3. Mutations postœdipiennes

Laborieuse latence

« La période de latence » : ne voilà-t-il pas un thème appelant électivement les approches cliniques et techniques et nécessitant, au premier chef, les contributions d’analystes familiers avec les plus récents résultats de l’observation directe, et spécialisés dans la pratique de l’analyse des enfants ?

« Quoi qu’il en soit, il est remarquable qu’à partir des traitements psychanalytiques des adultes, Freud ait pu reconstituer et décrire l’histoire du développement instinctuel de l’enfant et que celle-ci ait été désormais admise par tous ceux qui se sont occupés de la neurobiologie de l’enfant, en même temps que retrouvée par son observation directe82… » Oui, il est par exemple digne de remarque en effet que Freud ait détecté et décrit la période de latence, en ait véritablement créé la notion, sans le secours de la clinique psychanalytique de l’enfant, ni de ce qu’on entend aujourd’hui par observation directe, et c’est là une première justification aux considérations théoriques qui vont suivre.

On constate fréquemment que tout ce qui concerne la genèse et la signification de la latence, aussi bien que ce qui touche sa place dans la théorie de la sexualité et dans la théorie psychanalytique en général, est censé clair et bien connu. À quoi se trouve liée sans doute une certaine tendance à faire de la période de latence pour ainsi dire « une idée reçue » : quelque chose qui a été constaté et enregistré une fois pour toutes, sans mise en question ni approfondissement nécessaires. Il faut cependant rappeler le conseil de Freud de ne pas « s’illusionner sur la nature hypothétique de ses vues relatives à la période de latence » et l’insistance avec laquelle depuis les Trois Essais (1905) jusqu’au Déclin de l’Œdipe (1923), il fait remarquer que la conception qu’il en donne représente « un idéal que l’individu n’atteint qu’imparfaitement et dont souvent il s’écarte considérablement ».

Au reste, quitte-t-on Freud, que l’on trouve chez d’autres auteurs d’autres raisons de s’interroger : ainsi B. Bomstein estime-t-elle que l’on apprend relativement peu de chose au sujet de la latence à partir de l’analyse d’adulte83 ; ainsi encore et plus récemment Winnicott va-t-il jusqu’à franchement déclarer : « It is noi yet certain what constitules the latency period84 : On ne saurait avoir de certitude encore quant à ce qui constitue la phase de latence. » Il ne faut donc pas se hâter de la regarder comme une donnée définitivement classée du savoir analytique qui ne requérerait plus aujourd’hui d’efforts d’élucidation théorique, mais seulement une plus large investigation clinique et une meilleure adaptation technique. Sans du tout minimiser l’importance et l’intérêt – heuristique autant que thérapeutique – de l’observation directe de l’enfant ni les apports originaux, irremplaçables, de la Psychanalyse des enfants depuis 1930, il y a lieu, par conséquent, de ne perdre de vue ni l’origine et la situation épistémologique de la notion de période de latence dans l’œuvre de Freud, ni sa teneur en tant que « construction auxiliaire », en tant que « modèle » dirait-on plus volontiers à présent – ni les problématiques afférentes où elle se trouve inévitablement engagée. C’est là une condition indispensable pour que toute donnée, tout commentaire la concernant, soient susceptibles de parler à l’esprit, surtout si l’on songe au polymorphisme et à la relativité des faits constatés et décrits.

Remarquons en premier lieu que l’expression même de période de latence – due à W. Fliess85 – n’est pas sans évoquer aussitôt celle de contenu latent des rêves, des symptômes, etc. ; or à travers l’analogie verbale on saisit une référence commune à un processus d’occultation et de virtualisation.

Du point de vue strictement notionnel d’autre part, « période de latence » renvoie à la découverte et au concept de la Sexualité infantile, tout comme « contenu latent » renvoie à la découverte et au concept de l’Inconscient. En dépit des apparences il ne s’agit pas là d’une simple lapalissade : le rapprochement a été indirectement indiqué par Freud lui-même. « Je vois un parallèle, écrit-il dans l’Introduction à la Psychanalyse, qui n’est pas dépourvu d’intérêt : alors que la plupart confondent le conscient avec le psychique nous avons été obligé d’élargir la notion de psychique et de reconnaître l’existence d’un psychique qui n’est pas conscient. Il en est de même de l’identité que certains établissent entre le sexuel et le génital (= ce qui se rapporte à la procréation), alors que nous ne pouvons faire autrement que d’admettre l’existence d’un sexuel qui n’est pas génital86. »

Il s’ensuit que l’individualisation de la période de latence implique et présuppose la découverte connexe de l’inconscient et de la sexualité infantile, à travers la résistance due aux processus défensifs. Autrement dit l’idée d’une période de latence sexuelle et sa rencontre dans l’expérience, sont choses absolument originales et qui ne peuvent se concevoir qu’à la condition d’admettre l’extension (Freud dit parfois « la restauration ») de la notion de sexualité aussi bien que l’extension de la notion du psychique, et parallèlement, de découvrir le dynamisme mental, c’est-à-dire le conflit. Par quoi s’éclaire alors tout à fait la communauté verbale que je relevais dans « période de latence sexuelle » et « contenu latent du rêve » : ce qui fait qu’il existe un déguisement, une élaboration, oniriques, est aussi ce qui fait qu’il y a une mise en latence pulsionnelle à un certain moment du développement infantile. Cette correspondance, une fois encore, me paraît avoir été explicitement marquée par Freud (dans une formulation particulièrement précieuse pour l’intelligence de certains phénomènes caractéristiques de la période de latence), à savoir que « dans les faits de refoulement toute diminution de l’investissement agit comme un éloignement de l’inconscient ou comme une déformation »87. Et réciproquement.

