I. Présentation d'une méthode

Les enfants dont nous parlerons nous ont été, pour la plupart, confiés en traitement à l’hôpital Bretonneau par M. le docteur Pichon46, médecin de la consultation et psychanalyste lui-même. Une consultation spéciale — une fois par semaine — groupait les enfant anormaux, retardés, ceux qui présentaient des troubles nerveux ou des troubles du caractère ; consultation maintenant bien connue des parents et surtout des maîtres d’école du XVIIIe 2.

C’est dire qu’à côté des enfants qui nous sont conduits d’emblée parce que leurs troubles semblent rentrer dans le cadre de ceux que vise cette consultation spéciale, beaucoup d’autres nous arrivent par la consultation ae médecine générale.

Nous voulons prouver que le traitement agit en aidant l’enfant à résoudre heureusement son complexe de castration et à liquider son complexe d’Œdipe, et non grâce à une « influence personnelle suggestive ».

Chez l’enfant, la méthode des associations libres n’est pas possible ; on emploie dans les analyses la méthode du jeu, du dessin spontané, de la « conversation » qu’il faut entendre

f>ar la provocation des propos variés de l’enfant. Quand 'enfant nous pose une question, par exemple, nous ne répondons jamais directement, mais par la même question retournée : « Qu’est-ce que tu en penses ? » et nos propos

se contentent de quelques monosyllabes encourageants.

Au cours de nos consultations d’hôpital, nous n’employons pas le jeu qui nécessite une installation dont nous ne disposons pas. Il nous reste donc la conversation, telle que nous venons de la définir, au cours de laquelle nous tâchons d’écouter, de regarder, d’observer sans rien laisser passer, gestes, expressions, mimiques, propos, lapsus, erreurs et dessin spontané auquel, personnellement, nous recourons beaucoup. Par le dessin, en effet, nous entrons dans le vif des représentations imaginatives du sujet, de son affectivité, de son comportement intérieur et de son symbolisme. Celui-ci nous sert, après que nous l’avons tacitement compris, pour l’orientation des « conversations » avec l’enfant, pour élucider le sens de ses représentations quand elles sont aberrantes. Nous ne donnons jamais d’interprétations directes des dessins.

Les symboles ne servent pas de clefs de rébus aux psychanalystes, comme certains voudraient le croire. L’apparition d’un symbole ne suffît pas en elle-même, pour permettre de conclure qu’il s’agit inconsciemment de ceci ou cela. Il faut le contexte, la situation affective du sujet au moment où il l’apporte, les propos dont il l’entoure, le rôle que joue ce symbole dans le jeu, le dessin, le rêve, l’histoire racontée.

Nous nous servons des mêmes mots que l’enfant. Quand il a employé un symbole ou une périphrase (pour nous, psychanalystes, lourds de sens affectif inconscient) nous adoptons ces mêmes symboles et ces mêmes périphrases dans les propos que nous tenons à l’enfant, mais en veillant à ce que l’état émotionnel qu’il y liait soit modifié.

Et le diagnostic psychanalytique ne se précise qu’au cours du traitement, le diagnostic de départ étant un diagnostic symptomatique.

Si quelqu’un d’étranger à la psychanalyse nous écoutait converser avec l’enfant, il croirait bien souvent que nous tenons des propos absurdes, inutiles, que nous racontons des « balivernes », que nous « jouons » en enfant nous-même avec notre petit malade. Il aurait en partie raison, nos propos ne sont pas tels que nous les tiendrions à des adultes. Nous ne cherchons pas à inculquer à l’enfant notre façon de voir, mais seulement à lui présenter ses propres pensées inconscientes sous leur aspect réel. Aussi, nous ne parlons pas un langage « logique », visant à frapper l’intelligence de l’enfant, qui n’est pas logique encore (ne l’oublions pas) ; nous voulons parler à son inconscient — qui n’est jamais « logique » chez personne47 — c’est pourquoi nous employons tout naturellement le langage symbolique et affectif qui est le sien et qui le touche directement.

La facilité avec laquelle l’enfant se met à penser, à vivre imaginativement avec nous, à nous livrer par ses dessins son monde intérieur, à nous raconter ses rêves, que bien souvent il dit à son entourage ne pas se rappeler, à nous avouer des fautes ou nous dire spontanément des secrets qu’il ne dévoile à personne, cette facilité, cette confiance sont la base de notre action thérapeutique : c’est la situation de transfert. Situation d’adhésion affective au psychanalyste qui devient un personnage, et des plus importants, du monde intérieur de l’enfant pendant la durée du traitement.

En lui-même, le transfert ne sert à rien. C’est son utilisation qui donnera ou non un pouvoir thérapeutique à cette nouvelle fixation affective de l’enfant. Le transfert sert au thérapeute pour étudier les réactions affectives du sujet à son égard et en déduire le diagnostic et la thérapeutique à laquelle il recourra. La thérapeutique elle-même ne « passera » que dans le transfert. Qu’on ne croie pas que le transfert agisse par l’action suggestive du médecin, car la suggestion nécessite un apport nouveau, intellectuel ou affectif, dans le psychisme d’un sujet, alors que dans de nombreux cas, même des cas de psychothérapie, nous n’apportons absolument rien de nouveau à l’enfant.

En effet, si nous donnons aux parents des conseils et qu’ils les acceptent (en grande partie à cause de la confiance que nous essayons de susciter chez eux et qui — à part la verbalisation de leurs résistances inconscientes — utilise ainsi une certaine dose de suggestion), notre attitude vis-à-vis de l’enfant est différente. Dans la plupart des cas, il serait totalement incapable de rapporter une seule des choses que lui a dites le docteur. Il nous arrive tendu, anxieux, il passe un moment avec nous et s’en va content de nous avoir vu, parfois calmé, parfois silencieux, ou gai, parfois momentanément un peu plus nerveux qu’à l’arrivée ; rarement l’enfant sort de nos entretiens avec « la même expression qu’à l’entrée », et cela est une remarque que nous faisons nous-mêmes, l’enfant aussi quelquefois ; en tout cas que l’adulte accompagnateur ne manque pas de faire. Souvent l’enfant seul a parlé et dessiné, et nous n’avons fait qu’écouter. D’autres fois, nous avons raconté une histoire qui semble comme toutes les histoires. D’autres fois, nous avons « fait la conversation », et alors l’enfant peut se rappeler de quoi nous avons

[)arlé, mais difficilement ce que le docteur a ait, puisque dans a plupart des cas, nous nous arrangeons à faire dire à l’enfant ce qu’il sait sans se l’avouer. Bref, nous ne lui apportons intellectuellement presque jamais rien de nouveau.

Si nous n’agissons pas par suggestion, alors comment agissons-nous ? A quoi nous sert ce fameux transfert ?

Comme on le verra, nous procédons toujours de la façon suivante : nous avons d’abord un entretien avec la mire ou les parents, toujours en présence de l’enjant, sauf dans les cas exceptionnels où nous sollicitons un entretien particulier avec la mère en renvoyant quelques minutes l’enfant dans le couloir. Jamais nous n’avons cet entretien particulier après un entretien privé avec l’enfant.

