf. Rev. fr. de Psychanal., 1970, n° 1.

31 S. Freud, Contributions à la psychologie de la vie amoureuseContributions à la psychologie de la vie amoureuse, in La vie sexuelle, chap. 4 (P. U. F.).

32 S. Freud, Observ. sur l’amour de transfert in De ta tech. anal, p. 128 (P. U. F.).

33 S. Freud, Ibidem, pp. 126-127.

34 De la Rochefoucauld, Maxime 11.

35 S. Freud, Psychol. Coll… Chap. 8.

36 W. Shakespeare, Roméo et Juliette, III, 3.

37 M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception, Avant-Propos, p. III.

38 De la Rochefoucauld, Maxime 136

39 M. de M’Uzan, Le monde de la séparation, Guilde du Livre, avril 1954.

40 S. Freud, Psychol, coll. et anal, du Moi, chap. 2.

41 F. Pasche, Régression, perversion, névrose in À partir de Freud (Payot, 1969).

42 Montaigne, Essais, I, 28.

43 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

44 S. Freud, Pour introduire le Narcissisme in La vie sexuelle, chap. 5 (P. U. F., 1969).

45 S. Freud, Psychol. coll., p. 136, P. B. Payot.

46 S. Freud, Trois Essais, pp. 126-127 (Gallimard),

47 S. Freud, Trois Essais, p. 132.

48 Kestemberg, À propos de la relation érotomaniaque, R. F. P., 1962, 5.

49 E. Fromentin, Dominique, Éd. Garnier, p. 239.

50 L. Jekels et E. Bergler, Transference and Love, Psychoanal. Quarterly, 1949, pp. 325-350.

51 R. Allendy, L’Amour (Denoël).

52 M. Bouvet, Dépersonnalisation et relation d’objet, R. F. P., 1960, 4-5, ou La Relation d’objet (Payot).

53 J. G. Lemaire, La relaxation, préface de J. de Ajuriaguerra, P. B. P., 1964.

54 L. Aragon, Le fou d’Elsa, p. 73, Gallimard, 1963.

55 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

56 S. Freud, Trois Essais, p. 171.

57 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

58 S. Freud, Observations sur l’amour de transfert.

59 Ibidem.

60 S. Freud, Observations sur l’amour de transfert.

61 Cf. S. Freud, La Vie Sexuelle, chap. 4 (P. U. F., 1969).

62 S. Freud, Trois Essais, III, 5, p. 132.

63 S. Freud, Psychol. coll., chap. 4.

64 S. Freud, Trois Essais, pp. 148-150.

65 S. Freud, ibid., pp. 146-147.

66 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

67 S. Freud, Les pulsions et leurs destins (Métapsychol., p. 43).

68 S. Freud, Les pulsions et leurs destins, p. 57, n. 1, in Métapsychologie (Gallimard).

69 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

70 S. Freud, Psychol. coll., chap. 8.

71 S. Freud, La vie sexuelle, chap. 5 (P. U. F., 1969),

72 S. Freud, Trois Essais, p. 146.

73 Ibid.

74 M. Balint, Primary Love and Psychoanal. Techn., I, 7.

75 S. Freud, Trois Essais, p. 49.

76 S. Freud, Les pulsions…, p. 54 (Métapsychol.).

77 S. Freud, Au-delà du principe…, chap. 5.

78 Cf. Anthologie de l’amour sublime par Benjamin Pébet (A. Michel)

79 Voir ci-dessous l’essai intitulé : Impulsion novatrice et compulsion de répétition, I, 4.

80 S. Freud, Le Moi et le Ça, p. 195, P. B. Payot.

81 De La Rochefoucauld, Maxime 69.