À considérer un tel principe, le point de vue génétique et le point de vue métapsychologique trouvent leur point d’attache et de jonction, autrement dit l’analyste clinicien peut, par son intermédiaire, donner la main à l’analyste théoricien – toujours, bien sûr, réunis dans un même personnage et que je ne distingue ici que fictivement…

En revanche un tel accord ne saurait aussi aisément se réaliser entre le biologiste et le psychanalyste, en matière de latence, car il est avéré que la notion de latence sexuelle recouvre une ambiguïté constitutive : c’est, au moins sous un certain rapport, une notion hétérogène, se trouvant en porte-à-faux entre le biologique et le psychologique. En effet, bien qu’il existe une correspondance manifeste entre phénomènes physiologiques et phénomènes psychiques à la puberté, qui marque la fin de la période de latence, et cela, même s’il existe un décalage temporel entre les deux séries phénoménales, en revanche – comme Laplanche et Pontalis y insistent à bon droit dans leur Vocabulaire – le lien est beaucoup plus incertain en ce qui concerne le début de la latence. Aussi bien Freud réclamait-il (dans la Préface à la 3e édition des Trois Essais) « l’indépendance de toute recherche biologique pour tout résultat d’études étroitement lié aux données de la psychanalyse »88.

La période de latence doit donc être considérée par les psychanalystes comme une donnée spécifique et autonome. Ce qu’il y a d’essentiel dans sa définition a trait à la conception psychanalytique de l’appareil psychique. Ce qui n’invite nullement néanmoins, sou-lignons-le, à couper cet appareil de son enracinement somatique, mais uniquement à respecter l’espèce de tension contradictoire entre le biologique et le psychologique où Freud s’installe pourrait-on dire, tantôt (par exemple) revendiquant (comme on vient de le voir) l’indépendance absolue de la recherche psychanalytique, tantôt89 prenant la liberté d’affirmer, contradictoirement, que « la période de latence est un phénomène physiologique ». L’ambiguïté me paraît littéralement incrustée dans les perspectives freudiennes et je crois que l’on s’expose à les trahir quand on prétend la réduire. En tout état de cause elle ne saurait être éliminée en ce qui concerne la définition de la période de latence car elle se marque dès la position de ses repères chronologiques : c’est une phase d’arrêt – ou de régression – dans l’évolution de la sexualité infantile, qui va du déclin du complexe d’Œdipe jusqu’au début de la puberté (Freud, Nunberg, Laplanche et Pontalis, etc.).

De fait, les notions de sexualité infantile et de complexe d’Œdipe sont spécifiquement, irréductiblement, psychanalytiques, tandis que la puberté est un repère à la fois physiologique et psychologique, non spécifique. D’autre part, la connotation d’arrêt, de suspension – voire de régression –, dans le développement sexuel, suppose manifestement la reconnaissance comme sexuels de phénomènes auparavant inaperçus ou méconnus sous ce rapport et, implicitement, l’intervention d’un obstacle, d’une énergie de contre-investissement, sans quoi le flux libidinal ne saurait, dans ses effets psychiques, être endigué, ni l’évolution de la sexualité, sur le plan psychique, se trouver suspendue. Ce qui semble, à première vue, le simple relevé de faits d’observation présuppose donc en réalité les points de vue génétique et métapsychologique. Comment en douter au reste puisque Freud, tout en faisant état de constatations empiriques où la période de latence est soit absente, soit incomplète, soit aberrante, l’établit en tant que donnée universelle régissant l’évolution humaine – et celle-là seule – en l’insérant dans le cadre du diphasisme de l’évolution de la sexualité, sur lequel il est revenu à mainte et mainte reprise, pour en marquer l’importance fondamentale, tout au long de son œuvre et notamment en 1926 dans Inhibition, Symptôme, Angoisse : « Nous observons que chez l’homme la vie sexuelle ne se développe pas d’un seul tenant de ses débuts à sa maturité mais connaît, après un premier épanouissement qui s’étend jusqu’à la cinquième année, une énergique interruption, pour reprendre ensuite à la puberté et renouer avec ses débuts dans l’enfance. »

Pourquoi cette « énergique interruption » ? C’est là pour Freud – et reste pour nous – une énigme, qu’il n’est possible d’éclairer que par des hypothèses (du fait que « la cause du déclin de l’Œdipe nous demeure toujours inconnue »)90.