Pendant que nous parlons à l’adulte, nous en profitons pour observer à la dérobée la façon de réagir de l’enfant. Nous l’avons généralement installé à la table, devant du papier et un crayon, et nous lui disons : « Veux-tu me faire un beau dessin, n’importe quoi, ce que tu voudras », l’attitude de l’enfant (et celle des parents suivant la réaction négative de celui-ci ou la façon dont il nous dérange pour nous montrer ce qu’il fait), est déjà pour nous un sujet d’observation intéressant (le dessin lui-même mis à part). Lorsque nous avons obtenu des parents les renseignements utiles, nous leur donnons quelques aperçus de notre opinion a priori, de notre façon différente de la leur d’envisager les réactions de leur enfant. Avant plus ample information déjà, nous n’acceptons point l’alternative proposée : maladie ou méchanceté. Nous essayons de provoquer leur confiance et leur promesse de nous ramener l’enfant, selon ce que nous leur demanderons.

Nous prions alors la mère de nous laisser seule avec l’enfant, nous ne le faisons à la première visite que lorsque ni la mère, ni l’enfant n’y opposent de résistance. Dans le cas contraire, nous ne brusquons pas, nous disons que nous trouvons toute naturelle leur méfiance et nous demandons seulement à la mère de rester en témoin rigoureusement muet de l’entretien que nous amorçons avec l’enfant. Actuellement, à la consultation de Bretonneau, les réactions méfiantes des parents à ces entretiens particuliers sont excessivement rares, car l’habitude s’est prise et les mères s’en avertissent les unes les autres dans la salle d’attente. Ainsi préparées, les nouvelles venues trouvent cela tout naturel. En tout cas, si à la première consultation l’enfant s’est montré réticent et la mère méfiante, je n’ai jamais vu qu’à la seconde séance, la mère ou l’enfant fissent une difficulté à se séparer, au contraire. La mère le propose d’elle-même la plupart du temps.

Voilà pour le point de vue pratique de nos entretiens.

Ajoutons que lorsqu’il s’agit de psychothérapie, aucun médecin ne peut se contenter d’observer, afin de faire son diagnostic, tout le temps qu’il juge nécessaire ; les gens aemandent à être soignés, et c’est déjà beaucoup qu’ils acceptent de s’en aller sans notes de radio, sans ordonnances, sans remèdes (« calmants » ou « glandes »), sans régime, bref, sans preuves tangibles qu’ils aient « été au docteur ». Il faut donc au moins leur parler, les munir de conseils

f>récis qui provoqueront s’ils les appliquent, un progrès si éger soit-il dans le comportement de l’enfant, grâce à quoi on aura confiance en nous et on nous le ramènera.

C’est dire que nous sommes obligés à une action thérapeutique dès le premier jour avant même de savoir exactement les détails du cas. Le bon sens est l’outil majeur de notre arsenal thérapeutique a priori. Il n’a rien de psychanalytique en soi. C’est la Dase aes psychothérapies conscientes, c’est-à-dire des méthodes de nos confrères non psychanalystes.

A ces moyens de psychothérapie gui font appel au conscient, nous ajoutons l’attaque indirecte des résistances inconscientes de l’entourage, quand le Moi de l’enfant se confond avec le monde extérieur (3-4 ans), de l’entourage et du sujet lui-même après la formation du Sur-Moi distinct du Moi (après 7-8 ans).

Les parents n’ont en effet que deux attitudes devant des symptômes psychiques ou névropathiques. Ils allèguent, soit une maladie, une « anormalité », physique ou morale de l’enfant, soit sa mauvaise volonté, sa paresse, sa méchanceté volontaire. La première de ces interprétations ôte toute responsabilité à l’enfant, la seconde le charge de toute la responsabilité. Ces deux attitudes aussi fausses l’une que l’autre ont pour consé-

3uences d’ancrer davantage l’enfant dans le cercle vicieux e ses symptômes névrotiques.

La première augmente les sentiments d’infériorité du sujet en les légitimant en quelque sorte tout en blessant son amour-propre par le sentiment d’être « anormal ». De plus, en désarmant l’enfant pour la vie saine, elle permet au symptôme de toucher son but : la fuite devant l’angoisse, plus facile que la lutte, et elle amorce les névroses caractérisées par le refuge dans la maladie.

La seconde attitude de l’entourage, par le retrait d’amour et l’incompréhension qu’elle comporte, provoque des sentiments de culpabilité conscients liés au symptôme, et l’enfant essaie de le surmonter. Or le symptôme répond à un besoin inconscient, il découle d’une pulsion bloquée ou refoulée dont l’énergie doit coûte que coûte trouver un moyen d’expression. Aussi, après une disparition momentanée, le symptôme réapparaîtra-t-il fortifié dans les proportions mêmes où il a été attaqué, donc d’autant plus fort que l’enfant a plus de volonté et de sensibilité ; ou alors verra-t-on apparaître un autre symptôme, mieux toléré par les parents et par le Sur-Moi de l’enfant.

Malheureusement, les éducateurs, les médecins, les psychiatres font habituellement chorus avec les parents, soit en essayant d’intimider explicitement l’enfant, soit implicitement en ordonnant des remèdes.

Le médecin prend parfois une troisième attitude encore plus désespérante que les autres pour les parents et les enfants. Après avoir écouté et donné des remèdes variés, à l’efficacité desquels il ne croit pas lui-même, il dit : « Et puis, soyez tranquille, ce n’est rien, c’est nerveux », ce qui équivaut en fait à dire : « Je n’y comprends rien et cela m est indifférent. » Alors que s’il ne comprend rien, il n’a

fias humainement le droit de se désintéresser d’un malade.

1 pourrait, au moins, devant l’échec d’une thérapeutique organique, chercher à aiguiller le malade sur un confrère qui a des chances « d’y comprendre quelque chose ».

Illustrons par deux cas — d’enfants successivement confiés à des confrères non avertis de psychanalyse, puis à nous-même — ce que nous venons de dire. Comparons les résultats cliniques des deux attitudes.

La première attitude des parents et du médecin — « l’enfant est malade » — nous l’avons relitée dans le cas extrêmement simple de Josette que nous avons exposé dans l’introduction. Or, en fait de maladie, de quoi s’agissait-il48 ?

Les parents avaient décidé de chasser Josette de leur intimité. Du moins telle était l’optique de l’enfant. Cela, ressenti comme un retrait d’affection et coïncidant avec l’éveil des intérêts de la vie et du complexe d’Œdipe, devait aboutir pour Josette à condamner son développement, cause de ce retrait d’amour. Tout cela n’est pas conscient, bien entendu, mais est ressenti.

L’angoisse traduit l’inquiétude en face du changement dont elle a entendu parler sans qu’on lui en ait fait part — à elle, la principale intéressée — c’est-à-dire « comme si » elle ne devait pas le comprendre. En effet, elle s’est refusée à prêter attention à l’achat du divan ; mais la pulsion de révolte contre le déplaisir d’être privée de papa et maman se traduit par les symptômes de négativisme (Josette devient contre le sommeil, la nourriture, les intérêts précédents, et les jeux), et par le retour à un stade antérieur de l’évolution libidinale, que traduit l’énurésie. L’enfant, privée d’amour (du moins à ses yeux), dépérit.

La compréhension de la psychanalyste s’est portée d’abord (par la question : « Où couche-t-elle ? ») en plein cœur du sujet — Drûlant pour un enfant de 3 ans 1 /z qui amorce son complexe d’Œdipe. Puis, son hypothèse confirmée et sachant que le renoncement à un plaisir ne se peut accepter qu’en échange d’un autre, la psychanalyste a montré à l’enfant qu’elle comprenait son conflit en lui permettant d’éprouver sa peine et de la traduire sur un plan normal.