Par une hypothèse ontogénétique d’abord : ce serait l’impossibilité de surmonter les obstacles, soit externes, soit internes, à la réalisation des désirs œdipiens qui aboutirait à la dislocation du complexe et à la disparition de l’organisation phallique de la sexualité. Arrive un temps où « cette fleur précoce » qu’est l’amour incestueux se trouve « endommagée par le gel ». Aucun attachement amoureux d’un tel caractère ne peut, dit Freud, échapper à la fatalité du refoulement. Même si les déceptions répétées ou les menaces expresses de castration font défaut, la trop longue attente de la satisfaction du désir peut même suffire à déclencher ce processus. Il est évident que les événements ne sont pas les causes effectives mais que ces attachements amoureux étaient destinés à sombrer un jour ou l’autre (On bat un enfant). Se plaçant à un autre point de vue, Freud propose ensuite une hypothèse phylogénétique, reposant sur l’idée de prédétermination héréditaire du développement psychosexuel. Avec la période de latence, « les enfants entrent dans une nouvelle phase de l’évolution, au cours de laquelle ils sont obligés de refaire le refoulement du choix objectal incestueux advenu dans l’histoire de l’humanité »91. Et en d’autres termes : « le complexe d’Œdipe déclinerait parce qu’est venu pour lui le moment de disparaître, phénomène analogue à celui de la chute des dents de lait qui tombent lorsque se forment les dents définitives (Le déclin de l’Œdipe). À ces suppositions parfaitement compatibles entre elles mais d’un caractère plus ou moins audacieusement spéculatif, on pourrait en adjoindre d’autres, utilisées par Freud dans un autre contexte mais qui s’appliqueraient assez aisément au nôtre, qu’il s’agisse de la très importante idée d’un antagonisme inhérent à la pulsion sexuelle, de l’opposition entre intérêt du moi et exigences sexuelles, de la notion d’oscillation constante entre investissements objectaux et investissements narcissiques, ou encore de certaines incidences de l’automatisme de répétition avec, en filigrane, la présence des pulsions destructrices.

On peut aussi, il est vrai, se contenter de l’explication par la peur de la castration (du moins en ce qui concerne l’évolution sexuelle des garçons, la période de latence des filles posant des problèmes particuliers), mais je crois qu’il est souhaitable d’avoir présentes à l’esprit aussi bien que les contours et la situation notionnels de la latence, les spéculations freudiennes la concernant (si réticent qu’elles puissent laisser parfois), ne serait-ce que pour donner aux investigations post-freudiennes et aux problèmes techniques nouveaux qui se sont posés, la toile de fond sans laquelle une dimension essentielle serait absente.

Cela, que je crois vrai de l’observation directe et de la psychanalyse des enfants en latence, l’est également, il va de soi, de ce qu’est susceptible d’apporter l’analyse d’adultes à notre sujet. Là aussi en effet il me paraît malaisé de conférer un sens clair et leur juste portée aux éléments indirectement ressaisis qui semblent ressortir de la période de latence chez tel ou tel patient, sans apprécier leur écart par rapport au modèle freudien. Il ne faut pas certes sous-estimer les difficultés d’appréhension de tels éléments spécifiques, du fait du caractère médiat et rétrospectif de leur abord, du fait aussi d’une assez fréquente extension de l’amnésie infantile à une partie au moins de cette époque de la vie et surtout du fait des remaniements inconscients qui transforment le vécu effectif insaisissable – et jamais saisi – et continuent de le transformer sous l’effet des résistances et du transfert. À quoi s’ajoute une difficulté particulière de repérage des constellations dynamiques véritablement indicatives produites à tel moment de l’analyse à la faveur d’un mouvement régressif, d’une accentuation des contre-investissements… puisque aucune organisation pulsionnelle nouvelle n’individualise la latence et qu’elle se définit au premier chef comme un arrêt.

En dépit de tous ces obstacles une approche valable en demeure dans une certaine mesure possible, d’un côté à travers les remémorations obtenues, si l’on sait faire la part de l’équation défensive que l’on s’est accoutumé à pressentir, et de l’autre à travers des redistributions structurales, plus ou moins passagères et plus ou moins nettes.

Par exemple, au cours d’une cure où une phase initiale d’analyse de résistances au transfert a été suivie d’une phase de reviviscence des émois œdipiens et de leur élaboration interprétative, voici que, peu à peu, les réactions transférentielles paraissent moins vives, que les affects se font moins envahissants et moins contrastés, voici surtout que le moi, aussi bien dans la situation analytique qu’en dehors d’elle, donne le sentiment d’un surcroît fonctionnel, semble drainer presque toute l’énergie disponible à son profit, s’appuyer avec une insistance nouvelle sur l’idéal du moi inconsciemment projeté sur l’analyste en même temps qu’il se fait plus complaisant par rapport à certaines sollicitations idéologiques du milieu professionnel. Par ailleurs l’impératif du principe de réalité devient plus souvent sensible au sein même des séances, mettant en sourdine les processus primaires : les associations, les rêves et jusqu’au comportement révèlent une secondarisation de plus en plus marquée. Se manifeste aussi une recherche accrue de plaisir narcissique – voire à quelques occasions franchement auto-érotiques – dans une dimension mixte, mi-sublimatoire, mi-réactionnelle – et tout cela se réalise comme au détriment de certains investissements objectaux naguère importants. Tous ces indices – d’autant mieux appréhendés comme tels que des souvenirs de la seconde enfance antérieurement évoqués leur ont donné valeur d’écho, de répétition – font invinciblement songer à une résurgence d’une position propre à la période de latence de cet analysé, de par une régression mesurée, assez facilement distinguée d’une régression plus profonde mais qui ne manquerait pas de certains traits communs avec elle à première vue, je veux dire une régression au stade sadique-anal avec son organisation pulsionnelle si prégnante. Aussi bien le mouvement complexe dont je présentais l’esquisse, tout en ayant valeur d’une intensification des résistances et notamment d’une certaine recrudescence de la résistance au transfert initiale, se trouvait également lié à un effort de ressaisie et de synthèse personnelles, à un progrès dans la réparation des traumatismes ainsi qu’à de nouvelles intégrations.

Tout en admettant qu’il subsiste toujours une marge d’incertitude et un certain manque de « mise au point » dans les données que l’analyste d’adultes peut recueillir concernant la période de latence de ses patients – lorsque la chose se présente – il demeure que celles-ci offrent un double intérêt :

celui d’abord d’une appréciation plus fine et mieux délimitée de certains mouvements et de certaines constellations complexes observables au cours de telle ou telle cure ; celui aussi, plus théorique, mais qui nous intéresse davantage ici, de permettre une extrapolation (prudente bien entendu) des éléments d’observation hic et nunc, en vue d’une reconstruction spécifique de la latence du sujet dans sa singularité mais également, – à travers la confrontation avec « l’idéal de la latence » et à travers une appréciation comparative de l’évolution de l’ensemble de la personnalité, à tel moment de la biographie et à telle phase de la cure, – en vue d’une connaissance meilleure de la période de latence en elle-même. C’est en effet une véritable étude longitudinale rétrospective qui dans les cas favorables peut être ainsi, sinon parfaitement accomplie, du moins testée et approximativement dessinée. À partir de quoi on peut tirer des conclusions de portée générale concernant la valeur à long terme de telle configuration symptomatique mais surtout, envisagée dans son devenir, de telle situation d’ensemble de la personnalité, réalisée lors de la période de latence.

Que celle-ci doive être caractérisée comme une phase durant laquelle se forment et se maintiennent de très importants processus défensifs, c’est un point fondamental sur quoi les analystes de toute tendance et quelles que soient les sources de leur expérience, paraissent s’accorder. Aussi bien on admet couramment comme faisant partie de sa définition qu’il s’y produit généralement une diminution des activités sexuelles, de pair avec une désexualisation, plus ou moins poussée, des relations objectales et des affects. Le désir érotique – qui persiste comme courant inconscient – se mue en amour de tendresse. Sur ce point particulier, objet d’une nette insistance de la part de Freud, il y a lieu, me semble-t-il, de remarquer qu’à y regarder d’un peu près, la latence s’inaugure dès avant la période de latence proprement dite : en effet « nous parlons d’amour (d’amour pour le premier objet, la mère), lorsque les tendances psychiques de la pulsion sexuelle viennent occuper le premier plan alors que les exigences corporelles ou « sensuelles » qui forment la base de cette pulsion, sont refoulées ou momentanément oubliées ; (Or) à l’époque où la mère devient un objet d’amour, le travail psychique du refoulement est déjà commencé chez l’enfant… »92. Les ébauches de sublimation et les formations réactionnelles nouvelles que l’on voit classiquement poindre au moment de la latence auraient donc de bien précoces précurseurs…

Quoi qu’il en soit, du point de vue structural, la période de latence se présente comme une période d’autonomisation accrue, d’affermissement et de prépondérance économique du Moi ; comme celle qui voit se constituer en tant qu’instance indépendante et spécifique le Surmoi de par une sorte d’opposition d’une partie du moi à lui-même à la suite, héritage de l’Œdipe, d’une intériorisation inconsciente des exigences et des interdits parentaux. Genèse facilitée, tout comme la désérotisation des sentiments envers les parents, par le fait qu’identification vaut, régressivement, pour possession.

On voit alors l’enfant en lutte contre son monde pulsionnel et en particulier en lutte contre ses pulsions sexuelles, utilisant une grande part du restant de ses forces disponibles à la mise en œuvre de la fonction synthétique du moi, encore peu opérante au début de la latence. Non seulement il s’applique à satisfaire à la fois aux exigences de son Surmoi naissant et des institutions socio-culturelles avec lesquelles il prend un plus large et constant contact, mais encore et peut-être surtout, il ressent avec une acuité jusque-là inconnue, la nécessité de s’adapter au réel, ce qui l’oblige à un contrôle difficile de ses processus primaires. Il existe chez lui, dit fort bien Mélanie Klein, « une véritable surenchère obsessionnelle de la réalité »93. Et Winnicott de souligner, dans la même ligne de pensée, que « tandis que le petit enfant est souvent incontrôlé et cependant sain parce qu’il se trouve naturellement contrôlé par ceux qui en ont la charge, au contraire l’enfant de la période de latence qui se présente comme ouvertement déséquilibré est un enfant, lui, très sérieusement malade et qui requiert une vigilance particulière »94. Pour cet auteur, un équilibre fonctionnel du psychisme représente un impératif absolu à cette époque de la vie, du fait que le moi s’y trouve assumer la quasi-totalité d’une charge qui, aussi bien antérieurement qu’ultérieurement, est assumée alors en partie par le Ça. C’est pourquoi, dit-il, on voit les enfants entre 6 ans et 10 ans entretenir avec leurs pareils des relations souvent intimes et prolongées sans participation ni manifestations sexuelles directes ; c’est pourquoi on les sent bien prêts à l’introjection mais ni à l’incorporation ni à l’engagement dans une relation impliquant directement leurs pulsions ; c’est pourquoi ils se montrent si volontiers portés à l’exhibition de certaines de leurs expériences subjectives sans que cela porte à conséquence.