Josette souffrait vraiment d’abandonner la situation privilégiée de « petite enfant ». Si nous prenions au sérieux ce gros chagrin d’enfant, c’était pour en discuter la valeur avec le Moi de Josette. Nous lui apportions la possibilité d’accepter le renoncement imposé, grâce à des promesses de plaisirs inconnus pour elle et qui s’accordaient avec le droit à son développement au lieu de l’entraver : « le sacrifice que t’impose la réalité (tes parents, ton âge) te vaudra des avantages nouveaux que tu ne connais pas encore : être aimée comme une grande fille dont papa sera fier, aller à l’école ».

Nous avons vu comment l’enfant abandonna ses symptômes, dès l’instant que la résistance inconsciente à admettre la souffrance devenait inutile, et comment le développement, un moment compromis, reprit son cours normal. Une fois guérie, c’est l’enfant elle-même qui demanda à sa mère d’aller l’annoncer à la doctoresse, ce dont la mère se serait personnellement volontiers passée.

Pour illustrer la seconde attitude des parents et du médecin — « l’enfant est paresseux, méchant » —, je citerai le cas d’un enfant de n ans, Jean, second et dernier d’une famille qui comprend le père, la mère, et une sœur de 14 ans, bien portants tous les trois.

Jean est amené par sa mère à Bretonneau, pour sa nervosité et des troubles graves du caractère.

Devant le docteur Pichon, il se montre incapable de rester immobile, présente des mouvements des doigts, des mains, des grimaces de la face, il se mange les lèvres. De plus, toujours en présence du docteur Pichon, il a une grande difficulté à s’exprimer, difficulté pour laquelle on conseille, outre une psychothérapie, une rééducation de la parole. Or, ce symptôme disparut ensuite devant sa mère et moi : il n’apparaissait qu’en présence d’un homme.

Jean présente depuis sa petite enfance de l’instabilité. Il est toujours en mouvement, ricanant, taquinant sa sœur, occupé à se gratter, à démolir les meubles, à ronger ses ongles, à dépecer ses vêtements et incapable de s’appliquer à ses devoirs de classe. Le voyant grandir sans guérir de ce défaut, dont le maître d’école se plaignait aussi, les parents se lassèrent de leurs remontrances. On acheta un martinet et, sous la menace, on obtint (« enfin », disent-ils) de temps à autre, une demi-heure de tranquillité. Les parents furent satisfaits de ce résultat. La méthode du martinet prit pied dans la maison : « puisque c’est ainsi qu’il faut te traiter ». Et la mère de dire : « Le père a toujours le martinet à la main. »

Mais un autre résultat ne se fit pas longtemps attendre : Jean était un gentil enfant ; jusque-là on ne lui reprochait que son instabilité. Il devint de plus en plus nerveux. Des tics apparurent, puis, par périodes de plus en plus rapprochées, Jean se montra provocant, menteur, taquin, grossier, impertinent. Parallèlement, le martinet, de plus en plus actif, ne menaçait plus, mais frappait. Des réactions plus graves s’amorcèrent, menus larcins, méchancetés et brutalités graves envers les camarades, désobéissances qui auraient pu être dangereuses lors des sorties de louveteaux.

L’enfant est d’une sensibilité charmante, et bien qu’il n’avoue pas ses remords à l’entourage sévère, son instabilité continuelle, condamnée par les parents, lui avait semblé très coupable. La famille de Jean est très croyante et lui-même très pieux. Son attitude de méchant enfant ulcérait sa conscience.

Les symptômes contre lesquels il luttait consciemment disparaissaient, mais faisaient place aux tics silencieux, moins gênants pour les parents ; et en plus, la maîtrise de la pulsion agressive que traduisait cette volontaire et temporaire immobilité, provoquait un renforcement de la pulsion, d’où les éclats soudains — à la fois décharge bienfaisante pour l’inconscient, et coupable pour l’instance moralisatrice : le Sur-Moi. « Je ne voudrais pas être méchant. Ç’(a) est plus fort que Moi. »

Autrement dit, comment le Moi de Jean se tire-t-il du conflit ? En cherchant à se faire battre, ce qui apaise l’angoisse de la culpabilité. C’est la provocation du père « fouettard », de la mère intransigeante et — en l’absence des parents sévères — la nullité des résultats scolaires et les dangers encourus avec le maître d’école et la cheftaine également indulgents. Cela signifie que lorsqu’il ne peut se faire battre physiquement, Jean cherche à se faire battre moralement par les autres élèves en classe et à risquer un accident qui l’amoindrirait physiquement.

On voit la chaîne indéfinie des symptômes névrotiques.

Un médecin connu, que je ne nommerai pas, psychiatre d’enfants, avait abondé dans le sens de l’interprétation des parents. Après avoir vertement semoncé Jean sans arriver à en tirer un mot ni une larme, il avait conseillé sérieusement aux parents, en présence de l’enfant, de le mettre dans un asile, ou une maison de correction privée, pour anormaux pervers. Peut-être était-il de bonne foi, peut-être voulait-il intimider l’enfant ; toujours est-il que, sans rien dire de plus aux parents, il les renvoya tous trois après ce verdict. C’est la cheftaine de Jean, assistante sociale du Dr Pichon .à Bretonneau, qui conseilla aux parents très inquiets de prendre encore l’avis du Dr Pichon avant d’arrêter leur décision. C’est ainsi qu’il nous fut confié.

La mère nous raconta tout ce que nous venons de relater. Nous écoutions sans aucune passion, et nos premières paroles à Jean furent, à la fin de l’interrogatoire de sa mère : « Est-ce vrai tout cela ? » et comme, buté, narquois, il ne répondait pas, nous ajoutâmes : « Pauvre Jean, comme je te plains, comme tu dois être malheureux. » A la stupéfaction de la mère, Jean, le « pervers inintimidable », éclata en sanglots.

Devant un tel tableau, quelle attitude adopter ? D’abord comprendre de quoi il s’agit, voir clair dans cette symptoma-tologie beaucoup plus compliquée que dans le cas de Josette.

En effet, chez Josette, la menace venait du monde extérieur contre un Moi, en accord avec le Ça.

Chez Jean, le conflit avec le monde extérieur est complètement remanié par un conflit supplémentaire avec le Sur-Moi. Et il en est toujours ainsi au-delà de 6-y ans, âge à partir duquel se forme le Sur-Moi.

Derrière les réactions secondaires et récentes, qualifiées de méchanceté, il faudra donc trouver la cause originelle de cette instabilité plus ancienne qui avait, elle, déclenché l’ingérence du martinet paternel.

Jean a 10 ans. Avant d’entrer en période de latence, a-t-il vécu son complexe d’CEdipe ?

Sans doute l’a-t-il essayé, mais il ne l’a pas résolu et nous en avons la preuve par le symptôme de la difficulté d’expression devant un homme, substitut du père, laquelle prouve l’agressivité refoulée et inconsciemment projetée sur tous les hommes, qui deviennent dans l’optique de l’enfant, magiquement dangereux.

Jean avait atteint le stade phallique, mais, devant la menace de castration, venue du père, et l’amplification par la grand-mère, la mère et la sœur, de l’angoisse qui en a dérivé, Jean a dû alors régresser au stade anal ; voilà le sens de ces alternances d’explosions agressives accompagnées de propos grossiers et d’attitudes passives repentantes et masochistes vis-à-vis des parents et des camarades de classe. Ce comportement est caractéristique de l’ambivalence du stade sadique anal.