Tout en reconnaissant des caractéristiques communes à la période de latence tout entière et notamment une constante rigueur à l’égard des désirs incestueux, qui s’exprime électivement dans un incessant combat contre la masturbation, Berta Bornstein estime que cette phase n’est pas uniforme95 et qu’il y a intérêt à y individualiser deux aspects successifs. Durant ce qu’on pourrait appeler la première latence (de 5 1/2 à 8 ans) les sollicitations pulsionnelles sont encore vives, le surmoi est encore perçu à la façon d’une enclave étrangère. Il y a d’autre part intrication des différents modes de défense (défense par régression prégénitale contre les émois génitaux, mais aussi nécessité d’une défense contre les pulsions partielles elles-mêmes, d’où l’apparition de formations réactionnelles et des premières modifications durables du caractère). On observerait en outre une accentuation de l’ambivalence, entraînant des mouvements défensifs assez frustes tels que l’identification à l’agresseur ou la projection de la culpabilité. Quant à la névrose infantile elle n’est pas encore nettement atténuée et de nouveaux symptômes peuvent survenir qui lui confèrent un profil différent. Par exemple, à une phobie d’animaux va succéder une angoisse de séparation, à une peur de la castration une appréhension de la mort. Enfin les enfants sont alors habituellement plus conscients de leurs difficultés et de leur souffrance, et par conséquent plus disposés à coopérer dans une éventuelle psychothérapie, que les enfants déjà entrés dans la seconde latence (de 8 à 10 ans).

Chez ces derniers on verrait généralement le moi exposé à des conflits moins sévères, les exigences sexuelles étant moins fortes ; le surmoi serait ressenti comme moins étranger et l’adaptation à la réalité mieux et plus largement assurée. De pair avec une nette atténuation de l’idéalisation des parents, l’influençabilité générale serait accrue tout comme la recherche d’approbation en dehors du milieu familial. L’opposition à la masturbation atteindrait son acmé dans une surtension des organisations défensives. Souci dominant : la préservation d’un équilibre précaire obtenu et maintenu à grand-peine. L’inhibition des processus fantasmatiques serait souvent puissante et par suite l’invitation à l’association libre, dans le cadre d’un éventuel traitement, ressentie comme une sérieuse menace pour l’intégrité personnelle. Je note en passant, à cette occasion, que l’espèce de dysharmonie évolutive que l’on observe à cet âge entre le développement des capacités opérationnelles et défensives du moi et le réfrénement accru des manifestations de l’inconscient, peut être considérée comme une compensation du décalage qui s’était instauré, au cours des phases précédant la période de latence, entre l’évolution de la sexualité et celle du moi. Toutefois il n’est pas rare de voir persister l’hypertrophie du moi au-delà de la latence, jusque dans l’âge adulte, ce qui entraîne inévitablement des désordres, souvent peu remarqués, dans le fonctionnement psychique. Alors qu’on doit s’attendre à ce qu’un enfant après s’être montré « pervers polymorphe » se révèle, si je puis dire, « névrosé polymorphe », une fixation à la latence comporte inévitablement un important abrasement de la potentialité évolutive d’une personnalité demeurée jusque-là peu entamée.

À travers toutes ces notations il demeure évident, ainsi que R. Diatkine l’a marqué avec force dans son essai sur Le Normal et le Pathologique dans l’évolution mentale de l’enfant96 que, quelle que soit la continuité et l’indiscutable interpénétration des différents stades de cette évolution, ceux-ci révèlent une hétérogénéité structurale dont il faut absolument tenir compte. Même si l’on admet que la latence ne constitue pas un stade à proprement parler mais seulement une période dans la mesure où n’y apparaît pas d’organisation nouvelle de la sexualité, il reste vrai que cette hétérogénéité la concerne également, ne serait-ce que parce qu’elle constitue un moment à la fois indispensable et spécifique de l’ontogenèse humaine.

« La fonction de la libido, loin de surgir toute faite, loin même de se développer en restant semblable à elle-même, traverse une série de phases successives entre lesquelles il n’existe aucune ressemblance. Elle présente par conséquent un développement qui se répète plusieurs fois à l’instar de celui qui s’étend de la chrysalide au papillon97. » L’évolution libidinale suit donc aux yeux de Freud une sorte de progression en spirale et l’on pourrait dire que la période de latence selon sa métaphore est celle où la libido file son cocon. Aussi bien, dans les définitions qui en sont classiquement données, ne peut-on manquer d’être frappé par la puissante et parfois presque exclusive accentuation de ses traits caractéristiques négatifs : mobilisation massive des défenses, raréfaction des expressions directes de l’inconscient. Ce qui certes correspond bien à la réalité, puisque la latence se trouve incontestablement dominée par la mise en jeu de processus susceptibles d’être affectés du signe moins : suspension du développement de la sexualité, désexualisation, contre-investissement, régression, refoulement, formations réactionnelles, quasi-hibernation de certains investissements objectaux, virtualisation du désir, destruction du complexe d’Œdipe, etc. Mais alors ne serait-ce pas en raison d’une part de cette prévalence du négatif et d’autre part d’une concentration exclusive sur le développement sexuel, que tant d’incertitudes et d’obscurités subsisteraient, d’un large aveu, concernant la nature et le statut de la période de latence ? Et que si par conséquent on s’attachait tout ensemble à faire ressortir la positivité de la latence et F indissociabilité de l’évolution pulsionnelle par rapport à la formation du sujet, dans sa totalité, sans doute serait-on plus à l’aise et plus au clair. Or il n’est que de considérer la fonction des processus négatifs à l’œuvre : manifestement elle consiste à rendre possible le dépassement du drame œdipien et la poursuite du développement. Cette fonction ne peut s’accomplir que si conjointement aux processus « négatifs », des processus « positifs » se trouvent mis en branle. À côté de ce qui détruit, de ce qui oblige au renoncement, il y a ce qui construit et offre de nouveaux plaisirs. À ce qui aliène fait contrepartie ce qui autonomise. L’acquisition de possibilités, d’« opérations » nouvelles, aussi bien somatiques que psychiques, aussi bien mnésiques et pragmatiques qu’affectives, imaginaires et intellectuelles (notamment à travers la maîtrise du langage et les effets de l’insertion scolaire et sociale), tout cela représente des intégrations difficiles et une importante mobilisation énergétique en même temps qu’une « complexification » dynamique et topique où il serait peut-être artificiel de prétendre isoler le destin libidinal.