Et il me dit, en effet, qu’il aime dessiner les bateaux, surtout de guerre, mais qu’il ne peut pas dessiner les canons, les mâts, la cabine du commandant et les projecteurs (symbolisme phallique). Il me dit aussi que sa sœur lui interdit de se balancer sur une chaise et qu’elle le fait bien, elle, quand maman ne la voit pas : ceci symbolise l’interdiction de la masturbation.

Quant à la mère, elle avoue elle-même qu’elle interdit à son fils de lui cacher la moindre de ses pensées. « Ce serait le plus grand chagrin qu’il pourrait lui faire. »

Un jour, il avait rapporté en cachette des illustrés prêtés

Ear des camarades. Quel drame ce fut ! car elle « trouve orribles les histoires de bandits, de revolvers et d’aventures qu’il y a dans ces sales journaux ». Quel ne fut pas son chagrin un jour récent où Jean a volé dix sous sur sa cheminée pour acheter lui-même en cachette un de ces illustrés. Plusieurs fois, il lui a caché ses mauvaises notes.

Après quelques entretiens avec Jean, j’ai demandé à sa mère s’il avait ce qu’on appelle des « mauvaises habitudes ». La pauvre femme en rougit de honte et me répondit : « Plus maintenant, heureusement que je lui ai fait passer cela, mais il y a deux ou trois ans, cela nous inquiétait. C’est alors que nous nous sommes aperçus qu’il était nerveux. Mais il a compris, et il ne le fait plus jamais. Il a quelquefois maintenant une sorte de tic pour se gratter, en se trémoussant dans sa culotte, qui me fait honte, c’est peut-être la raison qui vous fait demander cela ? »

Au cours d’un des entretiens, celui où Jean m’avoue son impossibilité de dessiner ce que je sais être des symboles phalliques, je fais une allusion à la masturbation défendue. Il me répond « oui, quand j’étais petit... » (et enchaîne immédiatement) : « mais grand-mère a tellement peur de tout, elle croit que je suis un bébé et ne veut pas que je traverse seul les rues, elle dit que je vais me faire écraser ».

Nous voyons donc bien ce qui s’est passé il y a deux-trois ans, au moment de la répression violente ae la masturbation.

Jean, en plein, à ce moment, dans le stade phallique et ses fantasmes œdipiens (bateaux de guerre sur la mer), s’est vu interdire ses fantasmes masturbatoires et ses fantasmes ambitieux et agressifs, au nom du danger de mort (traverser les rues) et du risque de retrait d’amour de sa mère (s’il lui cache quelque chose). Les sentiments de jalousie et d’infériorité cuisante, permanente, et non liquidée, vis-à-vis du père, dont il ne peut imaginer l’organe (cabine du commandant, canon, projecteur), lui donne cette attitude instable vis-à-vis de tous les problèmes, de toutes les activités.

Si du moins l’entourage avait toléré l’établissement tranquille de Jean dans cette phase plus ou moins régressive mais en lui en permettant les satisfactions s’y rapportant : gagner quelques sous, être libre de dépenser son trésor à sa guise, manier des revolvers Eurêka et se passionner pour les aventures de guerre ou les romans policiers, Jean n’aurait jamais fait figure d’enfant névrosé — socialement parlant, bien que sous l’influence de la poussée pubertaire, le problème de l’Œdipe qui n’aurait certainement pas été résolu d’après ce que nous savons de l’entourage, se fût sans nul doute de nouveau présenté et sous une forme très difficile à résoudre.

ha névrose familiale voulut bien au contraire que même les satisfactions sur le mode régressif lui fussent refusées. Il n’y avait plus qu’une seule issue, la névrose. Nous venons de prononcer le mot de « névrose familiale » ; en effet, nous rencontrons dans plus de 50 % des cas d’enfants névrosés, un comportement névrotique des parents ou de l’un des parents.

Dans le cas de Jean, il s’agit d’une mère du type des « femmes cornéliennes ». La situation matérielle est très modeste. La mère ne travaille pas, mais tient sa maison. D’après la tenue et les manières de la mère autant que du fils, on a l’impression de gens d’une bonne bourgeoisie, plus que de petits employés. La mère s’interdit toutes joies, toutes concessions de faiblesse. Elle est, naturellement, frigide et bannit volontairement tout intérêt pour la question sexuelle qui la dégoûte ; la grand-mère de Jean, qui semble être une grande anxieuse, gâte sa fille, et ses petits-enfants, mais, inquiète de tout, s’affole devant les moindres risques inhérents à la vie. « Quand ma mère vient chez nous, nous sommes tous détraqués le soir, y compris mon mari, qui le devient à nous voir de la sorte. »

Quant à la saur de 14 ans, la mère me dit qu’elle a eu une

seconde enfance agressive et révoltée, puis brusquement, depuis 2 ans, elle a changé complètement. Elle est devenue très gentille, mais elle est peureuse, a la phobie de sortir seule, manque de confiance en elle au plus haut point, c’en est maladif, et elle a vis-à-vis de son frère une attitude vindicative et sourde. « Elle ne lui passe rien, elle s’acharne après lui qui est tout pareil à ce qu’elle était elle-même auparavant. »

Le père est aussi un grand nerveux, dit la mère, il crie pour tout, et nous le savons, il « a toujours le martinet à la main ».

Dans un cas comme celui-ci, quand nous l’avons compris, que faire ? Le mieux serait de psychanalyser la mère, mais nous n’y songeons pas. Elle est satisfaite. Séparer Jean de sa famille ? Cela lui serait pénible, car il aime sa mère comme un bébé féroce et câlin tour à tour, bien que les instants où il recherche ses câlineries soient rarement récompensés d’une caresse, car la vertu ne passe pas l’éponge sur les reproches accumulés. De plus, la séparation ne résoudrait rien.

Nous allons établir un fort transfert affectif, grâce auquel nous ébranlerons les résistances du Sur-Moi. Nous permettrons au Moi d’envisager des attitudes réactionnelles ambivalentes vis-à-vis de nous-même, par exemple penser des choses désagréables, des injures grossières, pour la doctoresse, mère phallique, après avoir pensé juste le contraire. Cela, nous le laissons entrevoir comme quelque chose de naturel qui ne change pas les rapports cordiaux qui existent en réalité entre lui et nous. Quand il nous avoue un fléchissement dans un effort, nous le plaignons : s’il oublie une chose qu’il nous a promise et s’en montre affecté, nous lui disons que nous nous y attendions un peu et que s’opposer à nous n’est pas mal.

S’il nous parle d’incidents familiaux, nous essayons de lui montrer la part de ce qu'il y a de projeté, et de ce qu’il y a d’objectif dans son interprétation de l’attitude des autres.

Un jour marqua un grand progrès, celui où il me dit : « Maintenant, quand je sens que maman est très nerveuse, je ne dis rien et je pense : c’est comme pour moi, ça doit être plus fort qu’elle ; alors, ce n’est pas de sa faute ; mais avant je croyais toujours que c’était à cause de moi, des soucis que je lui donnais. Justement, cette semaine, pour moi, ça marchait épatamment à la maison et en classe. Le maître m’a fait compliment et a dit à maman que je n’étais plus le même. Alors j’ai compris que maman était quelquefois nerveuse pour autre chose que pour moi. » Ce jour-là Jean me parla de ses dessins, et me demanda si je voulais lui montrer à dessiner ce qu’il ne savait pas faire sur les bateaux de guerre ? Inconsciemment, c’était extrêmement important. Je lui répondis : « Tu sauras sûrement tout seul quand tu sauras regarder comment c’est fait en réalité. » — « Eh bien, je vous l’apporterai et peut-être qu’avec vous, là, j’y arriverai. » A quoi je répondis : « Ce sont des choses qui intéressent les garçons. Tu les dessineras bien mieux que moi, mais tu n’oses pas le croire, comme si tu pensais qu’un enfant ça doit être moins habile et plus bête qu’une grande personne, parce que c’est moins vieux ! Si j’avais ton âge, je serais une petite fille et c’est toi qui me montrerais tout. »

Naturellement, comme il faut nous y attendre, dès que les symptômes gênants pour les parents disparaissent, on cesse de nous amener les enfants, et pour Jean, malgré l’avis favorable du maître d’école, la mère prend prétexte de ce que la consultation lui fait manquer la classe une matinée, pour ne plus nous l’envoyer ; cela va bien à ses yeux, il est « sage ».

Jean, pourtant, s’il est amélioré, est loin d’être guéri. La preuve en est qu’une bonne journée passée tout entière avec son père, pour la première fois de sa vie, devait le lendemain entraîner une réaction agressive.

Un autre fait significatif du conflit Œdipe-castration non liquidé est le suivant : son maître, pour le récompenser de ses efforts scolaires lui fit cadeau d’un couteau de poche. Quelle joiel — Oui, mais le lendemain, Jean perdait le couteau. Désespoir, retour sur les lieux de la promenade, impossibilité de retrouver l’objet 1 Jean était abattu, découragé, et surtout tremblant que le maître ne se fâche en s’apercevant qu’il avait fait si peu de cas de son cadeau. (C’était l’intention coupable inconsciente.) Le maître, quand il l’apprit, au lieu de gronder Jean, lui dit : « Eh bien, si par tes

notes d’un mois, tu le mérites, je t’en donnerai un autre. » Par bonheur, le père et la mère n’avaient pas grondé Jean de cette perte, trop frappés qu’ils étaient par la violence du chagrin qui le bouleversait.

Jean, par l’attitude nouvelle de son entourage (les parents ont repris espoir) et surtout par les satisfactions d’amour-propre qu’il obtient à l’école et aux louveteaux, a pu trouver quelques compensations à l’état d’infériorité et de tutelle sévère où le maintient sa famille.

Par cet exemple détaillé on voit le but que nous nous proposons : c’est d’être impartial et d’aider l’enfant à trouver un moyen d’expression des pulsions refoulées, les adaptant aux exigences moyennes de son entourage et de son éthique personnelle, apaisant sa culpabilité, tout en satisfaisant le mieux possible les exigences légitimes de sa libido.

On voit donc, dans ces deux cas, dont l’un est des plus simples (Josette) et l’autre des plus compliqués (Jean), sur quoi s’étaie notre attitude, différente de celle qui est généralement prise par les parents et les médecins.

Dans le cas de Josette, l’hypothèse d’une étiologie organique ne cadrait pas avec l’absence de fièvre et la complexité de la symptomatologie. La réapparition de l’ênurésie d’ailleurs, signait, à elle seule, une grave régression affective actuelle.

Dans le cas de Jean, le simple fait de prendre à son égard une attitude de « sympathie » a suffi à bouleverser son rempart d’insensibilité destiné à lutter contre l’attitude moralisatrice qu’il s’attendait à nous voir prendre.

Quand les parents nous rapportent les incartades de leurs enfants, méchants, vicieux, paresseux, impertinents, etc., nous ne donnons pas tort aux parents, nous nous contentons d’écouter attentivement, de faire préciser les circonstances, sans faire écho à leurs lamentations, ni à leurs reproches. Notre attitude bienveillante vis-à-vis de l’enfant ne se départit jamais ; chacune de nos réactions, de nos mimiques, de nos paroles, de nos gestes, est volontairement neutre, ou orientée dans le sens thérapeutique que nous pensons entrevoir. Nous ne blâmons jamais. Nous cherchons à comprendre la raison « économique » (c’est-à-dire « plus avantageuse pour le principe de plaisir ») qui pousse un être humain à se dresser contre les autres, à vivre en mauvaise intelligence avec son entourage immédiat, ce qui n’est pas dans la logique a priori de l’homme.

Si l’enjant a conscience d’avoir mal agi, il peut ou non ressentir une culpabilité adéquate. Autrement dit, il peut y avoir exagération de scrupules ou, au contraire, manque de jugement. Aussi essayons-nous de revivre avec lui l’épisode socialement blâmable, et d’apprécier avec son optique, afin de comprendre

[jourquoi sa réaction a été mal adaptée. Alors, nous pouvons ui expliquer pourquoi il ne peut inconsciemment assumer la responsabilité de son acte, ou, au contraire, pourquoi il se juge inconsciemment avec une sévérité hors de proportion avec la morale de son milieu.

Ainsi, on lève peu à peu les barrières névrotiques et les mécanismes de déjense primitivement destinés à protéger l’enfant et qui, en fait, le tiennent maintenant prisonnier.

Car voici ce qui s’est produit : pour un « mieux être » subjectif tout momentané, l’individu a été amené à une répartition anormale des forces libidinales, et selon un schéma qui risque d’être entériné dans l’édification de sa personnalité, qui devient une personnalité névrotique.

Mais ce risque, pour un individu, qu’il soit porté atteinte à sa richesse originelle, est le risque même de la vie, et commence dès son origine, dès le moment où il est issu de la fusion des deux cellules germinales nées du père et de la mère et qui apportent avec elles — en puissance — des forces libidinales et des possibilités de les extérioriser, héréditaires. Viennent d’abord les conditions de vie intra-utérines, la qualité alimentaire de la nourriture fournie dès la naissance. Viennent ensuite mille influences, agissant par leur présence seule, et par le rôle complexe qu’elles jouent dans la formation des données matérielles et spirituelles, avec lesquelles le jeune être physique et psychique se construira ; climat, nourriture, conditions de vie, confort, milieu, caractéristiques ethniques, sonorités et rythme du langage, religion, croyance, folklore, art et artisanat national et local ; bref, tout un ensemble préformé indépendant de lui comme de sa mère, et qu’on pourrait appeler le Sur-Moi collectif.

Il est même important de remarquer « qu’une certaine manière de santé », une « certaine manière d’équilibre », ne sont pas spécialement l’apanage d’êtres arrivés au dernier stade du développement libidinal humain, le stade génital oblatif. Tout dépend de l’entourage qui forme l’ambiance affective du sujet, et de ses possibilités libidinales propres. Le principe courant de la santé morale étant un accord entre le degré d’affectivité du sujet et celui de l’ambiance. Mais il est évident qu’un être humain qui atteint par son développement libidinal inconscient le stade génital oblatif ou en approche, conserve plus aisément qu’un autre son équilibre,

3uel que soit le niveau affectif de l’ambiance, car il réagit ’une façon rationnelle aux désaccords qu’il ressent. Du point de vue psychanalytique, on ne peut donc pas dire que la souffrance morale soit en elle-même ni une cause ni une preuve de névrose, elle n’est qu’une cause ou une preuve de désaccord affectif. C’est la façon pratique dont le sujet y réagit qui s’appellera réaction normale ou réaction névrotique, la réaction normale étant celle qui permet à la personnalité de conserver l’intégralité et le libre jeu de ses forces vives, et cela grâce à une issue créatrice à celles-ci.