N’est-ce pas d’ailleurs en fonction de cette positivité inhérente à la latence que R. Diatkine peut mettre l’accent (dans le travail que j’ai cité), à la fois :

sur la prévalence de l’organisation générale, globale, du psychisme infantile, par rapport aux divers symptômes qui peuvent s’y inscrire ;

sur la réversibilité éventuelle des structures pathologiques observées, par rapport à leur teneur immédiatement alarmante, enfin et surtout

sur la capacité d’innovations opérationnelles, par rapport à certaines inhibitions ou altérations temporaires d’acquisitions antérieures ?

Tout ceci trouvant sa confirmation dans le triple fait, largement reconnu par les analystes, que – si l’évolution de l’enfant est censée s’accomplir de manière continue, cohérente et qu’on n’ait pas lieu de prévoir de distorsions ultimes importantes,

1° les phénomènes de latence doivent survenir en leur temps, compte tenu des exigences de l’environnement ;

2° ne pas être trop discrets voire absents ou bien par trop lacunaires (une carence de phase de latence va en effet de pair avec des tableaux morbides habituellement de fort mauvais pronostic) ;

3° ne pas être excessifs, sous l’angle des manifestations de refoulement et d’inhibition, en même temps que comporter déjà des preuves des possibilités mutatives qui culmineront autour de la puberté.

Mais après tout, pour donner son plein sens à la notion de période de latence, ne suffit-il pas de se souvenir que dans l’esprit de Freud, peu suspect d’optimisme ou de propension aux rêveries téléologiques, « est refoulé ce qui doit être laissé en arrière parce qu’inutilisable dans la marche vers les phases évolutives ultérieures, parce que contraire et même nuisible au développement nouveau »98 ?

La seconde surprise

A-t-on assez fait valoir l’importance des remaniements consécutifs au complexe d’Œdipe, assez mis en relief leur dimension positive et leur valeur mutative ? Il est permis d’en douter, notamment en ce qui concerne la période de latence, trop fréquemment l’objet d’une caractérisation principalement négative – d’où les considérations qui précèdent — ; on peut aussi penser que l’accent n’est d’ordinaire pas assez mis sur la spécificité du rôle de la seconde poussée libidinale en tant que « dernier organisateur de la vie instinctuelle »99.

« L’organisation œdipienne du stade génital » telle qu’elle a été finement étudiée par Catherine Parat dans un travail qui se trouve à l’origine des présentes réflexions100, n’est à mon sens pleinement concevable qu’à la condition de conférer une valeur structurante et, disons le mot, mutative, à la totalité du diphasisme, dont on ne rappellera jamais inopportunément qu’il régit l’instauration de la sexualité humaine. Je veux dire par là que, tout en reconnaissant avec notre auteur « la place privilégiée du complexe d’Œdipe dans cette évolution », sa fonction de plaque tournante à l’égard de celle-ci, créant « un nouveau mode d’être, de sentir, de penser, de communiquer avec les autres », néanmoins je pense qu’à moins d’étendre démesurément la signification de l’Œdipe en tant que tel (tendance patente chez certains), il y a lieu également de tenir compte, et spécifiquement compte, non seulement du délai imposé, par une évolution anatomo-physiologique, génétiquement déterminée, à la réalisation sexuelle, au sens étroit du terme, mais aussi, et de façon approfondie, des « transformations de la puberté » auxquelles Freud a voulu consacrer le dernier de ses Trois essais sur la théorie de la sexualité. Et cela tout particulièrement peut-être si l’on se place dans la perspective-limite – faudrait-il dire utopique ? – d’un développement non entravé, c’est-à-dire celui de sujets ayant non seulement abordé le conflit œdipien « avec la charge majeure de leurs mouvements libidinaux », avec « un élan libidinal aussi libre que possible de fixations prégénitales », mais encore l’ayant dépassé, autrement dit ayant évité la fixation œdipienne.