La psychanalyse nous permet ainsi de comprendre chez tout individu, qu’il soit psychosé, plus ou moins névrosé ou sain, les éléments dont il est composé affectivement et la « logique subjective » de son comportement, si souvent, pour nous tous, point logique du tout. Elle permet encore, à l’aide du transfert, dans la situation thérapeutique, d’étudier les mécanismes inconscients du sujet, son comportement vis-à-vis du psychanalyste, participant de celui qu’il a naturellement vis-à-vis de quiconque.

La mise au jour du déterminisme archaïque et périmé des réactions qui caractérisent sa non-adaptation à la réalité, permet au sujet de refaire lui-même une synthèse différente et mieux adaptée, avec les éléments qui étaient en lui à son insu et dont il devient conscient par l’analyse du transfert (c’est-à-dire par l’étude poussée des raisons de son comportement affectif vis-à-vis de son psychanalyste).

Une psychanalyse en elle-même n’a jamais rendu un être plus sain qu’avant ; elle le met seulement sur la voie de le devenir après le traitement, par un travail de synthèse personnelle qui lui reste à faire après la disparition des mobiles inconscients qui ont tenu le patient lié, pendant la durée de son traitement psychanalytique, à tout ce qui l’entourait, en particulier à la personne de son médecin. Ce travail de synthèse peut être plus ou moins amorcé au cours du traitement

3uana le psychanalyste est doué d’une quantité appréciable e libido génitale, grâce à laquelle il n’éprouve pas inconsciemment d’angoisse à sentir son analysé atteindre son épanouissement affectif, même si celui-ci s’apprête à dépasser le sien propre.

En tout cas, l’analyste ne peut conduire son analysé à un point du développement psycho-affectif auquel lui-même n’a pas encore atteint. Inversement, le médecin ne peut pas, dans bien des cas, faute de possibilités libidinales fondamentales chez l’analysé, l’amener, en fin de traitement, à un développement psycho-affectif achevé.

On nous objecte souvent que nos traitements sont extrêmement longs et par ce jait même, coûteux. C’est exact, et toutes les expériences véritablement psychanalytiques, c’est-à-dire de traitements basés sur la reconstruction de sa personnalité par le sujet lui-même, auquel le médecin ne prête que sa présence effective de « témoin réactif » sensible, de médiateur impartial contractuel et temporaire, sont nécessairement longues. C’est parmi ces traitements seulement qu’on peut compter des guérisons parfaites et définitives quelles que soient les conditions ultérieures de vie du sujet.

Pourtant, au cours des traitements et souvent dès le début, le sujet se sent plus heureux, certains de ses symptômes peuvent même disparaître très rapidement. Ne nous y trompons pas ; cette guérison n’est qu’apparente. Elle est l’effet du « transfert ». La place importante que le psychanalyste et la psychanalyse prennent dans la vie de l’analysé et qui est un « moyen » du traitement, affaiblit certaines réactions névrotiques du sujet, parce que son attachement même au médecin accapare une somme de libido dès lors détournée de ses fixations précédentes. Cet attachement lui-même est d’ordre névrotique, c’est-à-dire non rationnel, puisqu’il n’est basé sur aucune raison valable, autre que la confiance a priori en quelqu’un qui doit vous guérir. Cette confiance peut être étayée sur des faits cliniques probants, sur une sécurité intellectuelle fondée, mais cela n’explique pas la « modalité » des relations affectives qui, dès le premier contact, entrent en jeu dans l’attitude du malade vis-à-vis du médecin. Ce n’était, si on nous permet l’image, qu’une hypothèque sur la guérison.

On peut admettre qu’il y a guérison virtuelle, donc possibilité de cesser le traitement, lorsque l’ancien névrosé a reconquis dans la vie pratique un équilibre neuf, et lorsque l’étude de ses mécanismes inconscients montre que ses pulsions ins-tinctuelles — pour la part qui n’est pas transformable en sublimations — sont admises par sa personnalité consciente, c’est-à-dire que ses mécanismes inconscients sont en paix.

Lm guérison n’est assurée que si l’analysé, outre la disparition durable de ses symptômes, « vit intérieurement en paix ». C’est-à-dire qu’il réagit aux difficultés réelles de la vie sans angoisse, par une attitude spontanément adaptée aux exigences d’une éthique en accord avec le milieu dans lequel il choisit de vivre et aux siennes propres ; et cela, tout en permettant à ses pulsions instinctuelles des traductions adéquates (décharges libidinales en qualité et en quantité suffisantes) qui assurent la conservation de l’équilibre acquis.

Ce travail demande une longue et lente préparation. Il n’est définitif que si le sujet est au stade adulte — non seulement en âge réel — mais en âge affectif et en âge mental. Au fond de tout être l'analyse ne trouve jamais que ce qui y est. Ceci, dit tout autant pour ceux qui s’imaginent trouver dans cette science nouvelle et dans son application pratique la panacée que pour ceux qui croient les psychanalystes assez aveugles pour le penser.

Comme nous l’avons déjà dit, pour la simplicité et la clarté de l’ouvrage, nous présenterons seulement des cas soignés non par psychanalyse pure, mais par une méthode de psychothérapie dérivée d’elle, et qui, s’adressant à des êtres en formation, offre des avantages pratiques considérables de rapidité au prix d’une intervention minime du médecin.

Cette méthode, à part l’appel au conscient du malade et qui, spécifiquement, relève de la psychothérapie, se réfère point par point à l’expérience psychanalytique. Notre attitude intérieure est absolument la même que celle que nous avons dans de véritables psychanalyses.

Nous nous plaçons donc à un point de vue essentiellement différent de celui du moraliste. Cependant, notre action a une valeur éducative certaine49 ; il suffit de lire les observations qui suivent. C’est que dans toute psychothérapie, du moment que nous abandonnons la rigoureuse technique psychanalytique, nous avons, que nous le veuillons ou non, une action éducative.

Cette attitude découlera de notre personnalité, donc de notre inconscient. Mais de deux psychothérapeutes, celui qui a été psychanalysé a plus de facilités que l’autre à s’approcher de l’idéal d’objectivité.

En effet, que signifie le terme d’objectivité lorsqu’il s’agit de l’observation du comportement et des mécanismes psycho-affectifs d’un individu ? Cela signifie que le médecin ne doit se placer ni au point de vue moral, ni au point de vue culturel, qu’il ne doit porter aucun jugement de valeur, que son but doit être la discrimination des éléments (pulsions et contre-pulsions) qui sont à la base des réactions apparemment normales et anormales du sujet qu’il examine. Mais comme il s’agit de réactions d’un être vivant vis-à-vis de phénomènes qui jouent également sur un autre être vivant, l’un étant le malade, l’autre étant le médecin, il est visible que des causes d’erreurs nombreuses existent, à commencer par l’influence de l’inconscient du médecin. Prenons ici encore une comparaison : si l’on observe un paysage à travers un verre rouge, on élimine de ce fait tous les rayons rouges de son champ d’observation. Il en est ainsi pour le psychothérapeute qui est lui-même une synthèse adaptée à la société. La façon personnelle dont il y réussit influe sur son objectivité et cela tout à fait à son insu.

Nous n’avons qu’un moyen de pallier cet inconvénient, c’est de ne faire de la psychanalyse que lorsque nous avons été nous-même psychanalysé et le plus profondément et le plus longtemps possible.