Or précisément ce que je voulais ici marquer, c’est que s’il est vrai que la structure libidinale qui peut alors être observée révèle son origine œdipienne, s’il est vrai que s’y vérifient toutes les considérations liées aux correspondances étroites existant dans la vie amoureuse à l’acmé de son épanouissement relationnel, entre l’enfance et l’âge adulte (correspondances en vertu desquelles Freud estimait que trouver l’objet d’amour ce n’est jamais que le retrouver), il me paraît vrai aussi, par ailleurs, que cette part de l’amour hétérosexuel qui ne s’édifie pas sur l’ancien désir œdipien trouve sa condition de possibilité et voit son premier surgissement au moment de la seconde poussée de la maturation libidinale, lors de l’efflorescence pubertaire et post-pubertaire.

Assertion que j’autoriserai volontiers – excluant des références tirées de l’expérience sur lesquelles je ne puis » ici m’étendre – d’un texte de Freud qui constitue un important et tardif supplément à la théorie de la sexualité : il s’agit de « L’organisation génitale infantile » (1923)101.

Dans cet article – qui me semble garder sa valeur suggestive, même si certaines constatations qui s’y trouvent présentées ont pu, depuis lors, être particulièrement contestées de par une meilleure connaissance de la sexualité féminine – Freud s’efforce de cerner au plus près la différence entre sexualité infantile et sexualité accomplie. Au cours des années, note-t-il, il s’est vu conduit à réduire cette différence et à marquer, au contraire, l’analogie entre la sexualité contemporaine du complexe d’Œdipe et ses formes évolutives achevées, telles qu’on les observe chez l’adulte sain ; cependant il subsiste à ses yeux une différence irréductible : pour les enfants des deux sexes il n’existe qu’une seule espèce d’organe génital, l’organe mâle. Si bien que tout en étant fondé à affirmer que l’intégration des pulsions prégénitales sous le primat de la génitalité a lieu à la période œdipienne, il demeure que la primauté en question n’est pas à proprement parler génitale mais phallique. Aussi bien, ajoute-t-il, le complexe de castration, stricto sensu inséparable du complexe d’Œdipe, ne peut-il être correctement apprécié qu’à la condition de tenir compte du fait qu’il apparaît au cours d’une phase qui est en son essence phallocentrique.

L’importance de cette notation vient s’accroître à la lumière de la remarque de Michel Gressot selon laquelle « l’interdit de l’inceste garde (et je me permettrai d’ajouter : gardera toujours) quelque chose du régime phallico-narcissique à la transformation duquel il a mission d’œuvrer aussitôt que l’hétérosexualité entre en jeu »102.

Si donc, au stade œdipien, c’est-à-dire au stade phallique, l’antithèse est entre pénis et absence de pénis, autrement dit si la différenciation sexuelle n’est encore – du point de vue de la connaissance et plus encore de celui de l’intégration affective profonde, engageant le sens total du lien hétérosexuel – que partielle, Freud reste pleinement justifié à poser que « c’est seulement lorsque s’achève le développement sexuel au moment de la puberté, que la polarité sexuelle vient à coïncider avec celle du masculin et du féminin ».

Dans cette conclusion sans ambiguïté, venant au terme d’une réflexion de vingt ans, l’accession au stade génital est donc spécifiée par l’appréhension de la fonction vaginale et, plus largement, par la reconnaissance entière et véritable de la féminité. Ce ne serait donc pas une acquisition typiquement œdipienne que la saisie authentique et intégrale de la complémentarité sexuelle.

Or, si la différenciation sexuelle contemporaine de l’Œdipe n’est pas une différenciation achevée, si la reconnaissance de l’hétérosexualité se borne littéralement à celle de l’existence d’une altérité sexuelle pure et simple, et si c’est seulement – préparée par les importants remaniements et les secrètes métamorphoses de la latence – l’éclosion pubertaire, poursuivie durant toute l’adolescence, qui ouvre la compréhension du lien sexuel, à la fois au niveau du vécu corporel et à celui de l’expérience affective, je crois qu’on se trouve fondé à tenir cette émergence pour structurante, je dirai même néo-structurante. Certes, elle procède de la structuration œdipienne – elle s’étaie sur elle comme y insistait André Green, tout en réservant lui aussi, sa spécificité à ce qu’il appelle la vocation génitale du sujet – de même que cette structure nucléaire utilisait elle-même les structures prégénitales mais en faisant naître une dimension nouvelle.

Et c’est précisément dans cette dimension-là qu’alors je serais tenté de situer l’origine de ce qui, dans la relation amoureuse hétérosexuelle, n’est pas enraciné dans l’ancien désir œdipien. Une fois encore, là s’instaurerait « un nouveau mode d’être, de sentir, de penser, de communiquer avec les autres », pour reprendre l’excellente formulation de C. Parat. D’un mot, alors qu’elle évoque la puberté comme un simple a rebondissement » je la verrais plutôt – et maint texte freudien y engage – comme un bondissement, comme un véritable saut.

Illustrer ni démontrer cette proposition ne saurait entrer dans mon présent propos. J’indiquerai seulement combien la spécificité de l’expérience orgastique chez le garçon pubère, celle de la menstruation chez la fille, combien la réparation narcissique (pour relative qu’elle soit, n’est-elle pas cependant capitale ?) offerte à l’individu par l’accession, au moins de principe, au monde et aux possibilités des adultes – appréciées au reste avec leurs limites propres, jusque-là méconnues – combien enfin les débuts de l’imprégnation culturelle et le déplacement partiel de l’interdit de l’inceste sur les règles de la morale sexuelle ambiante – combien tous ces facteurs, et j’en passe, contribuent à remanier en profondeur le vécu œdipien et à donner une valeur originale à la fois aux triangulations « génitales » qui vont s’ébaucher et aux échanges amoureux qui vont se former.

L’enfant est enfermé dans la virtualité : et il est bien vrai que, de ce sort, nous garderons toujours l’empreinte. L’enfant « est toujours solitaire » (Freud) : et il est vrai que chacun se trouve exposé à le redevenir. Mais c’est qu’il vit le conflit œdipien en dehors des ressources de la sublimation (difficile est le départ entre formations réactionnelles et sublimations authentiques au cours de la période de latence) et en dehors aussi des ressources de la réalisation érotique. L’adulte au contraire, bénéficie de ces deux ordres de possibilités. Certes l’enfant a bien « une sorte de pressentiment des buts sexuels ultérieurs définitifs et normaux »103 – mais pressentiment n’est pas expérience. Celle d’une relation amoureuse réciproque atteint à un bonheur qui est autre que la somme des imaginations de l’enfance. Le petit Hans n’anticipe-t-il pas du reste cette vérité dans la mesure où il sait bien que la félicité, « le paradis », ne se peuvent obtenir avec des moyens sexuels d’enfant, ni non plus par le seul intermédiaire des fantasmes et des fantaisies ?

À se situer dans le cas d’un développement non entravé (il faut rappeler cette restriction), l’efflorescence pubertaire et toute la crise de l’adolescence impliquent, outre une inévitable reviviscence des émois et des conflits de l’Œdipe, la contrepartie, au moins virtuelle, d’une limitation radicale des conséquences de l’échec des vœux œdipiens. À ce titre n’y a-t-il pas lieu de les considérer comme une longue mue, une complexe métamorphose qui, dans le climat d’une toute-puissance magique renoncée, offre une puissance relative mais réelle qui, en dépit de la blessure œdipienne, toujours prête à se rouvrir, donne, ou annonce, la seconde – en même temps, d’un certain point de vue, la première… – la seconde surprise de l’amour ?


82 S. Lebovici, Notes sur L’Observation directe de l’enfant par le Psychiatre, R. F. P., 1958, 2, pp. 213-218.

83 B. Bornstein, On Latency, The Psychoanal. Study of the Child, vol. VI, p. 282.

84 D. W. Winnicott, « Child analysis in the latency period », in The Maturational Processes and the Facililating Environment, p. 118 (Hogarth Press). Traduc. franç. Processus de maturation chez l’enfant (Payot, 1970).

85 Il est fait allusion pour la première fois chez Freud à des périodes de transition au cours desquelles se produit le refoulement en général, dans une lettre à Fliess du 20-5-1896, n° 46 (cf. La Naissance de la psychanalyse, p. 145) et sa dette est explicitement reconnue par Freud dans une note des Trois Essais (p. 178).

86 Introduction à la Psychanalyse, chap. 21 (p. 301).

87 S. Freud, Métapsychologie, p. 79.

88 Plus précisément encore, dans une note (note 43, p. 178 des Trois Essais) : « la concordance relevée entre les constatations anatomiques et l’observation psychologique est infirmée par le tait que le premier point culminant du développement des organes sexuels se place au commencement de la période embryonnaire tandis que la première éclosion de la vie sexuelle de l’enfant apparaît entre la 3e et la 4e année… et d’autre part comme on ne peut pas constater chez les animaux une période de latence dans le sens psychologique, il serait fort important de savoir si les constatations anatomiques sur lesquelles les auteurs se fondent pour établir qu’il y a deux points culminants dans le développement sexuel peuvent aussi être faites pour d’autres espèces supérieures du règne animal ».

89 S. Freud, Ma Vie et la Psychanalyse : note de 1935 non traduite en français et incomplètement citée par Laplanche et Pontalis dans leur Vocabulaire. Cf. la « Standard Edition, » IX, p. 37, note 1.

90 S. Freud, Le Déclin du complexe d’Œdipe, in La vie sexuelle. P. U. F.

91 Freud écrit ailleurs : « Nous pensons qu’il s’est produit au cours des destins de l’espèce humaine un événement capital qui a laissé derrière lui cette interruption du développement sexuel comme sédiment historique » (Inhibition. Symptôme, Angoisse, P. U. F., p. 83).

92 S. Freud, Introduction à la PsychanalyseIntroduction à la Psychanalyse, chap. 21.

93 M. Klein, La Psychanalyse des enfants, chap. 4, (P. U. F.).

94 D. W. Winnicott : The Maturational process and the facilitating environment (chap. 10, Child analysis in the latency period). Traduc. Franç. Payot, 1970.

95 B. Bornstein, article cité.

96 René Diaktine, In La Psychiatrie de l’enfant, vol. X, 1.

97 S. Freud, Introduction à la PsychanalyseIntroduction à la Psychanalyse, chap. 21.

98 Cf. On bat un enfant.

99 Selon la très juste formule de M. Roch dans son rapport au 27e Congrès des Psychanalystes de langues romanes : Du Sur-moi, « héritier du complexe d’Œdipe », Revue fr. de Psychanal., 1967, n° 5-6.

100 C. Luquet-Parat, L’organisation œdipienne du stade génital (ibidem).

101 S. Freud, La vie sexuelle, P. U. F., chap. 7.

102 Cf. Revue fr. de Psychanal., n° cité.

103 S. Freud, On bat un enfant.