Voilà le grand obstacle qu’on oppose à la psychanalyse, et il n’est pas mince en effet. Rien n’est plus lourd qu’une psychanalyse, plus pénible à supporter pour un individu, en si bonne santé soit-il. L’énergie et la persévérance que cela nécessite se trouvent peut-être plus facilement chez des êtres ayant le courage et la simplicité de reconnaître leurs difficultés en y cherchant un remède. Quand ce sont des médecins, et qu’ils utilisent pour soigner les autres des connaissances acquises au prix de leur propre expérience, je ne crois pas qu’on puisse humainement le leur reprocher.

On entend quelquefois des boutades qui ne sont pas entièrement mal fondées ; l’une d’elles consiste à dire que tous les psychiatres deviennent fous tôt ou tard, et l’on ajoute que c’est le fait de vivre parmi les fous. Nous ne disons pas que c’est vrai, mais il est un fait certain, c’est que le goût de s’occuper des maladies mentales ne viendra jamais à un individu qui n’a pas l’attention attirée par des conflits qu’il ne comprend pas. Si un tel individu voit son état s’aggraver au bout de quelques années de pratique psychiatrique, la cause n’a pas besoin d’être recherchée dans le contact journalier avec des psychonévrosés ; il suffit que sa propre névrose ait évolué comme elle l’aurait fait quelle qu’eût été son activité sociale.

Une autre boutade qui prend quelquefois valeur d’argument contre la psychanalyse chez ceux qui veulent rationaliser leurs résistances inconscientes (comme si l’attitude devant la psychanalyse qui est une science pouvait dépendre logiquement de l’opinion qu’on a sur tel ou tel de ses ouvriers) est que « tous les psychanalystes sont d’anciens névrosés ».

A cela, nous répondrons : les déterminantes psycho-affectives infantiles qui conduisent un individu au choix de la carrière médicale sont les mêmes pour les psychanalystes50 que pour tous les autres médecins.

La sympathie humaine pour ceux qui souffrent, qui est à la base du choix de la carrière médicale est une sublimation qui dérive directement de l’inquiétude devant notre propre souffrance, ressentie inconsciemment au cours de notre développement si nous sommes doués d’une sensibilité qui nous rend plus vulnérables que d’autres. Parmi les moyens de défense employés vis-à-vis de cette souffrance, l’un d’eux et le plus réussi est l’intérêt porté à soulager la souffrance des autres. Cet intérêt à l’origine ne peut découler que de la projection sur les autres de ce qu’on éprouve en soi-même, mécanisme contemporain du stade sadique anal. Et cet intérêt ne s’applique alors qu’aux êtres auxquels, pour des raisons inconscientes, nous pouvons nous assimiler et tout naturellement à ceux qui éprouvent les mêmes souffrances que nous-mêmes, ou sur qui nous projetons les nôtres.

Mais la véritable oblativité, quand elle existe, chez certains médecins, hommes de laboratoire, chirurgiens, se traduit par l’épanouissement complet de leur affectivité jusqu’au stade adulte achevé de la « vocation », qui permet seule le splendide et universel dévouement, et la sérénité intérieure dont quelques-uns nous donnent, sans même s’en apercevoir, l’admirable exemple. Ne commettons pas l’erreur qui consiste à confondre le dévouement efficace avec l’attitude maso-chique du faux martyr. Il arrive que le médecin dévoué soit en butte aux attaques des autres ; il donne alors la preuve de son véritable équilibre en continuant, malgré les difficultés qu’il rencontre, à poursuivre son œuvre utile qui est sa raison et son but dans la vie.

Pour nous, il nous semble que Freud est un des exemples de ce type de médecins ; c’est pourquoi nous l’admirons profondément.

Tout médecin qui s’intéresse aux maladies mentales devrait se faire psychanalyser avant de pratiquer. En effet, son goût peut n’être qu’un mécanisme de défense névrotique, auquel cas il ne rendra pas dans la branche de la psychiatrie les services sociaux dont il serait capable en utilisant ailleurs ses véritables capacités de sublimation. Si, au contraire, après sa psychanalyse, son goût pour la psychiatrie s’avère basé sur de véritables dons innés d’intuition, de sensibilité, et que son comportement affectif et sexuel prouve qu’il est arrivé au stade génital oblatif de son propre développement, il pourra, alors, avec le minimum de risque pour lui et pour les autres, se spécialiser dans la thérapeutique mentale.

Certains voudraient ne rencontrer parmi les psychothérapeutes que des gens merveilleusement et spontanément équilibrés. Se rendent-ils compte de l’impossibilité de ce qu’ils demandent ? Que de tels êtres existent, nous ne le nions pas, mais nous affirmons qu’il s’en trouve fort peu parmi les médecins, et sans doute moins encore parmi ceux que des troubles mentaux intéressent. Nous-même, si nous n avions eu notre attention attirée par des conflits affectifs, non seulement autour de nous, mais encore en nous-même, nous n’aurions sans doute jamais approfondi la question dont nous parlons ici. Et ceux qui lisent ces lignes, du fait même de l’attention qu’ils veulent bien nous prêter, prouvent par là que ces questions ne leur sont point étrangères.

Il n’y a rien de péjoratif dans le qualificatif de névrosé. Notre « volonté » ne peut rien contre des symptômes névrotiques, sinon les aggraver ; notre « intelligence » agit de même. L’intelligence et la volonté, employées à cacher à soi-même ou aux autres ses difficultés affectives, en les niant tout en les surmontant consciemment, sont des armes indignes d’un être humain sincère. Cette attitude déloyale non seulement vis-à-vis des autres, mais surtout vis-à-vis de soi-même, est peut-être, pour les hommes intelligents, le Mal moral essentiel. Le plus étrange — sauf pour qui a une idée des arcanes de l’inconscient — c’est que les gens qui prennent cette attitude puissent se targuer d’éthique. S’ils ne sont pas médecins et que cette attitude les aide à souffrir moins, nous ne pouvons pas le leur reprocher, mais le médecin, lui, n’a pas le droit de se placer d’un point de vue subjectif propre à lui, devant la maladie et la souffrance. Le malade souffre et lui demande secours.

Si équilibré naturellement que soit celui qui se destine à la psychothérapie, et encore plus à la psychanalyse, le médecin doit — répétons-le — se connaître à fond. U ne le peut pas par l’introspection, car il ne se juge alors qu’à travers ses propres mécanismes inconscients et ne peut pas être complètement objectif ; et, s’il tend à l’être, il le sera encore mieux une fois psychanalysé.

Qu’après une psychanalyse un psychiatre arrive à posséder un équilibre affectif parfait, plus ou moins durable, c’est possible, mais qu’il possède cet équilibre spontané et durable sans psychanalyse, voilà la quadrature du cercle que certains réclament.

Aucun de nous n’entreprend d’œuvre qu’avec de la libido sublimée. Or, nous savons bien que les sublimations sont des mécanismes de défense vis-à-vis de l’angoisse, c’est-à-dire de la souffrance morale, et que leur différence avec les symptômes dits névrotiques n’est qu’une différence de valeur pratique sociale.

Tout le monde sait qu’on n’a pas attendu la psychanalyse pour faire de la psychothérapie. Mais elle restait du domaine empirique, réservée aux médecins doués naturellement de qualités de finesse, de sensibilité, de bon sens, et, il faut dire, surtout d’intuition. La méthode de la psychothérapie extrapsychanalytique variait avec chacun des thérapeutes, et leur expérience thérapeutique à points de départ subjectifs était incommunicable. Elle était en fait basée sur le transfert qu’ils utilisaient à leur insu et dont ils se servaient pour prendre une influence personnelle sur le malade, donc essentiellement par suggestion. Ce que le transfert avait de négatif était manifesté par le refus des médicaments contre lesquels le malade devenait même agressif et méprisant.

Certains psychothérapeutes obtiennent dans certains cas d’excellents résultats, et, thérapeutiquement parlant, mieux vaut un psychothérapeute non psychanalyste qui guérit, qu’un psychanalyste qui ne guérit pas.

Mais les moyens thérapeutiques, employés de tous temps par nos confrères, nous les faisons nôtres si c’est nécessaire, dans notre psychothérapie, surtout pour obtenir la confiance des parents lorsqu’il s’agit de jeunes enfants, car c’est d’eux que dépend la possibilité matérielle pour nous de soigner ou non leurs enfants51.

Si donc, dans les observations qui suivent, nous nous servons parfois de conseils de bon sens qui font appel au conscient et que tout psychothérapeute aurait fait siens, c’est que le bon sens est la base nécessaire de toute psychothérapie ; mais c’est de plus la pierre de touche, si l’on peut dire, des interprétations psychanalytiques.

Une interprétation fausse — qu’il s’agisse de résistances ou de conflits pulsionnels — ne modifiera jamais le comportement réel pratique du sujet malade. Même si elle semble intellectuellement séduisante, son action thérapeutique s’avérera cliniquement nulle, et quelquefois aggravante.

C’est pourquoi nous proposons aux médecins qui nous lisent d’accepter le critère thérapeutique, « l’épreuve du traitement », comme on l’accepte en thérapeutique organique.

Je ne crois pas qu’en toute bonne foi, il se trouve un confrère pour dire, après lecture de ces observations, que les enfants sont, après traitement, plus malades qu’avant.

De tels propos, à première vue paradoxaux, nous ont pourtant été tenus par une femme fort sympathique, que nous ne connaissions pas, mais que nous sûmes plus tard être de nos consœurs aînées.

C’était à propos du cas d’un enfant très anormal dont elle entendait parler et dont nous retracions à grands traits le cas. Cet enfant, dont nous ne parlons pas ici, car ce serait trop long (le cas a nécessité une véritable psychanalyse) présentait entre autres symptômes une angoisse de castration avec phobie de la mort et de tout ce qui, par association, y faisait penser. Cet état en avait fait, outre un grand arriére, un obsédé qu’aucune école ne pouvait garder.

Les symptômes ont tous disparu. L’enfant, qui maintenant a 8 ans, se comporte à peu de chose près pour son entourage, comme ceux de son âge, bien qu’il ait encore, à nos yeux, un retard affectif marqué et un retard scolaire52.

Récemment, à son école, un grave accident coûta la vie à un de ses camarades préférés. Résultat clinique que la maîtresse d’école, la mère et moi-même trouvâmes appréciable : au lieu de réagir comme il l’aurait fait quelques mois plus tôt par des symptômes névrotiques d’angoisse organique avec évanouissement et mutisme, notre petit malade réagit devant l’accident comme la plupart des enfants de sa classe, et non comme les plus nerveux. En rentrant chez lui, il raconta, encore bouleversé, l’événement à sa mère d’une façon naturelle et détaillée (le sang, etc.). Pour la première fois de sa vie, il demanda à sa mère de lui apprendre à prier pour son petit ami (il faut dire que l’Eglise et tout ce qui s’y rapportait faisaient partie de ses phobies). La nuit, au grand étonnement de sa mère, il dormit sans cauchemars.

Le comportement de cet enfant, devant cet événement imprévu et tragique (encore que personnellement nous sachions qu’il n’est pas encore guéri) dénote, pour son entourage comme pour nous et je crois pour tous ceux de bonne foi, une amélioration considérable, surtout pour ceux qui connaissent les principaux troubles très graves dont il souffrait avant le traitement53.

Et pourtant, le médecin dont nous parlons, choquée de la relation détaillée de l’accident que l’enfant avait faite à sa mère, déclara avec une agressivité qui étonnerait tout autre qu’un psychanalyste : « Votre enfant est devenu encore plus anormal qu’avant. Voilà ce que cela veut direl » (sic). Je ne répondis pas. Puis, quelques instants plus tard, comme une mère de famille de l’assistance, qui est de mes amies, me posait une question, ma consœur, avant que je réponde, déclara d’un air tendu : « Allons, allons, tout ça, ce n’est pas pour des petites filles. » (Il n’y avait dans ce petit groupe amical, à part notre consœur, mère d’une des jeunes femmes, que des nommes et des femmes atteignant ou dépassant la trentaine, et la plupart mariés, pères et mères de famille.)

Si nous avons relaté cette petite anecdote, c’est à cause de l’intérêt général qu’elle comporte. Il est très difficile de suivre objectivement la relation d’un cas psychanalytique. Ce n’est pas, répétons-le, une question d’intelligence, c’est une question d’affectivité. La psychanalyse réveille, à cause de leurs pulsions refoulées, une angoisse importante chez beaucoup d’adultes.

A son insu, cette consœur nous donnait un exemple intéressant parce que typique :

i° On nie les faits.

2° On attaque celui qui vous apporte le motif d’angoisse (le psychanalyste) ; elle m’attaque, moi, qu’elle ne connaît pas, avec des propos « castrateurs » qui, sans doute pour le sujet lui-même, rappellent ceux que son propre Sur-Moi, parlant comme sa mère, lui tenait en présence de ses fantasmes œdipiens meurtriers.

U est évident que si j’avais parlé par exemple du traitement d’une fracture par un nouveau système de contention, ce même médecin n’aurait été qu'indifférente ou intéressée, sans que les réactions affectives se missent à jouer.

Remarquons que l’attitude des jeunes, actuellement, dans les milieux intellectuels médicaux est rarement aussi affective et aussi résistante, et cela s’explique aisément.

Nous espérons que ce travail, dans lequel nous avons apporté des observations prises au jour le jour, des faits cliniques, montrera l’intérêt thérapeutique de la psychanalyse54.


46    Le docteur Edouard Pichon, animateur du Mouvement psychanalytique en France avant la guerre de 39 et président de la Société psychanalytique de Paris est mort au début de la guerre de 59-45.

47 Retenons-le auasil

48 Voir p. 9.

49 Anna Freud a soutenu contre Mélanie Klein la légitimité de cette action éducative.

50 Nous ne parlons pas des psychanalystes non médecins, car, outre la thérapeutique médico-psychiatrique, la psychanalyse est une science qui intéresse à divers titres l’éducateur, le sociologue, le criminologue, l’historien et en général tous ceux qui s’intéressent aux faits humains.

51 C’est pourquoi il faut bien connaître les adultes et leurs réactions affectives par la pratique de la psychanalyse classique des adultes pour essayer de prévenir les réactions nuisibles des parents ou d’y parer le plus possible afin de préserver nos petits malades, leurs enfants, de leurs réactions inconscientes souvent néfastes derrière leurs bonnes intentions conscientes.

52 De son traitement psychanalytique qui a duré une année scolaire à raison de deux fois par semaine, j*ai extrait les dessins i, 2, 3, 4 et 5 (p. 173 et la suite).

53 Depuis cet enfant a conduit une scolarité normale, a fait son service militaire, s’est marié, est père de famille et réussit professionnellement (note de 1971).

54 Que l’on mesure en 1971 le chemin parcouru depuis la parution de ce livre en 1959, livre qui était ma thèse de médecine.